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31/10/2015 09:12 EDT | Actualisé 31/10/2016 05:12 EDT

Quand des policiers font front commun contre des femmes autochtones victimes de violence

Et dans tout ça, pas un mot de la part des policiers pour dénoncer les violences faites aux femmes autochtones...

La semaine dernière, un reportage présenté à l'émission Enquête rapportait des témoignages troublants de femmes autochtones qui dévoilaient avoir été victimes de violence physique et sexuelle de la part de policiers de la région de Val-d'Or, en Abitibi, une situation qui perdurerait depuis plusieurs années. Cette situation était connue par les autorités de la Sûreté du Québec et par le ministère de la Sécurité publique depuis déjà quelques mois. En effet, des policiers ont été temporairement suspendus de leurs fonctions le temps que l'enquête, confiée à d'autres policiers de la Sûreté du Québec, soit complétée. Évidemment, la diffusion du reportage a mis de la pression sur les autorités de la Sûreté du Québec et sur la ministre de la sécurité publique. Cette dernière a d'ailleurs fait plusieurs apparitions dans les médias et a finalement décidé de confier l'enquête au Service de police de la ville de Montréal.

Au cours des derniers jours, plusieurs policiers ont exprimé leur outrage face aux propos et aux actions de la ministre Thériault. Il y a plusieurs bonnes raisons de critiquer la façon dont la ministre Thériault a composé avec cette situation, mais la tentative des policiers de se porter à la défense de leurs collègues et de se positionner comme des victimes est inadmissible. Dans cette tentative, les policiers ont, entre autres, accusée la ministre de ne pas leur faire confiance et de les avoir laissé tomber. Ils ont expliqué qu'il est maintenant difficile pour eux de faire leur travail, notamment parce qu'ils ne se sentent pas en sécurité. D'autres sont en congé de maladie, doutant de pouvoir un jour revenir au travail. Certains policiers ont même tenté de miner publiquement l'intégrité et la crédibilité des femmes qui ont dénoncé ces situations.

Les policiers ont l'habitude de faire front commun face à l'adversité. Si cette solidarité peut être positive dans certaines circonstances, elle n'a pas sa place lorsqu'il est question de multiples allégations de violence physique et sexuelle à l'endroit des femmes autochtones. Mais est-ce vraiment une manifestation de solidarité entre collègues ? Si les comportements d'un seul de leurs collègues étaient en cause, ils pourraient toujours s'en dissocier en prétendant qu'il ne s'agit que de se débarrasser de cette « pomme pourrite » pour régler le problème. Mais lorsque l'ampleur de la situation s'avère plus importante, c'est tout un système qui est mis cause, un système auquel tous les policiers contribuent. De reconnaître qu'il y a un problème et que ce problème est systémique implique une remise en question de leurs pratiques et de leurs propres actions, mais aussi de leur inaction et de leur silence.

Cette attitude n'est pas propre aux policiers et semble être commune dans les « mondes d'hommes ». En effet, on a pu constater cette même « solidarité » dans les équipes sportives masculines et dans l'armée, entre autres. Mais ce qui est encore plus dérangeant dans ce cas-ci, c'est que ce sont des personnes dont l'une des principales fonctions est de protéger les victimes de violence qui font front commun avec des hommes qui ont été accusés de violence physique et sexuelle à l'endroit de femmes autochtones, allant même jusqu'à tenter de miner publiquement l'intégrité et la crédibilité de ces femmes pour défendre leurs collègues.

Et dans tout ça, pas un mot de la part des policiers pour dénoncer les violences faites aux femmes autochtones...

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