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09/03/2015 10:48 EDT | Actualisé 09/05/2015 05:12 EDT

Et si on parlait d'art et de culture

Les jeunes musulmans ont besoin de s'identifier à des personnalités arabes et musulmanes qui leur serviront de modèle dans leur vie, autre que les Charkaoui, Chaoui et consorts.

On ne me fouettera jamais pour avoir écrit ce texte. Raif Badawi, lui, a été condamné à 1000 coups de fouet et 10 ans prison pour avoir blogué.

On ne m'arrêtera jamais pour avoir écrit ce texte. Mohamed Al-Ajami, lui, a été condamné 15 ans de prison par l'émir du Qatar pour avoir écrit un poème.

Et si on parlait d'art et de culture au lieu de présenter toute la diaspora arabe et maghrébine comme un bloc monolithique qui ne serait définissable et reconnaissable que par son adhésion ou son appartenance religieuse.

Pour une «communauté» ultra minoritaire (3,2% selon Statiques Canada), c'est une réussite totale. Le jackpot! Elle occupe les médias, journaux et télévisions, depuis plusieurs semaines. Mettre en Une de tous les journaux et à l'ouverture de tous les bulletins d'information des télévisions le même sujet et les mêmes protagonistes, c'est un exploit que très peu de personnes, avec leurs agents de presse et boîtes de communication et autres agences spécialisées, arrive à réaliser. Il ne serait pas surréaliste de penser qu'il existe une main invisible qui impose en catimini l'actualité à traiter par les médias de masse.

Cette « communauté », faudrait-il le souligner, est constituée d'autres cordes que de fibres religieuses et compte d'autres personnalités que des imams hurluberlus qui attirent les caméras comme le c... attire les mouches. Il y a des journalistes, serveurs de café, des médecins, chauffeurs de taxi, des ingénieurs, télévendeurs, des docteurs d'État, gérants de garderie, ils travaillent et ils créent des œuvres, ils sont artistes-peintres, poètes, romanciers, cinéastes, comédiens, musiciens, chanteurs, essayistes, humoristes, ils ne font généralement pas cas, en permanence, de leur génome religieux.

Pourquoi ne dirige-t-on pas les projecteurs des médias sur les créateurs et les artistes de cette diaspora? L'art, n'est-il pas le meilleur antidote à l'extrémisme religieux? Pourquoi ne mettons-nous pas en avant, pour faire connaitre et diffuser leurs œuvres artistiques, la production culturelle de tous les créateurs issus de la diaspora, ceux qui travaillent dans l'ombre et dans le silence le plus sidéral des médias, au lieu de montrer à la télévision tous ces fous d'Allah, drogués à l'islamisme, cheikhs et imams qui s'autoproclament représentants de toute la diaspora?

Cette diaspora qui n'a jamais cessé de participer au rayonnement culturel de la belle province, souvenons-nous de Nadia Ghalem, arrivée au Canada en 1962, poète et romancière, elle a longtemps travaillé à Radio-Canada. Et Mazouz Ould-Abderrahmane, installé au pays en 1977, un homme de lettres, de théâtre et de télévision, il a écrit et réalisé plusieurs courts et longs métrages pour Radio-Canada. J. Mohsen Fahmy, écrivain d'origine égyptienne, auteur de plusieurs romans et essais et de dizaines d'articles d'analyse politique et littéraire. Naïm Kattan, l'Irakien, membre de l'Académie des lettres du Québec, il vit à Montréal depuis 1954, auteur prolifique, il a à son actif plus d'une vingtaine d'œuvres. Les Tunisiens Tahar Bekri et Hédi Bouraoui, les Marocains Abdelhak Serhane, Redouane Najib, professeurs et écrivains, ont tous publié leurs travaux au Canada. La décennie 1990 avait fait connaitre, grâce à des organismes comme le Centre d'études arabes pour le développement, Images du Monde Arabe et l'Association Passerelle les poètes et écrivains Anne-Maie Allonzo, Abla Farhoud, Jean Asfour, Wajdi Mouawad, Mona-Latif Ghattas, Nadine Ltaif, May Telimsany, Salah El khalfa Beddiari, Zéhira Houfani,le professeur et essayiste Omar Aktouf.

Pendant les années 2000 d'autres noms d'artistes ont fait leur apparition comme Alnaser, Rawi Hage, Hanafi, Ali Kichou, Nylda Aktouf, Zineb Sahli, en arts visuels, Bachir Bensaddek, Nadia Zouaoui, Rabah Bouberas, Majdi El-Omari, dans le cinéma, Yara El-Ghadban, Salah Benlabed, Wahmad Ben Younes, Soraya Benhaddad, Mouloud Belabdi, Ouanessa Younsi, Sofia Benyahia, Nacéra Belloula, Karim Akouche en littérature.

Plus près de nous, citons, à titre d'exemple, les derniers nés de ces organismes et associations qui œuvrent pour la promotion des arts de la diaspora. Le Cénacle culturel Liban-Québec, dirigé par le poète Georges Abou-Hsab, le Maghreb du livre de Montréal, produit et présenté par Mourad Mahamli, le Salon culturel Andalousi fondé et dirigé par l'écrivain Mohamed H. Al-Atrach et qui présente ses activités sous le nom de Montréal parle arabe, Aklam Arabia (Plumes arabes) modéré par l'écrivain Ossama Allam, il regroupe des auteurs d'Égypte, du Maroc, de la Tunisie, du Liban et ils publient des livres en arabe en attendant, et impatiemment, d'être traduits en français et E-passerelle de Kamal Benkirane qui produit chaque mois des soirées littéraires axées sur l'interculturalisme.

Enfin, Hikayat Arabia (histoires arabes) est un autre organisme fondé par la jeune écrivaine égyptienne Samah Sadak, qui a permis, semaine après semaine, et de café en café, à des amoureux des belles lettres de se retrouver et de parler de littérature en partageant leur expérience d'écriture. Deux ans plus tard, le groupe connaitra sa première réalisation : la publication du roman L'étrange disparition d'un homme étonnant de Ossama Allam, il sera suivi par Césarienne, un roman sur le milieu hospitalier égyptien de son compatriote Khaled Zohni, et Chagrins de l'immigration de Sherif Rifaat et enfin TansCanada un petit bijou de roman, construit à la manière des road-movies, de la fondatrice du groupe S. Sadek.

Par ailleurs, c'est dans ce cadre que ces groupes avaient invité de grands noms de la littérature arabe à se produire à Montréal. Ils ont accueilli, Alaa Al-Aswany, May Telmissany, M. Mansi Qandil, le poète irakien Aissa Hacen Al-Yassiri, et dernièrement le grand écrivain égyptien Sonallah Ibrahim.

Toute cette production et ces activités et ces artistes méritent d'être connus et leurs œuvres promues par les médias, journaux, télévisions et radios du Québec et du Canada, pour au moins contrer les activités obscurantistes adverses des islamistes. Les jeunes musulmans ont besoin de s'identifier à des personnalités arabes et musulmanes qui leur serviront de modèle dans leur vie, autre que les Charkaoui, Chaoui et consorts.

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