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17/10/2015 12:08 EDT | Actualisé 16/10/2016 05:12 EDT

Fin de course

MA PREMIÈRE CAMPAGNE - Lorsque je me demande ce que je serais en train de faire si je n'avais pas décidé de devenir candidat, la même certitude m'habite: il était impossible que je ne me lance pas.

Dans un marathon, nous en serions au 40e km sur 42. Ce matin, je me cherche une chemise propre et je choisis le veston « le moins fripé ». Ça y est, nous sommes dans les derniers kilomètres, c'est le temps du sprint final.

En démarrant ma voiture, je regarde l'odomètre de ma petite Prius C. J'y ajouté plus de 20 000 kilomètres dans les derniers mois, en parcourant de long en large l'immense territoire de Laurentides-Labelle. Des vieux gobelets de café, des notes pour des débats et des pamphlets promotionnels s'y entassent dans tous les coins. Lorsque j'ai commencé cette campagne, il y avait des bourgeons dans les arbres. Présentement les feuilles des Laurentides explosent de mille couleurs.

«Au début de la campagne, j'avais une certaine gêne à initier des conversations avec des personnes qui m'étaient inconnues. Aujourd'hui, c'est devenu un réflexe.»

Comme un marathon, ce fut exigeant. Physiquement, mais émotivement également. Se battre pour ses convictions exige énormément de persévérance et de détermination. C'est un travail d'endurance qui nécessite d'être en état d'alerte, à tous les instants. Je me demande parfois à quoi ressemblait le rythme des campagnes avant l'ère du téléphone intelligent, de Twitter, des sondages relayés sans arrêt.

À l'instar d'un marathon, on en apprend beaucoup sur soi pendant le parcours. J'ai pu pendant la course consolider mes idées ainsi que certaines aptitudes. Il est clair qu'il y a eu transformation. Au début de la campagne, j'avais une certaine gêne à initier des conversations avec des personnes qui m'étaient inconnues. Aujourd'hui, c'est devenu un réflexe. Alors que je fais mon épicerie, j'en profite pour serrer la main de la caissière. Celle-ci votera pour la première fois, et ce sera pour le NPD.

La campagne met aussi de la pression sur les conjoint(e)s. En fait, ma conjointe aura travaillé autant que moi. La plupart des gens imaginent mal comment une campagne électorale peut autant bouleverser le quotidien. Mais Vanessa aura su maintenir l'équilibre entre vie de famille, vie professionnelle, et vie politique. C'est parce qu'elle sait à quel point cette élection est importante qu'elle m'a ainsi appuyé. Je n'aurais pas pu le faire sans elle. Ma victoire du 19 octobre sera autant la sienne que la mienne.

Pendant la campagne, j'ai aussi mieux compris ce qui se trame en arrière des caméras et des articles de journaux. L'image politique que les électeurs reçoivent n'est souvent que partielle. Par exemple, la plupart des gens ne savent pas combien de personnes travaillent bénévolement à l'élection d'un candidat. Aucun candidat ne pourrait mener campagne sans un réseau de bénévoles dédiés qui croient aux causes que le parti défend et qui choisissent de travailler dans l'ombre pour l'avancement d'un projet collectif.

Les bénévoles qui travaillent sur ma campagne comptent sur moi. Ils mettent autant d'énergie que moi dans l'aventure, et je ne veux pas les décevoir. Eux aussi ont dû limiter le temps avec leur famille. Ils se sont privés eux aussi de revenus, et ce pour une durée trois fois plus longue qu'à l'habitude à cause de la décision de Stephen Harper de déclencher la campagne en août dernier pour pouvoir dépenser plus que ses adversaires.

J'ai promis à mon équipe de tout donner, et je vais tenir ma promesse.

Car au-delà des grands principes qui régissent les politiques et des grandes lignes de presse que les journaux s'échangent, il demeure que le travail de terrain est primordial pour mobiliser la majorité des électeurs. Il faut rejoindre les gens et les intéresser à la campagne en cours pour que ceux-ci exercent leur droit de vote le jour de l'élection.

C'est possiblement la principale leçon pour moi de cette campagne: la démocratie ne doit jamais être tenue pour acquise - elle doit plutôt être continuellement nourrie. Si l'on n'informe pas la population des enjeux importants sur lesquels des décisions seront prises, celle-ci ne sera pas en mesure de faire un choix en fonction de ses priorités.

C'est à ceci que se dédie mon équipe dans le petit local de la rue St-Vincent à Ste-Agathe-des-Monts. En ce moment, le local grouille de bénévoles qui mobilisent les gens afin de consolider les appuis que les électeurs nous ont manifestés tout au long de cette campagne.

Mon attachée Laurence me tend un bout de papier sur lequel un numéro de téléphone est inscrit. Au bout du fil, c'est un homme que j'avais traité à l'urgence pour une maladie assez grave. Il possède un petit autobus, qu'il offre de nous prêter afin d'aller chercher les gens qui nécessitent un transport le jour du vote! Son appel tombe certes à point. Cette mobilisation spontanée fait du bien. C'est un gros coup de main que nous venons de recevoir.

En fait, il y a probablement une deuxième leçon, tout aussi importante à retenir de cette campagne: c'est seulement ensemble qu'on arrive à faire bouger les choses. Comme néo-démocrate et comme progressiste, la prémisse selon laquelle il faut collectivement s'entraider pour avancer oriente tous nos choix et toutes nos décisions, en campagne électorale comme au gouvernement. Nous ne laissons personne derrière.

Comme à la fin d'un marathon, j'aurai tout donné. Je serai épuisé, comme toute mon équipe.

Il est 23h, et je termine ce blogue. J'ai commencé ma journée à 6h ce matin et demain sera aussi intense. Lorsque je me demande ce que je serais en train de faire si je n'avais pas décidé de devenir candidat, la même certitude m'habite: il était impossible que je ne me lance pas.

Et en regardant l'écran de télévision le soir des élections, je suis certain que j'en serai encore plus convaincu.

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