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24/03/2019 06:00 EDT | Actualisé 09/05/2019 13:16 EDT

L'Afrique est un pays

D'abord, il y a la lune de miel, où tout est nouveau, tout est beau, tout semble parfait, mais ensuite vient la confrontation...

Mon premier «vrai» voyage fut au Burkina Faso, en 2010. C'est au Burkina que j'ai vécu mon premier choc culturel. Je m'en souviens comme si c'était hier. Arrivés à l'aéroport de Ouagadougou, la capitale, il faisait si chaud. Après avoir passé des heures dans l'avion, à l'air conditionné, l'air était étouffant.

L'aéroport était beige comme le sable, il était en rénovation. On est passés à travers deux ou trois points de contrôle, toujours en donnant les mêmes informations, c'est à se demander à quoi ça servait.

Pour prendre nos bagages, c'était le chaos. On lance les valises et sacs partout. Une aiguille dans une botte de foin.

Bienvenue au Burkina Faso.

Sonia Li
Une de mes photos préférées, simplement parce que ces femmes sont magnifiques.

C'était le soir. On arrive, un groupe de jeunes entre 14 et 17 ans. Un groupe blanc, sauf moi, d'origine chinoise, et une autre étudiante d'origine haïtienne. On ne passe pas inaperçu. Après avoir tous récupéré nos sacs, c'est le temps de se rendre à l'hôtel où on passera notre première nuit.

Plusieurs Burkinabés se précipitent pour prendre nos sacs, les installer sur le toit de la camionnette. On est assis dans le véhicule, et plusieurs paires de bras passent à travers les fenêtres à quémander de l'argent. Un choc culturel.

La camionnette démarre. Ça sent différent, on voit des choses qu'on n'avait tous jamais vus. Des animaux dans les rues, les voitures, camions, vélos, piétonniers, tous se côtoient sur la rue. Il ne semble pas y avoir de règle. C'est le désordre. Ou plutôt, c'est le désordre dans nos têtes, pour nos yeux, pour nos oreilles vierges de cette réalité.

Sonia Li
Adorables!

Avant notre départ pour le Burkina, on a eu des formations pour en apprendre sur le pays, ses us et coutumes, la communication interculturelle, le choc culturel. Quand tu lis sur le choc culturel, tu apprends qu'il y a quatre grandes étapes.

La lune de miel, où tout est nouveau, tout est beau, tout semble parfait. Ensuite vient la confrontation. Cette phase peut «commencer» après avoir été confronté par un événement en particulier, cela peut être une accumulation de plusieurs petites choses.

On peut réagir par l'ennui de son «chez-soi», de la frustration, de l'incompréhension, de la fatigue, de la peine. Une montagne russe d'émotions. Je me souviens qu'une personne dans le groupe, elle n'en pouvait tout simplement plus de boire de l'eau chaude qui goutait le sable, de cette chaleur si intense, des moments d'attente tellement long.

Vient ensuite la phase d'ajustement, où on trouve des stratégies d'adaptation. On s'entoure de gens qui peuvent nous aider, nous écouter, on essaie de trouver des solutions dans la mesure de nos moyens. Finalement vient la phase de maturité. C'est la phase d'intégration.

Sonia Li
Laver mes vêtements avec ma «mère». Ma jupe n'a jamais été aussi blanche!

Bien que notre séjour ait été court, deux semaines, tout le monde réagit différemment. Mais c'est les 4 grandes phases du choc culturel lorsqu'on voyage, s'expatrie, immigre.

Dans un contexte si court, certains vont rester dans la lune de miel, d'autres vont rester dans la phase de la confrontation, ne s'adapteront jamais réellement.

Quoi qu'il en soit, il n'y a pas de bonne ou mauvaise réaction puisque chacun et chacune vit cela différemment.

Sonia Li
L'éléphant, un animal si grandiose!

J'ai eu des moments difficiles durant mon séjour au Burkina Faso, je ne le cacherai pas. Cela n'a pas toujours été facile. Mais j'ai eu la chance de rester dans la lune de miel pas mal tout le séjour. Ce voyage m'aura ouvert les yeux, j'ai énormément appris, grandi.

Et je me suis découvert une passion que j'ai eu la chance, et que j'ai encore la chance et privilège de faire: voyager.

Sonia Li
Bonjour la touriste!

Après mon séjour au Burkina Faso, j'ai réalisé l'usage du mot «Afrique» comme s'il était un pays. Dans les médias occidentaux, on évoque souvent l'Afrique comme étant un pays, alors que c'est un continent.

Ça semble évident que c'est un continent, mais on y fait référence quand même avec cette image du pays. Bien sûr, on doit parfois utiliser le terme comme on utilise Europe ou encore Asie. Mais il y a cette idée d'homogénéisation, que l'Afrique est un pays uniforme.

Depuis ce séjour, j'ai fait davantage attention à comment j'utilisais ce terme.

Sonia Li
Burkina Faso, enseignante (Sonia Li)

Burkina Faso, tu as et auras toujours une place privilégiée dans mon coeur.

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