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20/02/2016 09:07 EST | Actualisé 20/02/2017 05:12 EST

La prime au crime

La semaine dernière, on a appris que l'ex-maire d'arrondissement de Montréal-Nord, Gilles Deguire, a joint le club sélect formé d'autres anciens élus municipaux faisant face à des chefs d'accustion.

Robert Bourassa avait sa prime à l'urne. Cette prime ne coûtait rien aux contribuables, contrairement à la pratique de récompenser certains politiciens (comme le libéral Emmanuel Dubourg, qui a choisi, en 2013 de passer par «GO» pendant sa transition de l'Assemblée nationale à la Chambre des communes), parfois véreux, forcés de démissionner dans la disgrâce après l'éclatement d'un scandale les impliquant directement.

De toute évidence, les intérêts de la classe politique priment sur ceux des citoyens, car cette pratique demeure bien ancrée à ce jour dans la loi qui régit les indemnités de toutes sortes versées à nos élus municipaux - peu importe les circonstances.

La semaine dernière, on a appris que l'ex-maire d'arrondissement de Montréal-Nord, Gilles Deguire, a joint le club sélect formé d'autres anciens élus municipaux faisant face à des chefs d'accustion: Frank Zampino (ex-président du conseil exécutif de la Ville de Montréal sous Gérald Tremblay, soupçonné de fraude, de complot pour fraude et d'abus de confiance), Gilles Vaillancourt (ex-maire de Laval, soupçonné de gangstérisme, de complot, de fraude et d'abus de confiance), Michael Applebaum (ex-maire de Montréal [par intérim], soupçonné de complot, de fraude, de corruption et d'abus de confiance) et Richard Marcotte (ex-maire de Mascouche, soupçonné lui aussi de fraude, de complot et d'abus de confiance).

Que peut bien avoir en commun Gilles Deguire avec toutes ces bonnes gens ? Bien, lui aussi a décidé de passer à la caisse et de réclamer les 146 000 $ qui lui étaient «dus» en vertu de la Loi sur le traitement des élus municipaux.

On se rappellera que M. Deguire a démissionné de son poste de maire d'arrondissement en janvier dernier. Cette décision avait pris tout le monde par surprise, mais le maire de Montréal, Denis Coderre, avait alors affirmé qu'il [Deguire] avait «bien fait de démissionner». Une semaine plus tard, Gilles Deguire était formellement accusé d'agression sexuelle et d'attouchements sur une personne mineure de moins de 16 ans. Une sortie plutôt disgracieuse pour un ex-policier au SPVM pendant 30 ans, ayant notamment travaillé comme enquêteur chargé du dossier des agressions sexuelles à Montréal-Nord...

Pour le contribuable, c'est une fois de plus carrément révoltant d'apprendre qu'après les cas Zampino, Vaillancourt, Applebaum, Marcotte et compagnie, la loi qui permet à des élus qui sont forcés de démissionner parce qu'ils ont été impliqués dans un scandale ou font face à des accusations criminelles n'a toujours pas été modifiée pour mettre un terme définitif à l'indécence.

Au contraire : «En 2014, la Ville de Montréal a demandé au ministère des Affaires municipales d'apporter des modifications législatives pour empêcher l'octroi d'une allocation de transition lorsqu'un élu est déclaré coupable d'un acte punissable d'au moins deux ans d'emprisonnement. Mais Québec n'a jamais donné suite à cette demande, selon Gonzalo Nunez, du service des communications de la Ville de Montréal.» Allô ? On se réveille à l'Assemblée nationale !

Pour le contribuable moyen, écrasé par un fardeau fiscal qui s'alourdit d'année en année, qui finance ces généreuses indemnités, c'est déjà assez dégoûtant de voir son argent servir à «récompenser» certains politiciens (pensons à Yves Bolduc l'an dernier). Mais de là à récompenser un élu forcé de démissionner parce qu'il est formellement accusé d'un crime aussi ignoble que celui d'avoir agressé sexuellement une personne mineure, il y a bien une sacrée limite !

En effet, «par décence élémentaire, M. Deguire aurait dû refuser son indemnité de départ». Mais encore, peut-on s'attendre à ce que quelqu'un qui aurait été capable d'un crime aussi odieux, selon les accusations auxquelles il fait face, ait une conscience ? Bien sûr, notre système judiciaire repose sur la sacro-sainte présomption d'innocence, et M. Deguire est donc présumé innocent jusqu'à preuve hors de tout doute du contraire.

Le chef du Parti Québécois, Pierre Karl Péladeau, se dit prêt à colmater la brèche. Il n'est malheureusement pas au pouvoir, et c'est donc à l'actuel premier ministre, Philippe Couillard, d'agir. Et il serait plus que temps qu'il agisse afin de s'assurer que Gilles Deguire est la dernière personne au Québec à avoir bénéficié d'une «prime au crime». Deguire est seul responsable des événements ayant mené à sa démission et il ne méritait aucunement que la société le récompense à hauteur de 146 000 $ en pareilles circonstances !

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