LES BLOGUES
19/04/2018 09:00 EDT | Actualisé 19/04/2018 09:00 EDT

Sabotage de l’école et de la souveraineté

Les gouvernements successifs vont perpétuer le sabotage de l’école avec leur idéologie néolibérale et  sa marchandisation.

DONGSEON_KIM via Getty Images

L'école est aux prises avec un récurrent décrochage scolaire depuis un demi-siècle. Avec l'avènement des écoles polyvalentes à la fin des années 60, il y a toujours eu un rapport de deux postes d'enseignant en première secondaire pour un poste disponible en cinquième secondaire. Cinquante ans de réforme de l'école publique se sont soldés en un taux annuel de décrochage scolaire de 50% et 53% d'analphabétisme de la population adulte avec conséquemment la moitié d'une main-d'œuvre sous-scolarisée, sous performante, qui accuse un écart de richesse historique et un déficit structurel de productivité, causés principalement par un niveau d'instruction, de formation et de qualification insuffisantes qui entraîne son lot d'inégalités sociales. Doit-on s'étonner que l'on occupe le 9e rang des provinces les plus pauvres au pays? Le Québec par un invraisemblable paradoxe, accueille 50 000 immigrants par année avec qualifications et diplômes, alors que l'école québécoise tous les deux ans rejette sur le marché du travail tout près de 70 000 jeunes sans qualification ni diplôme. On peut raisonnablement estimer que les cinquante dernières années de la grande réforme ont produit presque deux millions de victimes du décrochage scolaire.

René Lévesque a été l'un des principaux artisans de Révolution tranquille. Il note dans ses écrits que s'il y a eu une révolution au Québec ce fut celle de l'éducation. Ironiquement, il en aura été l'un de ses premiers saboteurs.

À la fin des années 70, Jacques-Yvan Morin, ministre de l'Éducation du parti québécois recevait un rapport qui révélait un taux de décrochage scolaire au secondaire absolument dévastateur de 48%. Le ministre entreprit une tournée de la province pour vérifier sur le terrain les conclusions dévastatrices du rapport. Aucune suite ne sera donnée à son initiative. Après un premier référendum perdu en 1981 et d'une conjoncture économique défavorable, le gouvernement Lévesque vota une loi d'une dureté exceptionnelle ,non seulement pour la récupération rétroactive de 20% accordée aux enseignants, mais également pour y introduire une disposition ou clause d'appauvrissement les privant d'une partie de l'indexation salariale pour toute la durée de leur vie et même au-delà, soustrayant aux conjoints des sommes importantes au chapitre du patrimoine ainsi que la rente léguée au survivant.

En l'espace de quelques années, le gouvernement du parti québécois venait de porter deux coups fatals à l'école publique par son indifférence à son taux d'échecs et son antagonisme pernicieux à l'égard de son personnel enseignant. Pour reprendre l'expression de Jacques Parizeau, le PQ s'est «auto-pelure-de-bananiser» en sabordant son option de la souveraineté.

Pour reprendre l'expression de Jacques Parizeau, le PQ s'est «auto-pelure-de-bananiser» en sabordant son option de la souveraineté.

En effet, une analyse comparative des résultats électoraux de 1976 et du référendum de 1980 menée par Pierre Brouilly, statisticien et spécialiste de renom au Québec en analyse de résultats électoraux , nous apprend qu'il n'y a pas ou peu de différences entre les électeurs scolarisés et moins scolarisés lors du vote dans une élection. Par contre lors d'un référendum les électeurs scolarisés votent dans une proportion significative en faveur de la question référendaire. Ce constat est renforcé par la composition de la clientèle du parti Québec solidaire, ex-membre du Parti québécois, scolarisé à la hauteur de 72% .

Si, par souci du bien commun de tous ces jeunes, tant d'un point de vue humain, économique, social que strictement politique, le gouvernement du Parti québécois avait procédé à une réorganisation scolaire et académique de son réseau d'écoles pour situer le taux de diplômation/décrochage à un niveau équivalent à celui de l'Ontario---beaucoup moins important---ou mieux encore en s'inspirant de la Finlande ,qui affiche un taux symbolique de décrochage d'environ 1% il aurait ajouté en 15 ans, des centaines de milliers de ses concitoyens aux effectifs scolarisés, parmi lesquels il aurait pu trouver 54,288 adhérents à son option.

N'en déplaise à «Monsieur», le Parti québécois n'a qu'accessoirement perdu le référendum en 1995 dans la cour des autres avec des votes ethniques et de l'argent, mais il l'a raté bien davantage et principalement dans les cours d'école du Québec.

Les gouvernements successifs vont perpétuer le sabotage de l'école avec leur idéologie néolibérale et sa marchandisation.

Les billets de blogue les plus lus sur le HuffPost