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27/01/2019 06:00 EST | Actualisé 09/05/2019 13:15 EDT

Plaisirs charnels: entre Orient et Occident

L’exemple par excellence. De jeunes Cambodgiennes, probablement le même âge que moi, avec des hommes caucasiens, beaucoup plus âgés.

Sonia Li

Plaisirs charnels, peau, corps, désir, beauté, sens. L'attirance dans l'exotisme. L'exotisme est dans les yeux de la personne qui regarde. Entre Orient et Occident, des mondes différents; une histoire écrite par un désir de découvrir, de comprendre. Une histoire de mystères s'est écrite au fil du temps.

Un des chapitres de cette histoire est le développement du tourisme sexuel dans les années 1970 en Thaïlande. Ce tourisme sexuel s'est notamment développé davantage avec les soldats américains durant la guerre du Viêt Nam. D'autres diront que le tourisme sexuel existe depuis bien plus longtemps, et le sexe comme arme de guerre encore plus. N'empêche qu'aujourd'hui, la Thaïlande est largement connue, au grand malheur de plusieurs, comme étant l'une des destinations exotiques les plus populaires pour le tourisme sexuel.

Le tourisme sexuel, dans sa définition classique, est un déplacement visant à obtenir des relations sexuelles avec un ou une partenaire du pays de destination, comportant un rapport financier.

La forme la plus commune de tourisme sexuel est celle des hommes qui recherchent des (jeunes) femmes, bien que le contraire existe aussi.

Sonia Li

J'ai observé, j'ai été témoin pour la première fois du tourisme sexuel au Cambodge. J'avais 19 ans et j'étais avec mon amie. À peine arrivées à Sihanoukville, il s'est avéré que notre auberge était dans le quartier «populaire» pour le tourisme sexuel.

Nous avions choisi notre auberge de jeunesse en nous basant sur le fait que la propriétaire semblait originale, drôle; une amoureuse des plantes. D'un côté de la rue qui menait à notre auberge, on y trouvait de sympathiques cafés et restaurants, de l'autre, des bars. Rien de particulier. Loin des plages bondées, la rue était plutôt calme de jour, et elle se transformait le soir venu.

L'exemple par excellence. De jeunes Cambodgiennes, fort probablement le même âge que moi à l'époque, avec des hommes caucasiens, beaucoup plus âgés.

Mon amie et moi étions mal à l'aise. Ces filles ont notre âge. Et elles sont là, au gré des désirs de ces hommes. Des questions nous viennent à l'esprit, de l'incompréhension.

Bienvenue au paradis du sexe, de rapport de domination, d'exploitation. Certains diront que certaines de ces filles aiment leur relation, leur partenaire, et c'est peut-être le cas pour certaines... Bien que rien n'est tout blanc ni noir, le tourisme sexuel amène son lot de questionnements. Le tourisme sexuel en Asie du Sud-est, plus spécifiquement la prostitution, peut représenter jusqu'à 14% du produit intérieur brut.

Il existe plusieurs variations dans les modes de recrutement, les services et les catégories de prostituées. Les circonstances varient beaucoup: depuis les travailleurs du sexe qui choisissent ce travail à la servitude pour dettes, ou encore l'esclavage virtuel. Ce n'est pas tous les clients qui viennent des pays occidentaux. N'empêche, plusieurs enjeux sont préoccupants: santé sexuelle, esclavage économique, prostitution juvénile, sécurité et le respect des droits de la personne.

Et face à cette activité économique et sexuelle complexe, mon amie et moi se sommes retrouvées impuissantes, mal à l'aise parce que privilégiées. Six ans plus tard, je ressens toujours un malaise, je me sens impuissante, privilégiée.

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