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09/09/2013 04:57 EDT | Actualisé 09/11/2013 05:12 EST

Femen et Misogynes : la fois où je me suis fait madamiser

Un récent documentaire a mis au jour le fait qu'un misogyne de première classe a dirigé le Mouvement Femen. Plusieurs y voient une situation plus qu'ironique ou encore la preuve d'un manque flagrant de jugement des féministes qui composent ce mouvement. Ce n'est pas du tout ce que je vois. Je ne suis pas surprise par une telle situation et elle ne change en rien mon degré de sympathie envers ces activistes aux seins nus qui ont le mérite d'avoir relancé le débat sur le féminisme alors qu'il semblait au point mort.

Ça me rappelle un gars que j'ai fréquenté, un homme d'affaires brillant, aimé de tous, vu comme étant le plus gentil des gentils. Je sortais d'une relation toxique alors je me suis dit que le gars trop gentil, limite mielleux, serait peut-être un meilleur match que celui d'avant. Ç'a commencé par des sorties luxueuses, des cadeaux, du champagne (Ah! Que j'aime les bulles!). Il était non seulement gentil, mais galant, respectueux et admiratif des mamans monoparentales. Bref, le gendre parfait pour ma mère. Puis, j'ai cédé. J'ai ouvert la porte de mon intimité. Les bouteilles de champagne se sont alors vite transformées en de vieux fonds de vin qui traînent dans le frigidaire depuis deux semaines. Et puis, alors que nous étions en week-end, j'ai attaqué son "manhood" en critiquant sa pensée à l'effet qu'une fille bien ne couche jamais le premier soir et en commandant à sa place au serveur dans le restaurant. Et c'est là que je me suis fait madamiser pas à peu près.

Avant de vous dire comment, il faut définir madamiser. Je me suis parfois fait "petite-madamiser" par des commerçants. Par exemple, au garage, si vous êtes une femme, que vous demandez au garagiste, c'est quoi le problème avec la transmission et qu'il répond : «Inquiétez-vous pas de ça (ma petite madame), vous aurez une belle voiture bonne pour dix ans après ça. Faites-nous confiance.» Madamiser est un peu plus violent. C'est comme si on sodomisait de force cet espace dans notre cerveau où il y a le principe inébranlable d'égalité hommes-femmes. Un jour que je dirigeais une négociation dans une salle de conférence, un des interlocuteurs ne m'a jamais adressé un regard ou une question, les réservant pour mon assistant (un homme) qui n'était pas plus au courant du dossier. Ça, c'est se faire madamiser. C'est subtil, mais ça fait mal. Je me suis dit que ça doit être comme ça qu'on se sent quand on est victime de racisme.

Revenons à notre gentilhomme du début. En plein milieu du repas, il m'a dit, mots pour mots :

«Écoute-moi ben. Si tu veux que ça marche nous deux, toi, tu vas faire la femme et moi, je vais faire l'homme. Pis, je m'excuse de te dire ça comme ça, mais ça ne m'intéresse pas les discussions philosophiques à savoir, c'est quoi un homme ou une femme, il y a des livres pour ça que tu peux lire.»

Je suis une belle femme intelligente, indépendante, qui a mené avec succès ma carrière dans trois domaines différents. Eh bien, je ne me suis pas mise à chercher «le Guide de la femme parfaite», mais je n'ai tout de même pas compris tout de suite que je m'étais fait madamiser ce soir-là. J'ai eu la nausée. Ma réaction physique a été plus violente que ma réaction psychologique qui relevait plus de l'endormissement.

Car le manipulateur qui a réussi à faire croire à tout le monde et à sa victime qu'il est plus gentil que Jésus, peut se permettre bien des écarts avant d'être démasqué, et ce même s'il est devant des gens intelligents. La victime parfaite du manipulateur n'est pas une faiblarde. Elle est souvent quelqu'un d'intelligent qui a le malheur de croire que le monde est généralement de bonne foi.

Ça ne m'étonne pas qu'un connard misogyne se soit infiltré et ait manipulé bien des femmes au sein du Mouvement Femen. Il a dû de ce fait nourrir son narcissisme jusqu'à satiété. Ce que je trouve dommage c'est qu'ensuite on le croit lorsqu'il parle de ces filles comme étant de pauvres connes perdues. C'est là, la plus grande injustice. C'est que parfois, même démasqués, ces connards continuent de manipuler l'opinion publique. Je suis certaine que vous avez tous un exemple de ce genre d'individu. Je crois humblement que c'est de notre responsabilité d'être vigilants non seulement en tant que victime, mais aussi en tant que témoin. Les filles du Mouvement Femen ne devraient pas perdre une once de crédibilité parce qu'un misogyne les a manipulées. Pas une once.

Quant à moi, j'ai fini par comprendre à qui j'avais affaire et depuis ce temps, je suis plus vigilante envers les gens que je côtoie et surtout, j'ai rencontré un gentilhomme qui éclate de rire quand je commande à sa place au restaurant. Un beau rire viril empreint de confiance en lui et en nous.

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