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15/11/2018 12:35 EST | Actualisé 15/11/2018 16:08 EST

«L’Assemblée» sur les accommodements raisonnables

Le débat est vif, agrémenté d'arguments raisonnés ou issus de l'expérience de vie des protagonistes, souvent drôle et toujours sujet à réflexion pour le public.

Il n'y a pas de politiquement correct pour L'Assemblée.
Maxime Côté
Il n'y a pas de politiquement correct pour L'Assemblée.

Condition de la femme au Québec et port du voile comme signe religieux, c'est à peu près autour de ces deux thèmes que tourne le débat entre quatre femmes bien différentes: Josée, une Québécoise de souche, Isabelle, d'origine française, Yara, Libanaise maronite et Riham, Égyptienne musulmane qui tient à porter le voile.

Les quatre sont Québécoises et exposent dans un débat animé leurs opinions sur le vivre ensemble. Pas de politiquement correct pour L'Assemblée. Spécialisé dans le théâtre documentaire, Porte Parole donne la parole aux femmes, une parole qui est totalement libre dans cette nouvelle pièce.

Chacune des quatre actrices joue son rôle de manière impeccable. Le débat est vif, agrémenté d'arguments raisonnés ou issus de l'expérience de vie des protagonistes, souvent drôle et toujours sujet à réflexion pour le public qui est amené à témoigner dans le dernier tiers du spectacle, juste avant une conclusion qui boucle la pièce d'une durée d'environ deux heures.

Les quatre femmes sont sincères, intelligentes et de bonne foi, et leur confrontation produit ce qu'on pouvait en attendre. Elles se découvrent progressivement, perçoivent mieux les difficultés de chacune, les identités auxquelles elles tiennent.

Rassemblées autour d'une grande table de conférence, face à des micros et des petites caméras qui permettent de projeter leurs visages en gros plan sur l'un des quatre écrans qui surmontent la table, les quatre protagonistes sont interrogées par deux hommes sur différentes questions à propos du vivre ensemble et des accommodements raisonnables. Grâce à cette scénographie astucieuse, le public peut se situer d'un côté ou de l'autre de la scène sans rien manquer du spectacle et des ses détails.

Les quatre femmes sont sincères, intelligentes et de bonne foi, et leur confrontation produit ce qu'on pouvait en attendre. Elles se découvrent progressivement, perçoivent mieux les difficultés de chacune, les identités auxquelles elles tiennent. En somme, de la discussion nait une meilleure compréhension des points de vue. Une cinquième femme intervient d'une certaine manière, à distance. Les réticences des quatre autres à son égard sont très grandes au départ, mais se réduisent considérablement quand on nous dit que nos quatre personnages ont été amenés à la rencontrer physiquement.

Faut-il en conclure que la discussion face à face constitue la panacée aux difficultés du vivre ensemble, aux préjugés et autres méfiances à l'égard de l'autre?

Cela en a tout l'air et c'est ce qu'on serait amené à penser à la fin du spectacle, surtout après avoir entendu les volontaires qui, parmi le public, s'installent un moment autour de la table pour exprimer leurs propres difficultés ou leurs bonnes raisons d'être satisfaits de l'accueil que leur a réservé le Québec.

La rencontre face à face est indispensable, mais est-elle vraiment suffisante?

Ce n'est pas sûr. La méfiance qui existe parfois à l'égard de l'islam n'est pas selon moi un racisme ordinaire, comme celui qui, par exemple, touche les Noirs, ou même comme l'antisémitisme à l'égard des juifs.

Il faut supporter cette complexité et ne pas mettre tous les rejets de l'autre dans le même sac. S'il y a un problème, il ne provient pas des musulmans qui, en venant au Québec, prouvent leur désir de vivre dans la société québécoise et non dans celle qu'ils ont quittée. Viendrait-il du Texte qu'ils aiment, et qu'ils ont raison d'aimer, car c'est le leur, celui de leurs ancêtres, le pilier de leur identité. Or, ce Texte n'est pas toujours très tendre à l'égard des autres: les juifs, les chrétiens, les athées, et aussi les musulmans qui adoptent de trop près le mode de vie occidental.

Comme le dit Daniel Sibony dans Un amour radical, Croyance et identité (2018, Odile Jacob), les musulmans se retrouvent dans un conflit «cornélien» en voulant vivre en paix avec les autres et en adorant un Texte qui attaque ces mêmes autres. Et il ajoute que si ce déni est bien compréhensible de la part des musulmans, car il les aide à vivre, il n'en est pas de même du déni des autres qui s'obstinent à penser qu'il n'y a pas de problème et que la méfiance à l'égard de l'islam est un racisme ordinaire.


L'Assemblée, du 13 novembre au 2 décembre 2018, à l'Espace Go à Montréal.

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Cet article a aussi été publié sur pieuvre.ca