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04/01/2019 10:33 EST | Actualisé 04/01/2019 10:39 EST

Géopolitique latino-américaine: la gauche, la droite et le fléau de la corruption

Le Mexique est en train d'expérimenter pour la première fois une présidence de gauche, du fait de la persévérance et ténacité d'Obrador, qui a complètement écrasé ses adversaires.

ALFREDO ESTRELLA via Getty Images
Le Mexique est en train d'expérimenter pour la première fois une présidence de gauche, du fait de la persévérance et ténacité d'Obrador, qui a complètement écrasé ses adversaires à l'occasion de sa troisième tentative pour parvenir au pouvoir.

Macri en Argentine, Piñera au Chili, Bolsonaro au Brésil...il semble que depuis 2015 on assiste à la reconfiguration du scénario géopolitique latino-américain, même s'il reste des pays qui se résistent au changement de régime, comme c'est le cas de Venezuela et Bolivie pour ce qui concerne la gauche ou la Colombie pour la droite.

Sans doute sommes-nous en train de témoigner du bouleversement des idéologies régnant au sein de chaque nation. Plus précisément, il s'agit du retour de la droite, supposément vaincue à jamais après ladite década ganada.

Le fléau de la corruption

Un tel renouveau est lié à une diversité de causes qui rendent compte de la déception que les gouvernements progressistes ont entraîné dans chaque société: crise économique, oubli de la classe moyenne, éloignement de la base, sabotage des élites, guépardisme... mais la seule et la plus décisive des constantes demeure sans doute la corruption.

Depuis l'ex-présidente argentine Fernández de Kirchner, récemment accusée de diriger une organisation dédiée à la subornation, jusqu'à son homologue brésilien, Lula da Silva, qui à l'heure actuelle se trouve en train de purger une peine pour blanchiment d'argent, une série de scandales vient éclipser certaines administrations.

Il faut néanmoins mentionner les voix critiques soulignant de possibles motivations politiques derrière de telles accusations. Certains parlent même d'un complot impliquant des hommes d'affaires, des médias hégémoniques, ainsi que des juges tendancieux; confabulation qui deviendrait à la fin une véritable «judiciarisation de la politique», visant à persécuter tout un groupe de leaders.

L'exception mexicaine

En revanche, le Mexique semble être toujours à la traîne. À la suite d'une probable fraude lors des élections de 2006 — au cours desquelles Andrés Manuel López Obrador (AMLO) a officiellement perdu par une marge étroite —, le pays nord-américain ne s'est pas joint à la vague où, après une période de politiques néolibérales, une majorité de nations sud-américaines auraient tenté de virer à gauche presque en même temps.

Le Mexique est en train d'expérimenter pour la première fois une présidence de gauche, du fait de la persévérance et ténacité d'Obrador, qui a complètement écrasé ses adversaires à l'occasion de sa troisième tentative pour parvenir au pouvoir. Un processus au sein duquel la corruption a joué un rôle clé d'ailleurs, à cause de la déplorable réputation du président sortant (Peña Nieto), dénoncé à maintes reprises. D'ailleurs, AMLO a su capitaliser cette faille habilement, grâce à son prestige de politicien honnête, en faisant de la lutte anticorruption son cheval de bataille.

La droite de retour...jusqu'à quand?

Il faudra attendre pour voir si cette exception mexicaine persistera et si le régime de la cuarta transformaciónréussira là où les autres ont échoué, en maintenant d'abord l'honorabilité du président pour l'étendre ensuite à l'ensemble du gouvernement, ou bien, si on confirme la thèse selon laquelle la corruption est un problème plus profond qui surpasse même les frontières idéologiques, en engendrant de la déception en masse et le retour inévitable de la droite, comme ce qui s'est passé ailleurs.

De toute façon, bien qu'il s'agisse d'une puissance régionale, le cas du Mexique ne suffirait pas pour changer le bilan ni la tendance générale que le sous-continent manifeste.

Les peuples ont décidé pour l'instant de donner une deuxième chance aux conservateurs et leurs politiques favorables au marché, dans l'espoir de stimuler une croissance économique.

Mais les sociétés latino-américaines possèdent déjà un seuil de tolérance trop bas par rapport à la corruption, de sorte qu'un éventuel scandale lié aux gouvernements entrants serait tout à fait inexcusable et, à coup sûr, pousserait les gens à voter pour la gauche à nouveau. S'il y a quelque chose de certain en ce qui a trait au XXIe siècle, c'est que ni la gauche ni la droite ne jouiront de la garantie d'un pouvoir assuré.

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