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24/04/2019 10:57 EDT | Actualisé 24/04/2019 11:01 EDT

Quel avenir pour la jeunesse algérienne?

Malgré le recul et le changement dans le gouvernement actuel, les Algériens ne veulent plus se laisser duper par le scénario de démantèlement du pouvoir en place. Ils exigent un changement total et abyssal du système.

RYAD KRAMDI via Getty Images
Une femme algérienne participe à une manifestation antigouvernementale dans la capitale, Alger, le 23 avril 2019. Les manifestants ont organisé leur dixième rassemblement de masse hebdomadaire, galvanisés par le départ du président de longue date, Abdelaziz Bouteflika, et s'engageant à maintenir leur demande de réformes radicales.

Depuis l'annonce de la démission du président Abdelaziz Bouteflika le 2 avril dernier, les manifestations étudiantes n'ont cessé de prendre de l'ampleur, et ce, partout à travers le pays. Étant moi-même d'origine algérienne et très attachée à ce pays, je ne peux que constater avec admiration le courage et la détermination du peuple algérien.

Ce pays de 42 582 203 habitants est en train de réaliser un exploit qu'aucun autre pays à majorité musulmane n'a réalisé auparavant: renverser un système en place via un soulèvement pacifique et avec un immense sang-froid.

Il faut savoir qu'en Algérie, près 45% de la population à moins de 25 ans, ce qui fait en sorte que le gouvernement actuel fait face à une population extrêmement jeune et dynamique, avec une détermination de changements plus grande et surtout plus soutenue que n'ont pu exprimer les générations précédentes.

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Une révolution aux mains de la jeunesse

Le plus frappant avec les récentes manifestations à travers le pays est que ce mouvement social est intrinsèquement porté par la jeunesse. La particularité de ceci est que cette frange importante de la population n'a pas connu la période de décennie noire qu'a traversée l'Algérie dans les années 90.

Cet élément capital révèle dès lors un aspect crucial de ses soulèvements: la jeunesse n'est pas sensible à la peur d'un possible retour à cette sombre période de l'histoire algérienne. De ce fait, les revendications et le désir de changement liés aux problèmes socioéconomiques se font avec un courage insouciant.

Aujourd'hui encore, le taux de chômage a atteint 11,7% en 2017 (dont 29,1% pour les 16 à 24 ans), traduisant de façon directe le malaise et les craintes que ressent la jeunesse algérienne face à son avenir. D'ailleurs, les vagues de migration vers l'Europe ont été la pointe de l'iceberg qui a sonné les cloches de la communauté internationale face à la détresse des populations d'Afrique.

La spécificité algérienne est que depuis la fin des années de décennies noires, la fragile paix sociale n'a cessé d'être achetée par les importations de biens et services provenant de l'étranger. Cela étant dit, la jeunesse en place, et notamment les étudiants, n'est plus dupe face à ce processus, qu'elle juge avec raison servir de couverture face aux vrais problèmes socioéconomiques de fond.

Aujourd'hui encore, dans plusieurs villes d'Algérie, il y a grande absence d'activités et de loisirs, tels les cinémas, les piscines, les bibliothèques, etc. Ce triste constat se traduit par l'errance dans les rues d'une jeunesse au bord du gouffre.

La présence féminine, un pilier

Si les manifestations ne cessent d'impressionner par leurs nombres et leurs déterminations, il faut aussi souligner un fait plutôt peu commode en Algérie: la présence massive des femmes lors de ses soulèvements vient ouvrir la porte d'entrée à une nouvelle ère. Si les manifestations à travers le pays ont pour l'instant porté fruit, c'est notamment grâce à la conjonction revendicatrice de la population féminine et masculine, dans une société intrinsèquement patriarcale.

Il faut savoir qu'en Algérie, les filles ont depuis déjà quelques années un taux de réussite au baccalauréat (examens d'entrée pour les études supérieures) nettement supérieur aux garçons (65% pour les filles et 35% chez les garçons pour les examens de 2017).

De ce fait, il y a un véritable défi et volonté de la femme algérienne à vouloir s'imposer dans les différentes sphères de la société qui la compose. Comme l'a si bien dit Alice Schwarzer, journaliste allemande et auteur du livre Ma famille algérienne: «Les Algériennes mènent un double combat: celui pour une vraie démocratie et celui pour leurs droits de citoyennes. Ce moment est capital pour elles».

Une question de génération?

Si le sentiment contestataire en Algérie n'est pas nouveau et prend son envol selon le contexte et l'époque (comme lors du printemps berbère de 1980), la particularité des manifestations récentes et que ses mouvements à travers le pays est essentiellement portée de l'avant par la jeunesse, qui représente le moteur avenir du pays.

Les jeunes en Algérie ont réussi ce que les générations précédentes ont échoué à faire: porter le changement avec courage et pour l'instant, sans dégât collatéraux, ce que même les manifestations en occidents ont du mal à faire.

L'Algérie est petit à petit en train de marquer son histoire et celle des peuples qui se sont révoltés pour faire entendre leurs voix.

Malgré le recul et le changement dans le gouvernement actuel, les Algériens ne veulent plus se laisser duper par le scénario de démantèlement du pouvoir en place. Ils exigent un changement total et abyssal du système en place depuis déjà plusieurs années.

Un avenir encore incertain

Même si les résultats encourageants des dernières semaines ont ouvert la voie à la possibilité d'un véritable changement au sein de la société, il n'en reste pas moins que le fameux «système» est toujours présent et structuré au sein du pouvoir.

L'Algérie n'a plus le choix, elle doit générer de nouveaux acteurs politiques conscients de la réalité sociale et qui ont le courage et le désir de porter le pays vers un véritable changement. Pour ce peuple à l'histoire tantôt heureuse, tantôt moins heureuse, le seul avenir qui compte est celui qu'il tiendra au bout de ses mains, porter par le courage d'une jeunesse en or.

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