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10/10/2013 10:16 EDT | Actualisé 10/12/2013 05:12 EST

La religion et nous

La Révolution tranquille a profondément transformé la société québécoise. C'est notamment à cette époque que le Québec, qui était jusque-là sous l'influence du catholicisme, a amorcé son processus de laïcisation. Sous l'impulsion du « maître chez nous » des libéraux de Jean Lesage, les Québécois ont pour ainsi dire « tourné le dos » au régime traditionaliste de Maurice Duplessis et au lien quasi sacré qui les unissait avec l'Église catholique. Cette rupture radicale s'explique notamment par la nécessité de faire embarquer le Québec dans « le train de la modernité ». Il est vrai qu'au cœur de ce que plusieurs appellent encore « la Grande Noirceur », le Québec accusait un net retard dans les sphères économique et sociale par rapport au reste de l'Amérique du Nord qui jouissait pour sa part d'une prospérité sans précédent.

Au cœur de ces transformations, on constate que les Québécois ont subi une sorte de « blessure historique » dans leur rapport à la religion. Notre imaginaire collectif est en effet marqué par cet amer souvenir d'une époque pas si lointaine où le clergé exerçait une irrésistible influence sur l'ensemble de la société québécoise. On notera cependant que les Québécois n'en ont malheureusement retenu que les aspects les plus négatifs. C'est certainement pourquoi ils entretiennent aujourd'hui un sentiment généralement négatif à l'égard des religions. La plaie n'est de toute évidence toujours pas refermée et cela explique probablement en grande partie le malaise ressenti par plusieurs devant l'expression du fait religieux, surtout lorsqu'il s'agit de la religion de « l'autre ». Cela explique aussi pourquoi le débat sur la Charte des valeurs québécoises est si déchirant et émotif. Tout cela est compréhensible, mais il serait néanmoins dangereux de voir, dans ce rapport particulier et difficile qu'entretiennent les Québécois avec la religion, une justification suffisante pour limiter une liberté fondamentale.

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L'héritage de la Révolution tranquille ne doit, par ailleurs, pas être un motif pour occulter d'autres pans importants de notre histoire. Si elle se devait évidemment d'être « remise à sa place », il serait toutefois injuste de ne pas reconnaître les apports historiques positifs de l'Église catholique au Québec, notamment dans la formation de l'identité canadienne-française et pour la pérennité du fait français en Amérique du Nord. Cela dit, il est vrai qu'en amorçant son processus de laïcisation, le Québec a reconnu que l'autorité morale du clergé avait largement dépassé les limites du raisonnable, mais il ne cherchait pas à nier son héritage religieux pour autant. Autrement dit, bien que la laïcité était, de toute évidence, devenue une nécessité pour le progrès de la société québécoise, ce serait une erreur de l'interpréter comme une salve contre la religion elle-même.

C'est cependant sur la base d'une telle interprétation que certains défenseurs de la laïcité en viennent aujourd'hui à faire de cette dernière un outil de propagande antireligieuse. Pour eux, la religion est un anachronisme, une erreur qu'il faut corriger, donc combattre. Pourtant, dans son acception la plus large, la laïcité n'est pas nécessairement indifférente et encore moins hostile aux religions. La laïcité, principe de séparation de l'État et de la religion, implique tout simplement une autonomie réciproque des institutions publiques et religieuses. Autrement dit, la laïcité repose principalement sur l'exigence de neutralité des institutions de l'État à l'égard des différentes conceptions du monde et du bien entretenues par les citoyens, qu'elles soient religieuses ou séculières. Bref, le rôle de l'État n'est pas de « perfectionner » les citoyens, mais il doit au contraire leur attribuer le même respect et la même considération, sans égard à leurs convictions de conscience.

Nul ne peut évidemment nier l'importance de la Révolution tranquille dans l'évolution socioculturelle du Québec. Seulement, il me semble tout aussi important de rappeler que la religion a aussi largement contribué à forger ce que nous appelons aujourd'hui « l'identité québécoise », une identité constituée notamment de sa majorité historique (les Franco-québécois de souche canadienne-française) et de valeurs communes. Et il ne fait aucun doute à cet égard que si les Québécois forment un peuple ouvert, tolérant et généreux, c'est grandement en raison de son héritage catholique. Sans évidemment en appeler à un « retour du religieux », il me semble impérieux de réhabiliter la religion dans notre imaginaire collectif. Cela est d'autant plus important que comme toutes les nations modernes, le Québec est appelé à se diversifier toujours davantage sur le plan culturel et religieux.

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