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06/03/2015 12:17 EST | Actualisé 05/05/2015 05:12 EDT

Que dire des expertises psychiatriques?

Je dois admettre que les psychiatres que j'ai rencontrés avaient de très bonnes méthodes d'interrogation et notaient presque tout ou à tout le moins cernaient bien ma situation, sauf pour ma dernière expertise.

Il y a quelque temps déjà, lors du procès des Rédemptoristes, plusieurs expertises ont été déposées pour faire la lumière de ce que ces jeunes à l'époque avaient subi, mais une en particulier, a fait couler beaucoup d'encre et a provoqué bien des vagues, soit celle du psychiatre Gérard Leblanc qui affirmait dans son expertise que les victimes en avaient tiré un certain «bénéfice».

Cela m'a fait réfléchir sur les nombreuses expertises que j'ai subies dans les dernières années. Ayant fait deux dépressions majeures dans les cinq dernières années, mon employeur, après un an de congé de maladie, me convoquait immédiatement à une expertise médicale afin d'avoir une meilleure vision de ma santé physique et mentale. Jusque-là, je comprends très bien la logique, mais là où le bât blesse c'est dans le résultat toujours aussi prévisible pour chacune d'entre elles.

Dans tous les cas, je dois admettre que les psychiatres que j'ai rencontrés avaient de très bonnes méthodes d'interrogations et notaient presque tout ou à tout le moins cernaient bien ma situation, sauf pour ma dernière expertise que je qualifierais de «bâclée».

Ce qui me fascine et me désole en même temps, ce sont leurs conclusions et recommandations. Peu importe ce que je leur disais, le résultat de cette rencontre et analyse était toujours la même, à savoir, que je pouvais reprendre le travail «dans six semaines»!

Comment un expert dans le domaine, après m'avoir entendu dire que je dors peu ou très mal, accompagner de cauchemars récurrents, que je fais des crises de paniques a répétions depuis près de 9 mois, peut me remettre au travail dans six semaines sans même fournir a mon médecin de famille une nouvelle posologie médicale afin d'enrayer ces problèmes qu'il reconnait dans son rapport?

Comment en arrive-t-il à cette recommandation alors que durant plus de 45 minutes, il m'entend expliquer les éléments de ma santé fort préoccupante et de mes craintes face à mon retour au travail (harcèlement psychologique), sans même en tenir compte dans sa conclusion?

La réponse est toute simple, il a été mandaté par mon employeur.

Si un jour, j'engage une personne pour faire une expertise en quoi que ce soit, je m'attends a ce qu'il fasse le tour du jardin et qu'il me recommande autant les bons que les mauvaises façons de faire, je le veux neutre, car je veux avoir le portrait réel et ne désire pas avoir de mauvaises surprises dans le futur. Après tout, n'est-ce pas le rôle de toute expertise, du moins dans ma vision des choses?

Nous savons tous que les coûts reliés à l'absence au travail sont importants pour toutes les compagnies ou pour l'État. Mais n'assumons-nous pas une partie de ces coûts a même les nombreuses cotisations prélevées paie après paie?

Nous sommes donc en droit d'exiger des expertises de qualités, avec des recommandations non loufoques et tenant compte de la situation réelle du patient. Prendre le temps d'être bien traités et guéris afin que justement, lorsque nous reprendrons le travail, nous soyons mieux équipés afin d'éviter toute rechute de notre santé.

Si on vous renvoie au travail et que vous êtes encore fragile, ne risquez-vous pas risque d'avoir des rechutes? Donc absence du travail, et vous devrez recommencer a zéro. Dans ce cas, celui qui perdra le plus, ça sera vous, car vous devrez très probablement reprendre tout le processus de guérison. Du côté de votre employeur, il n'a rien à gagner non plus, à vous remettre au travail trop tôt.

Pourquoi en est-il autrement dans ces expertises médicales demandées par l'employeur ou assureur? Est-ce que simplement, parce que c'est lui qui paie?

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