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17/08/2016 10:25 EDT | Actualisé 17/08/2016 10:25 EDT

Agressions canines: il est temps d'agir efficacement

Conseil aux personnes qui ont peur d'être attaquées par un pitbull: déménagez à Sherbrooke, qui a choisi de ne pas les interdire, et vous serez protégés.

Depuis des semaines un débat fait rage: devrions-nous interdire les pitbulls au Québec pour éviter des attaques horribles telles que celles de Pointe aux Trembles et de Brossard?

Dans ce débat, il me semble que certains faits sont peu analysés:

• Le chien dit «de type pitbull» qui a tué Mme Vadnais avait été enregistré en 2011 comme boxer dans l'arrondissement d'Anjou. Cet arrondissement interdit les pitbulls depuis 2009. Le chien a attaqué des humains deux fois avant de tuer. Pourtant il est passé sous le radar. L'interdiction de posséder un pitbull n'a donc pas permis d'éviter le drame.

• Le chien «de type pitbull» qui a défiguré Vanessa Biron avait déjà attaqué par le passé et faisait l'objet de plaintes depuis 2012.

Une interdiction de posséder un pitbull est donc contournable, et au Québec il existe des municipalités où un chien peut attaquer sans que la ville ne réagisse, malgré des plaintes.

Deux modèles de législation sont disponibles pour gérer le problème: encadrer les chiens dangereux quelle que soit leur race, ou interdire des races de chien présumées dangereuses.

L'Ontario a opté pour l'interdiction de races présumées dangereuses il y a dix ans, mais le week-end dernier une attaque de pitbulls a eu lieu à Orléans.

En 2014, la ville d'Ottawa expliquait ne pas parvenir à empêcher la présence de chiens «de type pitbull» sur son territoire, parce que la loi est inapplicable. Trop de chiens croisés peuvent ressembler à un chien «de type pitbull». Une personne qui décide d'en posséder un peut donc faire une fausse déclaration et mettre la ville au défi de prouver la race de son chien.

À moins qu'une ville décide d'investiguer toutes les déclarations de races de chien pouvant servir à dissimuler un chien de type pitbull, elle doit se fier à des dénonciations de citoyens, qui en général attendent d'avoir des raisons de se préoccuper face aux comportements du chien d'un voisin.

Personnellement si le chien de mon voisin me fait peur, je veux qu'on prenne en charge la situation, quelle que soit la race.

Conseil aux personnes qui ont peur d'être attaquées par un pitbull: déménagez à Sherbrooke, qui a choisi de ne pas les interdire, et vous serez protégés.

En juillet 2016, la ville d'Ottawa a fait un bilan de sa gestion des attaques canines depuis 2005:

• 6 chiens de type pitbull «légaux» car acquis avant le début de l'interdiction ont été euthanasiés suite à une morsure.

• 1 chien de type pitbull «illégal» a été euthanasié, car même s'il appartenait à un Ontarien avant l'interdiction, le processus de changement de propriétaire n'avait pas été respecté. Il s'agit d'une euthanasie «administrative»: dans l'ensemble de l'Ontario depuis 2005, les vétérinaires ont recensé environ 1000 euthanasies de ce type.

• 1 chien husky a été euthanasié suite à une morsure.

• 1 bouvier bernois a été euthanasié suite à une morsure.

• 1 chien de type pitbull «légal» a été évalué, mais pas euthanasié, suite à une morsure

• 1 chien husky a été évalué, mais pas euthanasié, suite à une morsure.

En 10 ans, la ville d'Ottawa a donc géré 11 cas problématiques de chiens, et en a fait tuer un pour des motifs administratifs. Elle a échoué à éviter l'attaque du week-end dernier.

Regardons maintenant la ville de Sherbrooke qui, de son côté, a opté pour l'encadrement des chiens dangereux quelle que soit la race, et a décidé de prendre le problème sérieusement en charge. Le règlement a été voté en 2014.

En juin 2016, le conseil municipal de Sherbrooke a indiqué avoir opté pour ce type de règlement car il a été convaincu par des arguments qui ressemblent fort à ceux mis de l'avant actuellement par la SPCA que ce règlement serait plus efficace et applicable qu'un règlement interdisant des races.

Depuis janvier 2016, une douzaine d'incidents impliquant des chiens agressifs ont été rapportés à Sherbrooke. Deux cas concernaient des pitbulls. Après la publication de ces données, deux incidents ont été rapportés dans les journaux:

• En août 2016, un chien pitbull tenu en laisse qui a tué un petit chien non attaché qui est venu le provoquer a été euthanasié.

• En juillet 2016 un bouvier bernois (le «chien Mira») a mordu un enfant. Il va être évalué.

Je résume: Sherbrooke a géré en 6 mois plus de cas de chiens dangereux qu'Ottawa en dix ans. Et elle y est arrivée sans viser de type de chiens particulier.

Mon conseil aux personnes qui ont peur d'être attaquées par un pitbull: déménagez à Sherbrooke, qui a choisi de ne pas les interdire, et vous serez protégés de tous les chiens dangereux, quels qu'ils soient. À moins bien sûr que les morsures de grands chiens autres que pitbulls ne vous dérangent pas....

Mon conseil aux criminels qui se foutent de la sécurité des autres et qui veulent rendre un chien fou: déménagez à Anjou, Brossard ou Ottawa. Même si là-bas les pitbulls sont interdits, on attendra que votre pitbull ait tué ou gravement blessé des gens pour vous trouver.

J'encourage les lecteurs qui pensent que la ville de Sherbrooke a un meilleur règlement à signer la pétition de la SPCA.

À bon entendeur, salut.

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