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30/08/2015 08:53 EDT | Actualisé 30/08/2016 05:12 EDT

L'après-bac d'une ex-workaholic

C'est un sentiment d'extase qui devait me submerger après l'obtention de mon baccalauréat. Mais pourquoi je ne ressens que de l'anxiété du matin au soir?

Félicitations! Je suis si fier de toi! De grands accomplissements t'attendent!

À en croire ces beaux mots, c'est un sentiment d'extase qui devrait me submerger après l'obtention de mon baccalauréat. Mais pourquoi je ne ressens que de l'anxiété du matin au soir? Et toutes les nuits?

Lorsque j'étais encore étudiante, en lisant un article annonçant l'inéluctable crise post-baccalauréat, je ne pouvais m'empêcher de marmonner: «Ben, t'a pas travaillé assez fort si t'arrive pas à dénicher un job, voire si des recruteurs ne sonnent pas directement chez toi».

Je croyais dur comme fer que les résultats paient. J'ai donc fini le cégep en deux ans, complété mon baccalauréat dans une université réputée en trois ans dans un programme contingenté avec une bonne cote Z. Pendant mes études, j'occupais deux emplois de bureau à temps partiel, si ce n'est trois par moments. Et ce, en m'impliquant activement dans des organismes et associations. Il va sans dire que je n'ai pas pris de vacances au cours des deux dernières années, tout en me privant de sommeil quotidiennement pour développer mon site web.

Oui, ce sont des critères totalement arbitraires qui ne garantissent rien en soi. Non, ce n'est pas la recette miracle du succès.

Mes objectifs de vie jusqu'à présent ne tenaient qu'à l'obtention de diplômes avec de bonnes notes. C'est fait. Et maintenant?

J'ai un emploi avec des conditions dont je ne peux me plaindre. Ce n'est pas un billet sur la difficulté de recherche d'emploi. Plutôt sur le manque de préparation à l'après-bac.

Pendant mon baccalauréat, mon agenda était surbooké. En réalité, je ne faisais que répondre «présente» aux obligations de cours, de travail, de projets d'équipe, de réunions ou d'événements. Et pour tout ce qui était facultatif, c'est-à-dire les sorties en famille ou entre amis, je déclinais parce que je n'avais «vraiment pas le temps». Et les rares fois, j'étais incapable de laisser mon téléphone cellulaire hors de ma vue. Je m'excusais pourtant mais je devais «absolument répondre à ce message: c'est l'un des projets sur lequel je travaille».

C'est que j'ai eu un wake-up call à ma première session universitaire. Il fallait remplir mon CV et, par conséquent, me lancer dans ce mode de vie frénétique. Je suis reconnaissante pour chacune de mes expériences et rencontres, toutes enrichissantes à leur manière. Mais une fois dans cette course, je ne me suis pas arrêté pour me demander si c'était bien ce que je voulais. Bien entendu, je n'avais pas réellement de moment pour une profonde remise en question.

Puis, cet été, j'ai eu du temps libre. Les questions - et leur corollaire l'anxiété - ne m'ont pas quitté. Pour m'occuper, je sortais beaucoup et j'allais au gym souvent. Il faut croire que je ne pouvais rester à la maison, berceau de questions encombrantes.

Dernièrement au bureau, on m'a présenté le «Programme d'aide aux employés» en expliquant qu'il est à notre disposition si l'on vit «une période difficile dans notre vie comme un divorce, la naissance d'un enfant, une convalescence, le départ des enfants, la retraite ou un deuil». Je me suis mise à songer que, puisque l'on ne mentionne pas le début de carrière, je dois être la seule à angoisser par rapport à cela, ou carrément être folle au point de m'inventer des problèmes. Pour ne plus y penser, j'enchaînais les distractions dans l'espoir de faire disparaître ces pensées anxiogènes.

La vie est bien faite. J'avais dans ma liste de lecture Le pouvoir de la vulnérabilité de Brené Brown, professeure et chercheure américaine à l'Université de Houston. Un livre dans le genre empowerment. C'est l'habitude, en fait. À la moindre baisse d'énergie, je me ressource avec ce genre de discours. Je n'ai pas trouvé ce livre-là sur les étagères et me suis rabattue sur un autre écrit de Brown: La force de l'imperfection.

Deux jours de lecture plus tard, je respirais mieux.

Je ne me percevais pas comme perfectionniste. Puis, j'ai lu ce passage:

La plupart des perfectionnistes ont reçu une éducation où ils étaient félicités pour leurs bons résultats (bonnes notes, bonnes manières, respect des règles, apparence irréprochable, etc.). Un jour ou l'autre, nous adoptons ce système de croyances dangereux et aliénant: je suis ce que j'accomplis et avec les résultats qui sont les miens - autrement dit, je m'identifie à mes réussites ou à mes échecs. Aptitude à plaire. Performance. Perfection.

J'ai compris que je n'avais pas une forte estime personnelle, mais beaucoup de considération pour les projets sur lesquels je travaillais. Je ne me définissais que par rapport à mes accomplissements. Et lorsque mon agenda n'était plus aussi rempli qu'avant...

Quelques jours plus tard, j'étais à l'Action humanitaire et communautaire (AHC), le QG des associations étudiantes à l'Université de Montréal. J'y ai rencontré une conseillère qui m'a offerte de l'aide pour peaufiner mon CV. L'entretien aura duré trois heures, et la dernière heure aura davantage eu des airs de séance chez le psychologue. Son oreille attentive aura écouté toutes les pensées qui me rongeaient l'esprit depuis des semaines, exprimées pour la première fois.

Elle m'a prodigué un conseil inestimable: se fixer plus d'un objectif de vie. C'est-à-dire un but à court terme, un autre à moyen terme et, enfin, un à long terme. Avec un seul objectif à long terme, on serait insatisfait jusqu'à l'apogée de notre carrière - ce qui semble, en début de carrière, être dans une éternité. D'autant plus que l'on vit un sentiment d'échec s'il advient que notre plan bifurque. Et l'impression d'avoir raté sa vie tant que l'on n'a pas atteint ce but.

Voilà ce qui n'allait pas: ma définition du bonheur était synonyme de succès. Et ma définition du succès était une longue énumération. Mon but à long terme est d'être à la direction d'un organisme de bienfaisance pour enfants. Du haut de mes 22 ans, je sais qu'il me reste bien du chemin à faire avant d'y arriver.

Cette conseillère m'aura aidé beaucoup plus qu'elle ne pourrait même l'imaginer. Une semaine plus tard, j'avais rendez-vous avec un conseiller en carrière pour établir un objectif à court terme.

Cela m'aurait fait le plus grand bien d'intérioriser ces principes plus tôt.

J'espère que ce billet permettra aux perfectionnistes en déni de lâcher prise, respirer et prendre conscience de leur valeur personnelle - sans égard à leurs réalisations. Et surtout, se laisser du temps pour soi pendant les études pour mieux vivre l'après-bac.

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