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08/11/2018 12:21 EST | Actualisé 08/11/2018 12:23 EST

La santé publique doit devenir une priorité

On pourrait croire que la santé publique serait une priorité pour le système de santé canadien, mais les gouvernements au Canada n’ont pas mis leurs belles paroles en pratique.

La santé publique ne peut pas accomplir son rôle d’une importance vitale avec une main attachée derrière le dos. Notre système de santé et la santé de notre population dépendent d’un système de santé publique solide.
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La santé publique ne peut pas accomplir son rôle d’une importance vitale avec une main attachée derrière le dos. Notre système de santé et la santé de notre population dépendent d’un système de santé publique solide.

En 2010, les ministres canadiens de la Santé ont énoncé dans une déclaration sur la prévention que «la promotion de la santé et la prévention des maladies, des incapacités et des blessures sont prioritaires et nécessaires à la viabilité du système de santé». On pourrait donc croire que la santé publique serait une priorité manifeste à l'intérieur du système de santé canadien. Mais les gouvernements au Canada n'ont pas mis ces belles paroles en pratique.

Non seulement la santé publique améliore-t-elle la santé de la population, elle est l'une des meilleures façons d'assurer la viabilité de notre système de santé public.

La santé publique est le seul volet du système de santé qui se préoccupe entièrement de la prévention des décès, des maladies et des blessures. Bien qu'elle se fasse le plus sentir en ce qui a trait au contrôle des maladies infectieuses, elle joue un rôle de premier plan dans la lutte contre le tabac, les maladies chroniques, l'obésité, les blessures, la toxicomanie, la dépendance et les troubles mentaux. Non seulement la santé publique améliore-t-elle la santé de la population, elle est l'une des meilleures façons d'assurer la viabilité de notre système de santé public.

Il y a une limite à ce que les provinces peuvent faire pour réduire le coût de la santé par des gains d'efficacité avant de devoir réduire les services et l'accès.

Le système de santé a consommé en moyenne 37% des dépenses de programmes des provinces en 2015, une proportion que toutes les provinces ont du mal à contenir. Parce que la part consacrée au financement de la santé dans le budget augmente, elle presse d'autres secteurs qui contribuent de manière aussi importante à la santé et au mieux-être, comme le logement, l'éducation, les services sociaux et autres.

La santé publique est affaiblie au Canada. On lui consacre actuellement seulement 3 à 4% du financement de la santé, et beaucoup moins dans certaines provinces.

Il y a une limite à ce que les provinces peuvent faire pour réduire le coût de la santé par des gains d'efficacité avant de devoir réduire les services et l'accès. Mais il existe une meilleure avenue: réduire le fardeau de la maladie, qui est la tâche de la santé publique. Sans compter qu'il y a des avantages économiques considérables à la prévention, non seulement en ce qui a trait aux coûts de la santé qui sont évités, mais en ce qui concerne la perte évitée de la production, du revenu et des recettes fiscales.

Mais la santé publique est affaiblie au Canada. On lui consacre actuellement seulement 3 à 4% du financement de la santé, et beaucoup moins dans certaines provinces et autorités de la santé; le financement de la santé publique en Nouvelle-Écosse figure parmi les plus faibles au pays, soit 1,5% des dépenses en santé en 2010-2011. Les services régionaux de santé publique au Québec ont ployé sous le coup de sévères compressions budgétaires de 33% en 2015, tandis que la vérificatrice générale de la Colombie-Britannique a rapporté pour sa part l'an dernier que bien que tous les secteurs des soins à l'intérieur du système ont bénéficié d'augmentation de financement entre 2012-2013 et 2015-2016, le financement de la santé publique a en réalité diminué.

Ce n'est pas seulement une question de financement. Des éditoriaux et des commentaires parus récemment dans La revue canadienne de santé publique ont éclairé d'autres problèmes, y compris la dévalorisation du statut de la santé publique à l'intérieur des gouvernements et des autorités de la santé, érodant ainsi l'indépendance des directrices et directeurs de santé publique et limitant la portée de la santé publique.

Par exemple, le gouvernement du Nouveau-Brunswick vient de démanteler le Bureau du médecin-hygiéniste en chef et de transférer près de 70 de ses 110 employés à l'extérieur du ministère de la Santé en les répartissant dans trois ministères différents. En dépit de la réaction d'un ancien médecin-hygiéniste du Nouveau-Brunswick à ces changements qu'il a qualifiés de «recette du désastre» et malgré d'autres fortes préoccupations exprimées par des leaders en santé publique du Canada, le gouvernement du Nouveau-Brunswick est allé de l'avant avec ces changements.

Entre-temps, à l'échelle nationale, l'administrateur en chef de la santé publique du Canada a été rétrogradé par le gouvernement Harper de son poste à la direction de l'Agence de la santé publique du Canada à celui de plus ou moins conseiller du président de l'Agence. Et inexplicablement, le gouvernement libéral, qui avait créé l'Agence en 2004, n'a pas annulé ce changement de statut et d'autorité.

La santé publique ne peut pas accomplir son rôle d'une importance vitale avec une main attachée derrière le dos.

La crise à laquelle la santé publique fait face est si grave que l'an dernier, les Directeurs provinciaux de santé publique du Canada – qui se prononcent rarement publiquement contre les gouvernements provinciaux et territoriaux qui les emploient — ont imploré (c'est le terme qu'ils ont utilisé) dans le Journal de l'Association médicale canadienne les «ministres de la Santé de réaffirmer l'engagement envers les principes énoncés dans la déclaration» [traduction].

La santé publique ne peut pas accomplir son rôle d'une importance vitale avec une main attachée derrière le dos. Notre système de santé et la santé de notre population dépendent d'un système de santé publique solide. Le gouvernement du Canada doit faire de la santé publique une priorité.

Ce texte a été coécrit par le Dr Hancock, professeur de la santé publique retraité de l'Université de Victoria.

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