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02/11/2016 10:03 EDT | Actualisé 02/11/2016 10:03 EDT

Chiens dangereux à Montréal: un règlement abusif, irrationnel et arbitraire

TEXTE COLLECTIF - Le sujet des chiens dangereux a fait couler beaucoup d'encre dans les derniers mois. Dans ce contexte, il importe de rendre publique notre position à l'égard du règlement sur le contrôle des animaux récemment adopté par la Ville de Montréal.

Ce billet de blogue est un texte collectif cosigné par sept vétérinaires.

Le sujet des chiens dangereux a fait couler beaucoup d'encre dans les derniers mois. Dans ce contexte, il importe de rendre publique notre position à l'égard du règlement sur le contrôle des animaux récemment adopté par la Ville de Montréal.

Nous, les médecins vétérinaires, sommes non seulement la référence en matière de santé animale auprès du public, mais nous veillons aussi à la santé et la sécurité publique. Laisser entendre que les médecins vétérinaires préfèrent les animaux aux humains, c'est ignorer un aspect important de notre travail. Nous sommes au cœur même de la relation humain-animal. Nous soignons les animaux certes, mais nous informons les humains, les conseillons et les réconfortons.

La problématique des chiens dangereux nous touche particulièrement puisqu'en raison de notre travail, nos employés et nous-mêmes manipulons quotidiennement des chiens susceptibles de nous mordre. Avant toute chose, nous sommes comme vous, des êtres humains avec une famille et nous considérons primordial d'assurer la sécurité du public par une règlementation efficace. Personne ne souhaite qu'un drame comme celui survenu en juin dernier ne se produise à nouveau.

Le règlement de la Ville de Montréal comporte certaines mesures utiles qu'il convient toutefois d'encadrer différemment. Le recensement au registre de la ville, la stérilisation, laquelle devrait toutefois être prescrite selon le développement et la maturité de l'animal, le micropuçage, le port de la laisse et l'encadrement des chiens à risque d'être dangereux en font partie. De plus, nous sommes d'accord avec la nécessité de règlementer plus fermement les chiens qui sont dangereux et sans possibilité de réhabilitation. Certains de ces règlements étaient d'ailleurs déjà en vigueur à Montréal, mais ont cependant échoué dans leur application vu le manque de ressources octroyées par la ville et l'absence de suivi.

Nous nous opposons cependant fermement à la mise à mort de chiens en parfaite santé qui ne sont pas agressifs, laquelle serait fondée sur leur seule apparence physique. Ceci va tout à fait à l'encontre de notre serment et de notre code de déontologie. Aussi, nous refusons que nos établissements vétérinaires deviennent des endroits où les citoyens viendront remettre leurs chiens en santé et non agressifs, pour que ceux-ci y soient mis à mort.

Nous ne sommes ni «pour» ni «contre» une race spécifique de chien

Les populations canines forment un seul et même groupe taxinomique, une seule espèce. Comme nous l'avons maintes fois expliqué et comme le soutiennent les autres experts comme les éducateurs canins, l'agressivité n'est pas l'apanage d'une race, mais dépend du tempérament, lequel varie en fonction de l'individu. Il est grand temps que tous le reconnaissent : tous les chiens peuvent mordre et ont le potentiel d'être dangereux. Ainsi, nous nous opposons fermement au bannissement de races spécifiques. La raison est simple : bannir une race donne à la population un faux sentiment de sécurité en plus de déresponsabiliser les propriétaires de chiens dangereux appartenant à d'autres races. Un mauvais propriétaire pourra toujours se trouver un chien ayant le potentiel d'être dangereux et l'élever ainsi.

Il est aussi crucial de savoir qu'il est difficile, voire souvent impossible, de déterminer la race ou le(s) croisement(s) de races d'un chien simplement en regardant son apparence physique. Les tests d'ADN utilisés pour tenter de déterminer la race d'un chien donnent aussi des résultats incertains.

Le nouveau règlement aura également un impact négatif sur d'autres animaux qu'il est impossible de passer sous silence. Pour n'en nommer qu'un exemple, obliger les chats à être tenus en laisse lorsqu'ils vont à l'extérieur risque d'engendrer des problèmes de comportement, car rares sont les chats qui supportent le port d'un harnais et d'être attachés à une laisse. Et qu'en est-il de ceux qui vont à l'extérieur depuis leur naissance ? Plus inquiétants encore, ces problèmes pourraient ultimement mener à leur abandon et de nombreuses euthanasies inutiles.

Nous sommes d'avis que les solutions rationnelles, basées sur la science et non la politique, permettront de réduire le nombre de morsures, de responsabiliser les propriétaires de chiens, et d'éduquer les citoyens. Le modèle retenu par la Ville de Calgary répond à toutes ces exigences, et il a été recommandé dans le rapport de l'Ordre des médecins vétérinaires du Québec (OMVQ) de juillet 2016, comme par un grand nombre d'experts qui se sont aussi prononcés sur la question. Une diminution du taux de morsures de 78% sur 23 ans, accompagnée d'une réduction des abandons et de mises à mort inutiles, témoigne de sa réussite.

La Ville de Montréal devrait offrir à ses citoyens la meilleure solution possible et la règlementation de Calgary a fait ses preuves contrairement au modèle retenu de l'Ontario. Le modèle de la Ville de Calgary s'autofinance via les fonds générés par l'achat des licences/médailles pour chiens et chats. Connaissant ces données, nous sommes en droit de nous demander pourquoi la Ville de Montréal choisit plutôt de dépenser des centaines de milliers de dollars en fonds publics pour défendre un règlement abusif, irrationnel et arbitraire.

Nous exhortons la Ville de Montréal à réfléchir à nouveau à la question de l'encadrement des chiens dangereux et, plutôt que de se braquer sur sa position, de travailler de concert avec nous et tous les experts qui ont offert leur aide au cours des derniers mois. Nous avons tous le même objectif.

Ce billet de blogue est cosigné par Dr Sébastien Kfoury, DMV, IPSAV; Dre Marie-Claude Leblanc, DMV ; Dr Allan Guilmour, DMV, IPSAV ; Dre Laurie Dunbar, BSC, DMV, CCRP ; Dre Florence Erdman, DMV ; Dre Jade Zollo, DMV ; Dre Judith Weissman, BA, DMV

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