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20/01/2019 06:00 EST | Actualisé 09/05/2019 13:15 EDT

Être femme au Kirghizistan

Être femme au Kirghizstan, ce n’est pas une réponse unique et homogène. C’est une définition qui change, qui évolue comme le pays.

Brodie Farren/@the.nomadist
Ayant grandi au Canada, dans une famille où on a toujours beaucoup encouragé l’indépendance et valorisé la femme, voyager au Kirghizistan peut être très choquant à cet égard.

Qu'est-ce qu'être femme? Grande question à laquelle je ne prétendrai pas connaître la réponse ni qu'il existe une réponse unique et homogène. Par contre être femme au Kirghizistan m'a choqué, chamboulé, fait sourire et parfois rire.

Être femme au Kirghizistan, c'est être mariée, c'est avoir des enfants. J'ai rapidement compris que si je n'avais pas le statut de femme mariée et/ou avec des enfants, j'étais libre, mais qu'on pouvait m'avoir, comme une possession.

Je n'appartenais à personne, alors on avait le droit de me demander mon numéro. Sans présentation, sans rien. Donc, pour éviter les questions et le harcèlement, mon ami de voyage est vite devenu mon mari. Mais maintenant vient la question des enfants: «où sont-ils?» Après avoir tenté d'expliquer qu'on était encore jeunes, on en est venu à simplement dire que j'étais infertile ou que les enfants étaient restés à la maison.

Oui, c'est ça être femme au Kirghizistan

Avoir le statut de femme mariée est extrêmement important. Surtout à mon âge, 25 ans. Je devrais déjà être mariée et avoir des enfants, ou sinon très bientôt. Être une femme touriste au Kirghizistan, c'est aussi avoir des dizaines de paires d'yeux braquées sur toi quand tu vas ta baigner dans un lac à Sary-Chelek. Ou encore pire, quand tu es dans un resto-bar pour voir la finale de la FIFA. Que des hommes. Tu es la seule femme, littéralement. Excepté les serveuses. Pour être honnête, ça m'a intimidé à quelques reprises. Et j'étais sincèrement contente d'être accompagnée par mon ami.

Ayant grandi au Canada, dans une famille où on a toujours beaucoup encouragé l'indépendance et valorisé la femme, voyager au Kirghizistan peut être très choquant à cet égard. Mon ami, en tant qu'homme, a aussi été choqué.

Comment la femme peut-elle être vue comme quelque chose qu'il est possible de «posséder»? Comme un objet? Comme une machine à faire des bébés?

Différences culturelles. J'ai fermé mes yeux avec parfois un sourire et un rire, souvent avec un mensonge innocent. Un mari et des enfants imaginaires.

Des femmes mariées très fortes au Kirghizistan

J'en ai rencontré. Des femmes qui ont leur propre entreprise, leur propre projet. Des femmes avec une vision et de l'énergie à revendre. Que ce soit Jyldyz, la fondatrice et propriétaire d'un camp de yourtes encourageant l'artisanat local et le tourisme ethno-culturel, ou encore Rosa, propriétaire d'une station de télé nationale, d'une université et d'un hôtel.

Brodie Farren/@the.nomadist

Ces deux femmes pour lesquelles j'ai travaillé sont fortes, en plein contrôle de leurs moyens. Elles sont fières de la culture kirghize, de leur pays, et elles veulent contribuer à son développement. Et il y a la jeune génération kirghize motivée à faire changer les choses. Des filles qui étudient, repoussent l'âge moyen du mariage, entreprennent des projets, des entreprises.

Être femme, être femme au Kirghizstan n'a pas une réponse unique et homogène. C'est une définition qui change, qui évolue comme le pays. Entre traditions et modernité.

À l'été 2018, une jeune artiste kirghize a soulevé toute une controverse en apparaissant dans son vidéoclip en soutien-gorge. Beaucoup l'ont critiquée, non pas en raison des paroles de sa chanson, qui abordent la situation des femmes et de leurs droits au Kirghizistan, mais plutôt en raison de sa tenue vestimentaire.

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