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12/09/2018 13:58 EDT | Actualisé 12/09/2018 14:11 EDT

Pénurie de professeurs, dites-vous?

La décision du rejet de ma candidature reposait sur le fait que je n'ai pas utilisé le lexique du ministère de l'Éducation dans l'entrevue.

Dans mon cas, l'enseignement est une vocation et un art.
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Dans mon cas, l'enseignement est une vocation et un art.

Dans l'article de Camille Martel «Pénurie de professeurs et course à l'embauche à la CSDM», paru dans Le Devoir, on apprenait par la bouche de la présidente de la CSDM Madame Catherine Harel Bourdon que son organisme manquait de professeurs, ajoutant qu'«elle cherchait des solutions».

Ensuite, pour expliquer ce déficit, elle disait qu'«il y a de multiples facteurs, comme des départs à la retraite, des congés de maternité, de maladie et l'augmentation de la population et de l'immigration».

Toutefois, un commentaire sur cet article d'une lectrice m'a interpellé, car il soulevait un point important. «L'un des facteurs de cette pénurie est la fermeture de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) face aux professeurs d'expérience, lesquels, par ailleurs, ont fait leurs études ici, mais qui se font dire qu'ils n'ont pas réussi leur entrevue d'embauche».

J'ajouterai que, non seulement, la CSDM ne recrutait pas les professeurs qui ont une grande expérience, mais aussi qu'elle pratiquait une discrimination manifeste.

J'ajouterai pour ma part que, non seulement, la CSDM ne recrutait pas les professeurs qui ont une grande expérience, mais aussi qu'elle pratiquait une discrimination manifeste. En effet, je suis passé par cette entrevue le 15 juin dernier. Les deux évaluateurs qui m'ont interviewé m'informaient trois semaines plus tard que ma candidature, à titre d'enseignant à la formation des adultes en francisation, n'était pas retenue «au terme du processus de sélection de la Commission scolaire de Montréal».

Selon ce «jargon», il fallait que je dise «acte pédagogique» au lieu «d'activité pédagogique» et «intention d'apprentissage» au lieu «d'objectif du cours».

Je voulais savoir sur quelle base et sur quels critères ma candidature a été rejetée. Le 29 août 2018, j'ai eu une réponse au téléphone de la part de Madame Alexandra Dufort. La décision du rejet de ma candidature reposait sur le fait que je n'ai pas utilisé le lexique du ministère de l'Éducation dans l'entrevue. Selon ce «jargon», il fallait que je dise «acte pédagogique» au lieu «d'activité pédagogique» et «intention d'apprentissage» au lieu «d'objectif du cours».

Et pourtant...

Dans mon cas, l'enseignement est une vocation et un art. J'ai commencé ma carrière de professeur de sciences physiques et de mathématiques à l'âge de 22 ans. J'ai enseigné les sciences au niveau collégial pendant 15 ans. À mon arrivée au Québec, j'ai tout de suite compris, après plusieurs démarches de recherche d'emploi, que je n'avais aucune chance d'intégrer le système éducatif sans brevet d'enseignement.

J'ai plus de 20 000 heures d'expérience dans l'enseignement du français langue seconde aux adultes.

Dans ce contexte, j'ai fondé ma propre école où j'ai pu former sur une dizaine d'années plus de 4000 étudiants et encadré des centaines de professeurs. Dans cet établissement que je dirigeais, j'enseignais le français, en tant que langue seconde et langue étrangère. J'ai plus de 20 000 heures d'expérience dans l'enseignement du français langue seconde aux adultes.

Voilà que 30 ans plus tard d'une vie complètement dédiée à l'enseignement, je suis traité comme un vulgaire novice dans ce métier par les évaluateurs de la CSDM.

Durant ces années, j'ai écrit et publié trois manuels scolaires pour l'apprentissage du français au Québec Cabane à sucre, le français au Québec I, II, et III. Plus de 300 pages regroupant plus de 400 activités de conversation complètement originales. Et voilà que 30 ans plus tard d'une vie complètement dédiée à l'enseignement, je suis traité comme un vulgaire novice dans ce métier par les évaluateurs de la CSDM.

J'ajouterai qu'en parallèle de ma carrière de professeur, je m'occupais de littérature. J'ai publié une dizaine de livres entre romans, récits et poésie et plus d'une centaine d'articles dans les journaux.

Sur ce, je vous laisse méditer, Madame Catherine Harel Bourdon, sur cette pénurie imaginaire en espérant qu'un jour non lointain que la commission s'ouvre aux professeurs d'expérience et aux professeurs issus de la diversité.

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