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19/02/2014 12:41 EST | Actualisé 20/04/2014 05:12 EDT

La réaction des hommes en colère lorsqu'il est question de violence masculine!

Les réactions à notre billet ont été multiples et diversifiées. Néanmoins, nous avons été particulièrement interpellés par la réaction vive de plusieurs hommes qui étaient visiblement en colère. Certains d'entre eux justifient ouvertement la violence en soutenant, entre autres, que ces hommes réagissent tout simplement à une accumulation de frustrations provoquées par les actions des femmes.

Ce texte est cosigné par Isabelle Côté, candidate au doctorat en service social de l'Université de Montréal, et Simon Lapierre, professeur à l'École de service social de l'Université d'Ottawa.

Il y a un peu plus d'une semaine, nous avons publié un billet dans lequel nous dénoncions un certain discours qui met l'accent sur la détresse des hommes lors de situations d'homicides conjugaux, occultant ainsi le problème de la violence masculine (voir le billet intitulé Invoquer la détresse des hommes pour éviter de parler de la violence masculine, publié le 7 février 2014). Dans ce texte, nous avons souligné l'importance de ne pas confondre la détresse et la violence dans les situations où des hommes tuent leur conjointe, ce qui est particulièrement susceptible de se produire dans un contexte de séparation. Ce sont notamment les événements survenus récemment en Beauce et dans Lotbinière, ainsi que la couverture médiatique de ces événements, qui ont provoqué cette réflexion.

Les réactions à notre billet ont été multiples et diversifiées. Néanmoins, nous avons été particulièrement interpellés par la réaction vive de plusieurs hommes qui étaient visiblement en colère. Certains d'entre eux justifient ouvertement la violence en soutenant, entre autres, que ces hommes réagissent tout simplement à une accumulation de frustrations provoquées par les actions des femmes. D'autres remettent en question notre analyse (et parfois même notre crédibilité comme chercheurs...), soutenant que nos propos nient la violence des femmes et la victimisation des hommes, ne sont pas nuancés, relèvent d'une position purement idéologique, etc. Que ces hommes s'expriment à titre de citoyens, de professionnels ou d'experts dans ce domaine, leurs propos témoignent d'une résistance devant une remise en question des privilèges masculins, ainsi que des attitudes et des comportements adoptés par les hommes.

Devant la réaction de ces hommes en colère, certaines précisions s'imposent.

Pourquoi mettre l'accent sur la violence des hommes à l'endroit des femmes ?

Pourquoi mettre ainsi l'accent sur la violence exercée par les hommes à l'endroit des femmes? Pourquoi ne pas accorder la même attention à la violence exercée par les femmes ou à la victimisation des hommes? Ces questions sont légitimes. La réponse à celles-ci est simple et, loin d'être idéologique, elle s'appuie sur des faits bien réels.

Tout d'abord, nous mettons l'accent sur la violence masculine parce que c'est ce qui est en cause dans les situations auxquelles nous sommes confrontés. Lorsqu'un homme tue sa conjointe ou son ex-conjointe, comme c'est le cas lors des événements survenus récemment en Beauce et dans Lotbinière, le problème est précisément celui de la violence exercée par cet homme; ce geste, qui est lui-même d'une extrême violence, est souvent précédé par d'autres comportements de contrôle et de violence, incluant les menaces et le harcèlement.

De plus, toutes les données statistiques crédibles démontrent clairement qu'il y a beaucoup plus d'hommes qui tuent leur conjointe ou leur ex-conjointe que de femmes qui tuent leur conjoint ou leur ex-conjoint. De manière plus générale, la violence exercée par les hommes à l'endroit des femmes est plus fréquente et plus sévère, en plus d'avoir des conséquences plus importantes sur leur sécurité et leur santé.

Ces constats ne nient aucunement l'existence d'autres formes de violence, incluant la violence exercée par des femmes à l'endroit de leur conjoint ou de leurs enfants ou encore la violence entre conjoints de même sexe, qui n'ont toutefois pas nécessairement les mêmes causes ni la même ampleur que la violence des hommes à l'endroit des femmes. Toutes ces formes de violence, dans la mesure où elles visent à exercer un pouvoir de domination sur l'autre, sont inacceptables.

L'homicide comme une forme de violence des hommes à l'endroit des femmes

En somme, nous croyons que les situations où des hommes tuent leur conjointe ou leur ex-conjointe devraient d'abord être envisagées comme des situations de violence conjugale et de violence faite aux femmes. Dans ces situations, les hommes font le choix d'utiliser la violence pour maintenir leur contrôle et leur pouvoir sur les femmes, qui sont perçues comme étant leur possession. Ainsi, les connaissances développées dans le domaine de la violence conjugale permettent de mieux comprendre ces situations et d'intervenir plus efficacement pour les prévenir.

Évidemment, il est vrai que ces situations sont aussi des « homicides intrafamiliaux », au même titre que des situations où des parents tuent leurs enfants, ou même celles où des enfants tuent leurs parents. S'il est essentiel de mieux comprendre et de prévenir toutes les formes d'homicides intrafamiliaux, nous constatons que le recours à cette catégorie très large a tendance à créer une certaine confusion et à occulter les caractéristiques propres à certaines formes de violence. Il faut reconnaître, entre autres, la spécificité de la violence exercée par les hommes à l'endroit des femmes, dans un contexte où les inégalités entre les sexes persistent dans la famille et dans la société en général.

Des réactions peu étonnantes, mais néanmoins inquiétantes

Nous ne devrions probablement pas être surpris de la réaction des hommes en colère lorsque nous tentons de mettre en lumière le problème de la violence masculine. En effet, l'histoire nous informe que les groupes ont tendance à réagir de cette façon lorsque leurs privilèges sont remis en cause. À cet égard, des études ont documenté les réactions de plusieurs hommes et des groupes d'hommes masculinistes devant le mouvement féministe.

Il est néanmoins inquiétant de constater les réactions vives que suscitent un billet qui souligne essentiellement l'importance de nommer la violence masculine lorsque des hommes tuent leur conjointe ou leur ex-conjointe, d'autant plus qu'une situation similaire se produisait à Trois-Rivières que quelques jours après la publication de notre billet. Dans ces circonstances, les hommes ne devraient-ils pas être en colère devant les attitudes et les comportements des hommes qui exercent ou justifient la violence plutôt que contre celles et ceux qui la dénoncent dans le but de la prévenir ?

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