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30/07/2015 08:16 EDT | Actualisé 30/07/2016 05:12 EDT

Assiduité déficiente

Les élus peu assidus ternissent l'image de la fonction qu'ils occupent grâce aux électeurs ayant bien voulu leur accorder leur confiance, et aliment le cynisme populaire.

En ce 30 juillet (date de rédaction de ce billet), il est pratiquement confirmé que le premier ministre Stephen Harper engagera le Canada dans un marathon électoral de 79 jours. Il y a au moins trois personnes au pays qui s'en réjouissent: les sénateurs suspendus Mike Duffy, Pamela Wallin et Patrick Brazeau, qui toucheront leur plein salaire durant les élections fédérales.

Cette longue campagne électorale pourrait jouer un tour aux conservateurs, qui forment un gouvernement usé après près d'une décennie au pouvoir. M. Harper n'aura que lui-même à blâmer si l'électorat canadien lui réserve le même sort que l'électorat québécois a réservé à Pauline Marois en 2014.

De telles manœuvres électoralistes ne contribuent en rien à apaiser le cynisme grandissant des électeurs. Pas plus que l'absentéisme chronique de certains élus. Pensons au cas de la «députée fantôme» Sana Hassainia, qui a manqué 94% des votes à la Chambre des communes et était peu visible dans sa circonscription depuis son élection en 2011 (la fameuse vague orange). J'utilise le passé, car madame la députée a pris la sage décision de quitter son poste au terme de son mandat, après que ses problèmes d'assiduité eurent fait la manchette en janvier dernier.

Chaque année, on constate le même problème ailleurs: au Sénat, à l'Assemblée nationale, dans les municipalités. Il semble que chaque niveau de gouvernement ait ses cancres...

Boucherville, la ville que j'habite depuis 1977, ne fait pas exception. Chaque mois, je me fais un devoir de consulter les procès-verbaux des séances ordinaires ou extraordinaires, accessibles sur le site Web de la Ville. Rares sont les mois où tous les membres du conseil sont présents, et la tendance semble s'alourdir dans le cas de certains conseillers.

Par exemple, le 14 juillet dernier, le conseil municipal de ma ville a siégé en séance extraordinaire, notamment pour adjudiquer un contrat pour la réfection d'une centre sportif en complexe aquatique - un projet grandiose ayant été contesté à deux reprises par des citoyens par signature de registre. Ce soir-là, un contrat de 30,6 M$ a été adjudiqué à la firme EBC inc. Alors que s'adjugeait le plus important contrat unique de l'histoire de Boucherville (pour une ville de 42 000 âmes, 30,6 M$ représente une somme non négligeable qui aura une incidence sur le compte de taxes annuel pendant de nombreuses années), non moins de la moitié des conseillers étaient absents selon le procès-verbal de cette séance. Dans le cas de certains des absents, c'est loin d'être la première fois qu'on peut lire leur nom sous «SONT ABSENTS».

Que ce soit au fédéral, au provincial ou au municipal, les politiciens nous vantent leurs mérites, nous vendent leur salade et sollicitent notre confiance tous les quatre ans - ou moins. Nous, «payeurs de taxes», payons ensuite les émoluments de celles et ceux ayant eu le privilège de se faire élire. Au minimum, nous sommes en droit d'exiger que nos élus soient présents aux séances auxquelles ils ont la responsabilité de siéger, hormis les cas de force majeure.

Je suis travailleur autonome. Si je m'absente indûment, je vais perdre des clients. Le salarié qui s'absente trop finira par perdre son emploi. Mais l'élu dont le présentéisme est déficient? Plus souvent qu'autrement, il n'y a aucune conséquence. Parlez-en à Sana Hassainia, qui n'a jamais représenté adéquatement les citoyens de Verchères--Les Patriotes - que ce soit à la Chambre des communes ou dans sa circonscription - en près de quatre ans, mais a néanmoins eu droit à son salaire de plus de 160 000 $ au même titre que ses collègues plus assidus qui prennent l'exercice de leurs fonctions au sérieux.

Les élus peu assidus ternissent l'image de la fonction qu'ils occupent grâce aux électeurs ayant bien voulu leur accorder leur confiance, et aliment le cynisme populaire. Il serait grand-temps que celles et ceux qui ont l'idée de se présenter en politique soient prêts à s'engager à faire le travail pour lequel nous les élisons et à démissionner s'ils se rendent compte que leur travail d'élu ne les intéresse pas/plus.

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