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21/02/2018 01:00 EST | Actualisé 21/02/2018 01:00 EST

Mes seins m’auraient tuée, j'ai dû leur dire adieu

Mon enfant, dont le combat contre le cancer ne prendra jamais fin, m'a fait comprendre quelque chose que je n'oublierai jamais: même avec des cicatrices, je reste une femme.

Shannan Taft Ajluni
La devise de Shannan: "Le cancer s’est attaqué à la mauvaise famille."

En novembre 2014, les docteurs avaient diagnostiqué une forme agressive de cancer du sein chez Shannan Taft Ajluni. Cette Américaine a raconté au HuffPost son combat contre la terrible maladie et expliqué comment elle a trouvé la force de lutter.

"Ça va faire mal", ai-je pensé en voyant dans mon rétroviseur la voiture qui me fonçait dessus. Et puis il y a eu un choc brutal.

Un conducteur débutant n'avait pas pu freiner à temps et m'était rentré dedans. J'étais furieuse. Ma voiture neuve, pour laquelle j'avais économisé pendant si longtemps, était complètement enfoncée, et mon épaule me faisait mal.

À ce moment-là, je ne me doutais pas que je serais un jour éternellement reconnaissante envers le chauffard pour cet accident. Car s'il ne m'était pas rentré dedans, la tumeur agressive qui grandissait dans un de mes seins n'aurait vraisemblablement été découverte que beaucoup plus tard. Et qui sait ce que cela aurait signifié pour moi.

J'ai senti quelque chose de bizarre

Quelques jours après l'accident, en retirant l'écharpe qui me tenait le bras, j'ai éprouvé un léger pincement au sein. J'ai appuyé dessus avec la main, et j'ai senti quelque chose de bizarre. Pas vraiment une boule, mais une sorte de renflement. La dernière fois que je m'étais livrée à une autopalpation de la poitrine, il n'y avait rien du tout à cet endroit.

Tout d'abord, je ne me suis pas vraiment inquiétée. Je partais du principe qu'il s'agissait d'un hématome interne lié à l'accident. Malgré tout, je me palpais chaque jour. Et au bout d'un moment j'ai eu l'impression que le renflement avait grossi.

J'en ai aussitôt parlé à mon mari, et lui ai demandé de palper ma poitrine, sans lui dire ce qu'il devait chercher. Je voulais simplement savoir s'il détecterait lui-même la différence. Il l'a sentie immédiatement. "Il faut appeler le médecin, tout de suite", m'a-t-il dit avec une expression inquiète.

Je le savais: quelque chose n'allait pas du tout. La médecin était légèrement contrariée. Elle m'avait elle-même fait un contrôle un mois et demi plus tôt et n'avait rien trouvé. Mais quand elle m'a examiné de nouveau, elle a soudain tiqué. "Shannan, ça m'inquiète. Ce n'était pas là le mois dernier. Il faut faire une mammographie de toute urgence."

Le lendemain, je me suis retrouvée dans une pièce toute froide, où on m'a serré la poitrine entre deux plaques glacées. J'essayais de penser à quelque chose qui me permettrait de m'échapper du moment présent. Et puis mon regard est tombé sur une vitre dans laquelle se reflétait l'écran de l'ordinateur qui montrait mes tissus mammaires. J'ai vu une grosse tache blanche à l'intérieur de ma poitrine. L'assistant médical a quitté la pièce.

En tant que mère d'un garçon atteint d'un cancer inguérissable, j'avais une certaine expérience de ce genre d'examens. Si j'avais appris une chose de cette expérience, c'est que le fait que l'assistant médical prévienne le docteur pendant l'examen n'est pas du tout bon signe.

"Tout va bien se passer, Maman."

Le docteur m'a demandé si quelqu'un m'avait accompagnée à l'hôpital. Puis on est allé chercher mon mari; nous avons échangé un regard qui en disait long, et versé quelques larmes. Nous avons pris rendez-vous pour des examens complémentaires et on nous a donné l'adresse d'un cancérologue.

Je suis repartie subir une mammographie et une biopsie, et j'ai fait de mon mieux pour ne pas désespérer.

Mes seins, qui avaient commencé à pousser quand j'avais douze ans, qui avaient nourri quatre merveilleux enfants, devaient disparaître.

Le jour où je devais aller chercher les résultats, j'ai pleuré sous ma douche. Je savais ce que les médecins allaient me dire: j'avais un cancer du sein. Ensuite, nous avons mis nos enfants au courant. Mon fils aîné et ma fille étaient désemparés: ils avaient été témoins, au cours des trois années écoulées, de la façon dont le combat contre le cancer avait déjà consumé leur petit frère.

En revanche, les premiers mots qui ont jailli de la bouche d'Olly étaient: "Tout va bien se passer, Maman! Je serai là pour toi, comme tu es toujours là pour moi!" Et c'est ainsi que je me suis résolue à lutter.

Mes seins m'auraient tué. J'ai dû leur dire adieu.

Le cancérologue m'a annoncé qu'il s'agissait d'une tumeur particulièrement agressive. En six semaines, elle est passée de la taille d'un petit pois à celle d'une balle de tennis. Il a donc décidé que je devais d'abord subir une chimiothérapie avant de passer sur le billard.

J'ai été envahie de nausées et de douleurs, submergée par l'épuisement, mais c'est avant tout le désespoir qui a eu raison de moi.

Je restais souvent allongée sur le sol de la salle de bains, trop faible pour remuer. Et puis, dans ces moments-là, je pensais à mon fils. "Si Olly a pu supporter tout ça, j'en suis capable aussi. Je dois être forte pour lui", me disais-je.

C'est alors que le docteur m'a informée que j'allais subir une double mastectomie. Mes seins, qui avaient commencé à pousser quand j'avais douze ans, qui avaient nourri quatre merveilleux enfants, devaient disparaître. Sans quoi, ils me tueraient.

"Est-ce que je ressemblerais un jour de nouveau à une femme?"

Rétrospectivement, j'ai regretté de ne pas avoir organisé une fête d'adieu en l'honneur de mes seins. Sur le coup, tout ce que je voulais, c'était d'en finir au plus vite avec ça. Je devais être là pour mes enfants et cette tumeur cancéreuse tentait de m'en empêcher. Pour moi, il n'y a jamais eu aucun doute, je n'ai pas eu de regret, je voulais juste me débarrasser de ce cancer.

Rétrospectivement, j'ai regretté de ne pas avoir organisé une fête d'adieu en l'honneur de mes seins.

Quand je suis revenue à moi après l'opération, j'ai été prise de douleurs inimaginables. Mais elles n'étaient rien comparées à la douleur mentale que j'ai ressentie en voyant pour la première fois mes cicatrices, qui allaient des aisselles au sternum.

Au téléphone avec ma mère, je sanglotais. Je lui ai demandé dans un cri: "Est-ce que je ressemblerais un jour de nouveau à une femme?" J'ai caché ma poitrine à tout le monde. Depuis mon opération, je ne porte plus de maillot de bain. A peu près un mois après, mon fils Olly a posé ses mains sur mes joues et m'a dit combien il me trouvait belle. Et puis il m'a demandé de lui laisser voir mes cicatrices.

Mon fils m'a dit qu'il aimait mes cicatrices.

J'ai relevé mon T-shirt. Alors qu'il passait son doigt sur les lignes rouges qui sillonnaient ma peau, il m'a dit tout d'un coup: "C'est la preuve que tu as survécu, Maman. Ces cicatrices montrent que tu veux vivre. C'est pour ça que je les aime."

Mon enfant, dont le combat contre le cancer ne prendra jamais fin, m'a fait comprendre quelque chose que je n'oublierai jamais, quelque chose que j'essaie de garder à l'esprit dans tout ce que je fais: même avec des cicatrices, je reste une femme.

Avant l'opération, je n'avais pas songé une seule seconde aux conséquences qu'elle aurait sur mon apparence. Aujourd'hui encore, je fais de mon mieux pour ne pas y penser.

Mais j'y pense malgré tout. Et voilà pourquoi j'ai décidé, maintenant que j'ai vaincu le cancer, de m'adresser à un chirurgien esthétique pour me faire reconstruire la poitrine.

Je ressemblerai alors enfin à la femme que je me sens être. Et je continuerai à m'engager aux côtés des patientes de cancer du sein pour les soutenir dans leur combat contre cette monstrueuse maladie.

Ce blog, publié à l'origine sur leHuffPost allemand, a été traduit par Alexis et Ute Becker pourFast For Word.

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