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04/03/2015 12:02 EST | Actualisé 03/05/2015 05:12 EDT

L'histoire se répète à l'UQÀM

Les anarchistes de l'UQAM sont-ils le retour des groupes marxistes-léninistes des années 70?

La première question soulevée par le blogue de David Sanschagrin (Violence à l'UQAM: rappel historique et mise en contexte, publié le 26 février sur le HuffPost Québec) est de savoir si l'histoire serait en train de se répéter sous nos yeux. Les anarchistes de l'UQAM sont-ils le retour des groupes marxistes-léninistes des années 70? L'auteur semble nous dire qu'il n'est pas possible de faire une telle comparaison principalement parce que les ML de l'époque menaient des actions plus radicales et versaient plus dans le dogmatisme que les militants faisant tant d'échos ces derniers jours. Je tends à croire le contraire, je pense bel et bien qu'il ne s'agit que d'une répétition de l'histoire et je vais argumenter en deux points : l'idéologie et la tentation autoritaire. En ce qui a trait à la seconde partie de l'article en question, je ne la commenterais pas puisqu'il s'agit d'une opinion personnelle et je ne m'intéresse qu'à l'interprétation historique du texte.

Pour commencer, je diviserais la notion idéologique sur les deux grands débats définissant la politique québécoise : la question économique et la question nationale. Je tenterais de démontrer qu'il n'existe que très peu de différences entre les positions de l'époque et celles d'aujourd'hui ce qui rend bien évidemment la comparaison légitime.

Premièrement, la vision économique des deux tendances idéologiques n'a changé qu'uniquement dut au fait que les régimes dont les ML se réclamaient soit principalement la Chine et l'Albanie se sont soit réformées radicalement ou ont complètement été abandonnés. Ce qu'il faut comprendre c'est que les régimes communistes ont été reconnus coupables dans l'opinion populaire occidentale comme étant des États criminels ayant causés des dizaines de millions de morts. Ne voulant pas avoir à constamment se dissocier des échecs du passé ou des régimes comme la Corée du Nord, la voie facile des militants est de tout simplement se réclamer d'une autre idéologie n'ayant jamais fait ses preuves à grandes échelles les plaçant dans une position d'idéologie pure et d'impuissance vertueuse.

Sur la question du fond idéologique, il n'y a pas de différence. Prenez le manifeste du parti communiste de 1848 rédigé par Marx et Engels qui est le grand programme historique de l'extrême gauche et regardez les 10 propositions au chapitre «Prolétaires et communistes», il y a l'impôt fortement progressif, l'abolition de l'héritage, l'éducation gratuite, la création d'une banque d'État, etc. ces revendications n'ont pas changées. Je rajoute que le système économique prôné par les militants anarchistes est l'autogestion, « Ne restait plus à Albert et Hahnel qu'à remplacer la hiérarchie par l'autogestion, et le comité d'État à la planification par une fédération d'agences de facilitation (AF) pour imaginer le squelette du modèle formel de l'écopar. » (Pascal Lebrun, L'économie participative, Lux éditeur, p.118-119). L'anarchisme du XXIe siècle semble être le relooking du communisme déchu.

En ce qui concerne la question nationale, dans ce cas c'est exactement la même position historique. « Le prolétariat du Québec doit savoir qu'il n'a rien à gagner à flirter avec le mouvement indépendantiste » (EN LUTTE!, « Pour l'unité du prolétariat canadien », 1977, p.27) « proclamant le français comme seule langue officielle du Québec, lançait une attaque en règle contre l'unité du prolétariat » (EN LUTTE!, « Pour l'unité révolutionnaire des ouvriers de toutes les nations et minorités nationales », 1978, p. 40). La lutte pour l'indépendance et l'affirmation nationale est encore vue, pour reprendre Alain Fleig, comme « Lutte de con et piège à classe ». Le cinéaste Pierre Falardeau l'avait d'ailleurs fait remarquer dans un article publié dans Le Québécois libre: « En Amérique du Sud, les yankees exportent des pentecôtistes pour écraser la révolte des peuples. Ici, dans le Nord-Est, ils nous envoient des Témoins de Jéhovah déguisés en anarcho-fédéralistes, bilingues en plus. »

On pourrait mentionner que la vision internationale axée sur l'anti-américanisme et la haine de l'État d'Israël est toujours la même, il y a plein d'articles que l'on peut retrouver dans l'ancien journal de la Ligue communiste marxiste-léniniste du Canada, « La forge », sur le sujet.

En ce qui concerne la tentation autoritaire, l'auteur fait bien de nous rappeler les actions des groupes marxistes-léninistes de l'époque, mais de dire «Sur le temps long, le niveau de violence, plutôt que de croître, me semble aller dans le sens contraire, soit vers une confrontation davantage dialogique que physique», est complètement erroné. Où est la confrontation par le dialogue quand on vandalise les bureaux du Pr Julien Bauer? Quand des organisateurs d'un colloque sur la charte de la laïcité reçoivent des menaces? Quand on accuse sans preuve des professeurs d'harcèlement sexuel? Quand on manifeste pour empêcher la conférence d'un sous-ministre? Il s'agit de faits étant arrivés récemment et dont la tendance ne semble pas être à la baisse.

Mon hypothèse est que si ces mêmes personnes n'ont pas agi de cette façon avant, c'est qu'il s'agit d'une question de conjoncture historique, les événements évoqués plus hauts ne sont pas en soi surprenants. Prenons le schéma suivant de l'évolution de la gauche radicale occidentale : événement traumatisant pour l'humanité, mouvement de la jeunesse, révolution manquée, repli sur soi. Seconde Guerre mondiale, mouvement de la jeunesse des années 60, crise d'octobre, développement des groupes marxistes-léninistes. Crise du capitalisme 2008, mouvement de la jeunesse, crise étudiante, développement de pratiques autoritaires. À la suite de la crise étudiante de 2012, il est arrivé les mêmes événements que Charles Gagnon décrivait en parlant de la jeunesse des années 1960 :« On assiste à une sorte d'amalgame des mots d'ordre de la Révolution française de « liberté, égalité, fraternité » et de la Révolution bolchévique « le pouvoir à la classe ouvrière ». Sur ce plan, d'ailleurs, il existe une contradiction au sein du mouvement pris comme un tout, à savoir s'il faut accorder le primat national ou au social. Ce dilemme a existé tout au cours des années 1960 et a conduit à l'éclatement des forces au début des années 1970, le gros des forces allant au Parti québécois pour faire d'abord l'indépendance, les autres se retrouvant en bonne partie dans les groupes marxistes et accordant la priorité à la révolution sociale. » (Charles Gagnon, La crise de l'humanisme, Lux éditeur, 2011, p183)

Avec la lettre, fortement critiquable, des professeurs de science politique de l'UQAM ayant fait beaucoup de bruit, je crains personnellement une escalade. Je rappelle que le printemps 2012 a été fait par une certaine union des professeurs et des étudiants. Je terminerais en citant la plus grande figure révolutionnaire de l'extrême gauche du XXe siècle : «Vouloir trouver une recette, ou une règle générale (« Jamais de compromis! ») bonne pour tous les cas, est absurde». - Vladimir Lénine, La maladie infantile du communisme, Éditions de Pékin, 1970, p. 63.

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