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21/07/2015 10:35 EDT | Actualisé 21/07/2016 05:12 EDT

La religion, c'est quoi?

Il m'étonne qu'avec tous les débats sur la religion, personne ne semble avoir pris le temps de se demander: qu'est-ce qu'une religion?

C'est étonnant qu'avec tous les débats sur la religion, personne ne semble avoir pris le temps de se demander: «qu'est-ce qu'une religion?»

Nous croyons tous avoir la réponse, mais pourtant nous avons tous une réponse différente. Le pastafarisme est un mouvement qui se prétend religieux, plusieurs juges leur accordent effectivement ce statut. Pourtant, une courte étude de la question démontrerait que le pastafarisme n'est pas une religion. Ce mouvement a toutefois été au cœur de nombreux scandales d'accommodements et jamais nous ne semblons avoir évoqué la question d'une définition.

Bien qu'il ne soit pas tout à fait clair si la société est née par la religion ou vice versa, il est clair que la religion célèbre avant tout la communauté. C'est Émile Durkheim, père de la sociologie, qui alla en Océanie pour étudier des tribus dites «barbares» dans le but de découvrir l'essence même de la religion. Il dénote deux facteurs importants déterminant : le mythe et la communauté.

Un fait social

Il découvre en 1912 que le but de la religion est de regrouper la communauté, renforcer les liens d'unité, améliorer le travail d'équipe pour assurer la survie de la tribu. La tribu se réunit autour du totem principal, le totem du clan, et célèbre ensemble. Ces rites servent à se préparer pour la chasse, le combat ou pour célébrer un événement spécial. Bref, toutes des actions nécessitant une action commune. Des rites de moindre importance pour la communauté sont célébrés dans chaque famille (le totem famille ou les armoiries familiales). Nous pouvons comparer ces événements au Noël d'antan, où tout le village se regroupait pour fêter ensemble la naissance du Christ. Une fois la messe de minuit terminée, les familles se regroupaient pour célébrer ensemble.

«L'idée de religion est inséparable de l'idée d'Église (une communauté morale), il fait pressentir que la religion doit être une chose éminemment collective.» - Durkheim, p.51.

Cette approche explique un certain remplacement de la religion une fois évacuée. Par exemple, on remplace la messe du dimanche matin par la messe du samedi soir (le hockey). Plutôt que de rencontrer notre village à l'Église, nous le faisons lors de festival ou même sur les réseaux sociaux. Pourtant, la religion ne peut se justifier que sur le fait social, elle a besoin d'un mythe pour expliquer son existence et pour gérer la communauté.

Le mythe sert le social

Par mythe, nous entendons aujourd'hui une légende. Pourtant, un élément différencie les deux: le mythe est source de loi et d'explication, la légende est un récit. Le mythe a deux fonctions: expliquer la nature du monde et expliquer la raison des lois.

J'aime prendre exemple sur le mythe inuit de la Lune et du Soleil. Une sœur victime d'inceste de la part de son frère s'envole dans le ciel avec une torche à la main, tandis que le frère la poursuit pour continuer ses attouchements. Depuis, le frère court après sa sœur dans le ciel. Ce mythe peut nous sembler simple. Pourtant, pour les Inuits, il explique comment était la vie avant l'existence du Soleil et pourquoi la Lune semble courir après lui. Il explique l'origine d'un monde en fonction de questions que l'on se posait à l'époque.

Nous savons bien que la vie sans Soleil est impossible. Pour une religion d'origine désertique comme la nôtre, il était improbable de vivre sans la chaleur du soleil, d'où son apparition avant la vie dans le mythe de la Genèse. Pour un peuple vivant au froid, le soleil n'apporte que lumière et que peu de chaleur; pour eux la vie sans soleil était envisageable. Mais ce mythe a une leçon bien plus importante que celle de l'histoire de la création, une loi y est expliquée: l'inceste est interdit. Imaginez vivre à cette époque et que l'on vous annonce que coucher avec votre sang vous enverrait dans le ciel. Bien sûr, lors de la création du mythe, les conteurs avaient constaté les effets de la consanguinité sur les bébés, mais il fallait une image forte. Tout comme nous savons que l'alcool au volant est dangereux, mais nous avons besoin d'images fortes pour nous le rappeler.

Le mythe est une forme de publicité pour les lois. Ils régissent la vie de la communauté et c'est ainsi que se créent les premiers codes civils et criminels. Même les dix lois juives servent la religion et la société: les cinq premières concernent la religion, les cinq dernières la vie de la société. Les textes qui suivent le décalogue sont l'équivalent de l'actuelle jurisprudence. Alors que le décalogue interdit l'esclavagisme ou, plutôt, de créer des esclaves, les textes qui suivent gèrent la vie d'un esclave. Alors que le décalogue est strict avec un «tu ne tueras point», les textes qui suivent expliquent les cas où la peine de mort est tolérable.

Le mythe permet aussi d'expliquer un rite, comme le rite de l'Eucharistie chez les chrétiens. On boit le vin et on mange le pain en souvenir du sacrifice de Jésus sur la croix, mais on ne pouvait expliquer ce geste avant de l'inclure dans les testaments de la Bible.

Durkheim définit donc la religion comme «un système solidaire de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées, c'est-à-dire séparées, interdites, croyances et pratiques qui unissent en une même communauté morale, appelée Église, tous ceux qui y adhèrent» (p. 51). Évidemment, cette définition sans l'analyse des deux précédents concepts permet de classer le hockey comme une religion, les Canadiens ayant après tout des mythes comme les fantômes du forum. Mais ce mythe n'explique pas la nature du monde, n'explique pas un rite et, surtout, ne crée pas une loi de société. Il s'agit donc d'une légende.

Maintenant que nous comprenons mieux la notion de religion. Peut-être faudra-t-il s'attarder à sa raison d'être: répondre à des questions. Plus exactement, la religion répond aux questions touchant au sens de la vie. Le pastafarisme a comme seule fonction de ridiculiser la foi des autres, il s'agit d'un mouvement athée flirtant souvent avec le racisme et la xénophobie.

Source : Émile Durkheim, Les formes élémentaires de la vie religieuse : le système totémique en Australie.

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