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21/02/2014 12:02 EST | Actualisé 22/04/2014 05:12 EDT

Le livre blanc... du PLQ

Le Parti québécois a récemment fait connaître son intention de déposer un livre blanc sur l'avenir du Québec s'il est reporté au pouvoir lors de la prochaine élection générale. Cette initiative a été accueillie plutôt froidement dans le camp souverainiste, notamment parce qu'il ne s'agit pas d'un engagement clair en faveur d'un troisième référendum sur la souveraineté du Québec. Du côté des fédéralistes, l'engagement à tenir une consultation sur le statut politique du Québec a rapidement été assimilé à une manœuvre de diversion ainsi qu'à un exercice démocratique de façade, à l'image du débat sur la Charte des valeurs de laïcité.

De l'aveu même du ministre des Affaires intergouvernementales, Alexandre Cloutier, la rédaction de ce livre blanc serait l'occasion pour son parti de faire le procès du fédéralisme pour favoriser son option. C'est de bonne guerre, j'imagine. Essayons cependant de voir les choses autrement. Et si, au contraire, c'était les fédéralistes qui se livraient à ce genre d'exercice? Et si la rédaction d'un livre blanc sur l'avenir politique et constitutionnel du Québec constituait, pour le Parti libéral du Québec, l'occasion rêvée de renouveler son engagement en faveur d'un « Québec fort dans un Canada uni »?

Sortir de l'impasse

Il y a bien longtemps - trop longtemps - que les Québécois se sont penchés sérieusement sur l'avenir politique et constitutionnel du Québec. Le camp fédéraliste, visiblement échaudé par les échecs de Meech (mort au feuilleton en 1990) et Charlottetown (rejeté lors d'un référendum pancanadien en 1992), ainsi que par la quasi défaite lors du référendum sur la souveraineté du Québec en 1995, a de toute évidence préféré se vautrer dans le statu quo illusoire. « Le fruit n'est pas mûr », affirment plusieurs fédéralistes lorsque la question est évoquée. Dès lors, l'ordre constitutionnel de 1982, et l'échec qu'il constitue en regard des revendications du Québec, est accepté avec résignation comme un état de fait, un « détail », fâcheux certes, mais qui dans les faits ne représente pas un « vrai problème ».

Tout cela est assez compréhensible, mais aussi fort regrettable, car il faudra bien avoir, tôt ou tard (et plus tôt que tard, idéalement), le courage de s'attaquer de nouveau à cette question et tenter de corriger « l'erreur de 1982 ». Je joins donc ici ma voix à celle du constitutionnaliste Benoît Pelletier qui affirme qu'il est plus que temps de briser le tabou du dossier constitutionnel. Il faut sortir de l'impasse.

À cet égard, l'arrivée de Philippe Couillard à la tête du PLQ constitue une donnée intéressante. Bien qu'il se soit jusqu'à maintenant gardé d'étayer en profondeur sa position sur le sujet, il apparaît cependant que ce dernier se passionne pour le dossier constitutionnel et entend en faire un enjeu « lorsque les circonstances s'y prêteront ». Il a notamment répété à plusieurs reprises qu'il souhaitait que le Québec signe la Constitution canadienne d'ici 2017, date symbolique du 150e anniversaire de la Confédération. Il a par ailleurs affirmé qu'il n'était pas question qu'un gouvernement libéral accepte que soient rouvertes des négociations constitutionnelles - pour discuter de la réforme du Sénat, par exemple - sans que les revendications traditionnelles du Québec soient à l'ordre du jour. Voilà un message qui a le mérite d'être clair! Mais puisque par ailleurs monsieur Couillard affirme que « le renouveau de la fédération canadienne [...] arrivera un jour ou l'autre », il importe que le Québec soit fin prêt.

What does Québec want?

Je suis donc d'avis que le moment est venu de convier les Québécois à une vaste réflexion sur l'avenir politique et constitutionnel du Québec dont le principal objectif serait d'identifier les besoins du Québec et les mesures à considérer afin de bonifier la fédération canadienne. L'idée n'est certainement pas sans rappeler la commission Bélanger-Campeau (1991), établie à l'initiative du premier ministre Robert Bourassa, mais il faut être conscient que bien de l'eau a coulé sous les ponts depuis. Cela dit, les « revendications historiques » du Québec, essentiellement celles issues de l'Accord du lac Meech, constitueraient probablement une sorte de repère ou à tout le moins un point de départ dans cette réflexion, bien qu'il soit par ailleurs devenu difficile d'attester de l'actualité et de la suffisance de ces revendications. C'est pourquoi il nous faut réfléchir collectivement à ce sujet, repenser notre appartenance canadienne et voir à ce que soient apportées les modifications nécessaires pour répondre adéquatement aux besoins du Québec d'aujourd'hui et de demain. Que ce soit par le biais de demandes d'ordre constitutionnel ou d'ententes législatives et administratives, il y aura de toute évidence d'importants changements à prévoir.

Ce faisant, l'exercice sera certainement jugé trop ambitieux et périlleux aux yeux de certains. Je comprends parfaitement ce sentiment et les craintes sur lesquelles il est fondé, mais il n'en demeure pas moins que cette réflexion est essentielle et incontournable. Nous ne pourrons la renvoyer constamment aux calendes grecques. Comme l'a par ailleurs souligné Pauline Marois, il est difficile pour quiconque de présumer de la direction que les Québécois prendront. En fait, la seule chose dont nous puissions être certains, c'est que les changements que nous souhaitons ne se produiront pas tout seuls. Il faut donc avoir le courage et l'audace de provoquer les choses et de faire des propositions claires aux Québécois. Autrement dit, il faut (re)faire le pari de la démocratie et de la bonne foi. Et comme l'histoire récente tend à le démontrer, je suis pour ma part convaincu que les Québécois réaffirmeront leur désir de demeurer dans la fédération canadienne. Seulement, ils n'y adhèreront pas à n'importe quel prix. Il appartient donc à nous, fédéralistes, de faire la démonstration que le maintien du lien fédéral canadien constitue la meilleure option constitutionnelle pour le Québec. Il faut y travailler dès maintenant. Et concrètement.

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