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13/03/2014 12:15 EDT | Actualisé 12/05/2014 05:12 EDT

Un Québec libre de ses choix

Le titre de ce texte fait évidemment référence au rapport du Comité constitutionnel du Parti libéral du Québec (plus connu sous le nom de « rapport Allaire ») déposé à l'occasion du 25e congrès des membres du parti, en mars 1991. Ce rapport était la réponse libérale à l'échec de l'Accord du lac Meech et une proposition d'avenir pour le Québec. Il s'agissait en fait de briser l'impasse dans laquelle se trouvait la fédération canadienne depuis qu'elle s'était montrée incapable d'intégrer pleinement le Québec dans la nouvelle Constitution canadienne (Loi constitutionnelle de 1982). Dans ses conclusions, le rapport proposait entre autres choses de tenir un référendum sur l'avenir politique du Québec, lequel porterait sur la création d'une nouvelle structure Québec-Canada ou encore sur l'accession du Québec au statut d'État souverain. On connaît la suite. En 1992, la tenue d'un référendum pancanadien sur l'Accord de Charlottetown - une version édulcorée de Meech - se solda par un refus. Près de 25 ans plus tard, l'impasse persiste. Et la question se pose: la fédération canadienne est-elle réformable?

Sortir de l'impasse

La présente campagne électorale et la perspective d'un gouvernement péquiste majoritaire ravivent par ailleurs la problématique de la question nationale. La question est sur toutes les lèvres: un gouvernement du Parti québécois, s'il se devait d'obtenir un mandat majoritaire, serait-il tenté de tenir un troisième référendum sur la souveraineté du Québec? Rien n'est moins sûr. Ce qui l'est, par contre, c'est que Pauline Marois s'est engagée à déposer un livre blanc sur l'avenir du Québec et à tenir une vaste consultation sur le sujet. Du reste, le Parti québécois tiendra, le cas échéant, un référendum sur la souveraineté s'il juge « qu'une majorité de Québécois veulent faire ce pas ». Dans le camp fédéraliste, les réactions n'ont évidemment pas tardé et elles sont vives. Le chef du Parti libéral du Québec, Philippe Couillard, a notamment qualifié cette démarche de « manœuvre de diversion » et d'« exercice démocratique de façade ».

Il est vrai qu'il y a tout lieu de douter de l'objectivité de la démarche, alors que le ministre Alexandre Cloutier affirmait dernièrement que l'exercice serait l'occasion pour son parti de faire le procès du fédéralisme. Cependant, il me semble que toute initiative visant à sortir le Québec de l'impasse constitutionnelle devrait être accueillie comme l'occasion de faire valoir les différentes options qui s'offrent aux Québécois. Le Parti québécois plaide clairement en faveur de la sécession du Québec. Le Parti libéral, quant à lui, favorise le maintien du lien fédéral canadien. Force est d'admettre qu'il s'agit de deux options légitimes. Mais quels sont les avantages et les désavantages de l'une et l'autre de ces alternatives? Voilà la question à laquelle nos politiciens devraient s'affairer à répondre plutôt que de lancer des épithètes à droite et à gauche.

Une nation à part entière

Pour ma part, bien que fédéraliste, je ne peux que me réjouir devant l'initiative du Parti québécois. Il me semble, en effet, qu'il est plus que temps pour les Québécois de réfléchir à nouveau sur l'avenir politique et constitutionnel du Québec. Le statu quo n'est plus une option. Mais en tant que fédéraliste, il va aussi de soi que contrairement au Parti québécois, je priorise le maintien du lien fédéral canadien. Cependant, tout comme la plupart des Québécois, mon adhésion au fédéralisme n'est pas inconditionnelle et je sais très bien que la signature du Québec au bas de la Constitution canadienne devra s'accompagner d'importantes réformes. Qu'entendons-nous faire pour y parvenir? Comment faire en sorte qu'une fois pour toutes les Québécois se sentent vraiment chez eux dans le Canada? Ce sont là des questions très sérieuses qui sont malheureusement trop souvent laissées sans réponse.

Depuis la fameuse déclaration du 22 juin 1990 faite par le premier ministre du Québec Robert Bourassa, il se trouve bien peu de gens pour remettre en cause la capacité du Québec à assumer lui-même son destin et son développement. De ce fait, et parce qu'il forme une nation à part entière, le Québec doit être libre de ses choix. Libre de choisir son avenir, mais aussi de se définir lui-même. Cela ne veut évidemment pas dire qu'il devrait forcément être un État indépendant, comme le pense les souverainistes, mais il doit cependant s'assurer d'évoluer dans un cadre suffisamment souple pour répondre à ses aspirations et à voir à ses meilleurs intérêts.

Égalité ou indépendance

Dans sa forme actuelle, le cadre fédéral canadien remplit-il ces conditions? Il me semble que non. Sans d'importantes réformes qui feraient du Canada une véritable fédération plurinationale plus décentralisée (ou asymétrique), le Québec ne dispose pas de tous les outils nécessaires pour déployer son plein potentiel, notamment dans les domaines de la Culture et des Communications. Est-ce à dire que le Québec devrait brandir la « liste d'épicerie » que constituaient les revendications du rapport Allaire? Non plus. Cependant, il va de soi qu'il faut repenser la fédération et voir à ce qu'un projet de réforme soit entamé, un projet qui donnerait au Québec davantage de latitude. L'entreprise n'est évidemment pas sans risque, mais constitue tout de même la seule option envisageable pour espérer régler la question du Québec. La nation québécoise est à l'heure des choix. C'est l'égalité ou l'indépendance.

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