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12/05/2016 10:05 EDT | Actualisé 13/05/2017 05:12 EDT

Les incohérences d'un bon petit soldat!

Lettre ouverte au ministre François Blais,

Monsieur Blais, votre réforme de l'aide sociale est une négation des droits et de la dignité des personnes assistées sociales. Avec le projet de loi 70, vous entretenez les préjugés à leur égard et menacez de couper leur prestation de base. En plus, l'approche obligatoire et punitive que vous souhaitez mettre en place pour forcer les personnes assistées sociales à trouver un emploi est vouée à l'échec. De nombreuses organisations, même patronales, sont allées vous le dire en commission parlementaire.

Aujourd'hui, Monsieur Blais, nous vous demandons de nous expliquer votre virage à 180 degrés et les contradictions majeures qui ponctuent votre discours des dernières années sur la lutte à la pauvreté. Nous ne comprenons pas comment la même personne peut se montrer aujourd'hui totalement intransigeante à l'égard des personnes assistées sociales et avoir écrit le livre Un revenu garanti pour tous: Introduction aux principes de l'allocation universelle.

Dans ce livre, ne reconnaissiez-vous pas «la stigmatisation associée aux programmes conditionnels d'aide» (p. 25) ou le fait que «plus de conditionnalité n'aboutirait qu'à appauvrir et à exclure davantage» (p. 31). Pourtant, le projet de loi 70 vient précisément réintroduire le caractère conditionnel de l'aide sociale en menaçant de couper la prestation de base des personnes faisant une première demande d'aide sociale. Et le résultat sera clairement d'appauvrir et d'exclure davantage.

Au lieu des mesures obligatoires que vous voulez imposer avec le programme Objectif emploi, pourquoi ne pas opter plutôt pour des mesures volontaires qui soient mieux financées et mieux adaptées aux besoins des personnes assistées sociales? On vous l'a déjà dit, et on est prêt à vous citer pour vous le redire: la «stratégie [de la coercition ou de "l'activation"] ne donne pas les résultats escomptés simplement parce qu'elle repose sur une conception simpliste et tout aussi bureaucratique de l'activité humaine» (p. 76).

Pourquoi refusez-vous de tenir compte de vos propres enseignements et d'entendre les nombreux appels à la raison? N'y voyez-vous pas un manque flagrant de cohérence? Et qu'en est-il de votre dignité?

On comprend que la machine politique est dure et cruelle. Il faut que vous soyez un bon petit soldat, Monsieur Blais, pour accepter ainsi de renier vos principes et de vous attaquer aux personnes assistées sociales. Mais ce jeu politique en vaut-il vraiment la chandelle?

Faites-vous plaisir, soyez cohérent et retirez toutes les mesures coercitives, rétrogrades et appauvrissantes de votre projet de loi.

Mise en contexte:

Le ministre François Blais dévoilait le 11 mai, en commission parlementaire, ses intentions réglementaires sur le projet de loi 70. Il y confirmait que les personnes participant au programme Objectif emploi seront susceptibles de se faire couper leur prestation de base en cas de manquements aux obligations prévues par le ministre.

Une personne seule à l'aide sociale touche un revenu de 726$ par mois, ce qui lui permet à peine de couvrir la moitié des besoins de base reconnus. Comment alors le ministre François Blais peut-il envisager de couper 224$ à ce montant, ce qui laisserait 502$ à la personne pour le mois?

Rappelons que le coût minimal pour bien se nourrir lorsqu'on vit seul est de 276$ par mois. Cela laisserait 226$ à la personne pour couvrir l'ensemble de ses autres besoins, dont le loyer. Par exemple, pour un studio à Montréal, le loyer était de 577$ en moyenne en 2015, d'après la Société canadienne d'hypothèque et de logement. À un moment donné, il devient tout simplement impossible d'arriver.

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