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16/01/2019 12:11 EST | Actualisé 16/01/2019 12:39 EST

Les écoles québécoises ne répondent pas aux besoins des enfants autistes

L’aide apportée aux enfants autistes dans les écoles du Québec n’a pas beaucoup évoluée depuis les 20 dernières années.

Juanmonino via Getty Images
Où vont donc les enfants atteints d'autisme, s’ils ne peuvent pas fréquenter une école spécialisée avec du personnel formé aux meilleures pratiques éducatives et thérapeutiques pour l’autisme?

Avant 2005, je n'étais pas très au fait en ce qui concerne le système d'éducation public et des différentes options offertes aux parents d'enfants handicapés. Lorsque mon deuxième enfant a reçu un diagnostic d'autisme, un trouble neurodéveloppemental incluant entre autres des troubles de la communication et du comportement, j'ai constaté que les options en matière d'éducation étaient très limitées.

Malheureusement, c'est encore le cas aujourd'hui, mais un enfant autiste d'âge scolaire peut s'épanouir s'il reçoit le bon soutien. Or, l'aide apportée aux enfants autistes dans les écoles du Québec n'a pas beaucoup évolué depuis les 20 dernières années.

En 2007, j'ai fait une demande pour que mon fils puisse fréquenter l'une des deux écoles spécialisées accueillant des enfants autistes à Montréal. La première, À pas de géants, est une école privée, la seule qui est dédiée uniquement aux enfants autistes. Elle offre à l'heure actuelle 90 places, dont la moitié pour les élèves francophones et l'autre pour les élèves anglophones, pour l'ensemble du territoire de l'île de Montréal.

Et la deuxième, aussi privée, l'école Le Sommet, de langue anglaise uniquement ne compte qu'environ 30% des 600 places pour les enfants atteints d'autisme. Les deux écoles sont reconnues et subventionnées par le ministère de l'Éducation. Malheureusement, mon fils qui avait cinq ans à l'époque, a été refusé par les deux écoles spécialisées en raison du nombre restreint de places et de l'absence de correspondance avec leur profil spécifique tel que le niveau de langage, le fonctionnement dans les activités de vie quotidienne, etc.

Quelle place pour les enfants autistes?

Où vont donc les enfants atteints d'autisme, s'ils ne peuvent pas fréquenter une école spécialisée avec du personnel formé aux meilleures pratiques éducatives et thérapeutiques pour l'autisme? Ils vont dans le système scolaire public.

Selon un récent rapport, le ministère de l'Éducation considère fournir davantage de spécialistes en classe pour aider les élèves ayant un trouble du spectre de l'autisme, mais nous n'avons pas plus de précisions. Je garde espoir, mais je crains aussi que ce ne soit qu'une solution bien partielle à un problème beaucoup plus complexe.

La plupart des jeunes enfants atteints d'autisme arrivent sans intervention adéquate et sont intégrés dans une salle de classe régulière comprenant de 20 à 28 élèves et ne reçoivent pas le soutien adéquat pour s'épanouir.

Les enfants au Québec ayant un trouble du spectre de l'autisme sont diagnostiqués trop tardivement et attendent des années avant toute intervention, même si, selon les meilleures preuves, une intervention précoce est essentielle. Seuls les rares parents qui peuvent se permettre des thérapies privées rigoureuses sont réellement capables de préparer leurs très jeunes enfants autistes à entrer dans le système scolaire public. La réalité est que la plupart des jeunes enfants atteints d'autisme arrivent sans intervention adéquate et sont intégrés dans une salle de classe régulière comprenant de 20 à 28 élèves et ne reçoivent pas le soutient adéquat pour s'épanouir.

Actuellement à Montréal, une aide ou un éducateur spécialisé est affecté à un élève autiste 13 heures par semaine en classe régulière. La moitié de ce qui avait été prévu au budget de 2009-2010, soit 26 heures par semaine. De plus, les enseignants ne sont pas obligés d'avoir une formation spéciale sur l'autisme pour avoir des enfants autistes dans leur classe.

En général, dans le système d'éducation public, les enfants autistes qui ont ou qui développent des comportements difficiles sont placés dans des classes plus petites, à raison d'environs 10 élèves pour un enseignant et un éducateur spécialisé dans les écoles des commissions scolaires francophones et d'un enseignant pour quatre élèves dans les commissions scolaires anglophones. On souhaite que ces élèves puissent éventuellement être intégrés aux classes régulières, mais ce n'est pas toujours possible.

L'idée voulant qu'on augmente le budget de l'éducation pour compenser le manque de soins spécialisés, qui devrait relever du ministère de la Santé, démontre un sérieux échec.

Aussi bien disposé que puisse être le système scolaire public, les enseignants ne peuvent pas se substituer à des soins offerts par des professionnels de la santé ou thérapeutes spécialisés pour aider les enfants handicapés à bien fonctionner. L'idée voulant qu'on augmente le budget de l'éducation pour compenser le manque de soins spécialisés, qui devrait relever du ministère de la Santé, démontre un sérieux échec.

Une réunion avec les trois ministres, celui responsable de la Santé, celui de la Famille et celui de l'Éducation s'impose pour retracer l'origine du problème et apporter les correctifs nécessaires.

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