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19/10/2014 08:09 EDT | Actualisé 19/12/2014 05:12 EST

Vous mentez franchement M. Duceppe

Dans la chronique qu'il signe le 12 octobre dernier, Gilles Duceppe affirme avec autorité qu'«il n'y aurait aucune reconnaissance internationale s'il n'y avait pas de référendum» et qu'ainsi, à le lire, de parler d'autre chose est inutile.

Il est vrai que Monsieur Duceppe écrit dans un journal un peu simple. Mais lui par contre semble penser que ses lecteurs sont simplets! Définitivement, il méprise l'opinion politique de certains indépendantistes alors qu'il tente de se donner le beau rôle en se disant attaqué par leurs critiques pourtant justifiées. Et pour étouffer un débat légitime dans le mouvement indépendantiste, celui de la méthode d'accession à l'indépendance, il est prêt à mentir grossièrement et ouvertement aux militants comme à la population afin de faire taire ses détracteurs.

De quoi s'agit-il? Dans la chronique qu'il signe le 12 octobre dernier, il affirme avec autorité qu'« il n'y aurait aucune reconnaissance internationale s'il n'y avait pas de référendum » et qu'ainsi, à le lire, de parler d'autre chose est inutile.

Alex Salmond, premier ministre écossais, ne semble pas être au courant de ce que M. Duceppe avance. En effet, lié au vol référendaire écossais du 18 septembre dernier (l'expression exacte qu'il utilise est : « No voters were tricked »), il a changé son fusil d'épaule 4 jours plus tard en affirmant que « we dont need referendum for independance » (nous n'avons pas besoin d'un référendum pour faire l'indépendance) et que « a majority for the SNP in the 2016 Holyrood election would be enough to declare ¬independence » (une majorité parlementaire pour le SNP lors de l'élection écossaise de 2016 sera suffisante pour déclarer l'indépendance). Rien de moins.

Artur Mas, président catalan, lui non plus ne semble pas être au courant de cette importante affirmation de M. Duceppe. En effet, suite au blocage par Madrid du référendum officiel qu'il aurait bien voulu organiser, il affirme désormais se diriger vers des « élections référendaires ». Elles consisteraient en l'établissement d'une liste unique d'indépendantistes puisqu'il existe plusieurs partis indépendantistes en Catalogne et, par la suite, l'organisation d'élections anticipées qui serviraient elles-mêmes de consultation. Il s'agit encore une fois de la voie électorale.

De notre côté de l'Atlantique il y a Monsieur Parizeau qui ne semble pas non plus au courant qu'il faut absolument faire un référendum afin d'obtenir la reconnaissance internationale du Québec. Pas plus tard que le 21 septembre dernier lors d'un discours télévisé à l'événement DestiNation qui fut diffusé partout dans le mouvement indépendantiste, Monsieur affirme qu'il existe une autre voie démocratique que le référendum : « Un vote du parlement ou de l'Assemblée nationale. (Il a) été longuement, longtemps partisan de cette formule-là. » dit-il. Comme les indépendantistes ne peuvent prendre le pouvoir autrement que par le biais d'une élection, M. Parizeau parle bien ici de la voie électorale. Exactement comme messieurs Salmond et Mas.

Finalement, il y a Pierre Bourgault, un indépendantiste intègre, qui a longtemps défendu l'élection comme expression démocratique ultime du peuple. M. Duceppe qui d'ailleurs dans sa chronique le compare à René Lévesque, devrait lire deux de ses écrits les plus importants: « Une souveraineté qui a peur d'elle-même » et « La vraie question », il y trouvera certainement les raisons des critiques qui lui sont destinées, qui semblent l'affecter, justement.

Ainsi, ces quatre hommes d'État ne sont pas des imbéciles. Et pourtant ils ne semblent pas au courant - ou ne l'a pas été dans le cas de M. Bourgault - que leur combat est vain aux dires de M. Duceppe. Donc soit que ces 4 hommes d'État reconnus sont de machiavéliques manipulateurs cachant de sombres desseins, soit que M. Duceppe nous ment et pas qu'un peu.

Qu'il préfère la voie référendaire, on l'a tous compris, lui qui a eu 15 longues années à la tête d'une solide organisation souverainiste, le Bloc québécois, afin de préparer ou à forcer l'organisation d'un tel référendum qui n'est jamais venu. Cependant, il faudra bien qu'il accepte puisqu'il a démissionné de la politique active de laisser les indépendantistes se diriger dans la direction que commande notre réalité. Il ne l'accepte visiblement pas. Sinon, à suivre sa voie référendaire, nul besoin d'aucune boule de cristal afin de prédire que le mouvement indépendantiste est condamné à demeurer les loosers que la population a congédiés en 2011 et en 2014.

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