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20/02/2013 04:53 EST | Actualisé 22/04/2013 05:12 EDT

Coupe du Monde 2014: L'ironie brésilienne entre en jeu

FC Porto's Joao Moutinho, right, celebrates after scoring past Malaga's goalkeeper Willy Caballero, from Argentina, on the pitch, during their Champions League round of 16 first leg soccer match at the Dragao stadium in Porto, Portugal, Tuesday Feb. 19, 2013. Porto won 1-0.(AP Photo/Paulo Duarte)
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FC Porto's Joao Moutinho, right, celebrates after scoring past Malaga's goalkeeper Willy Caballero, from Argentina, on the pitch, during their Champions League round of 16 first leg soccer match at the Dragao stadium in Porto, Portugal, Tuesday Feb. 19, 2013. Porto won 1-0.(AP Photo/Paulo Duarte)

Mardi après-midi, une forte pluie tombe sur Rio de Janeiro. Un phénomène assez prévisible considérant le climat tropical de la région.

 

J'arrive au métro Botafogo, c'est la confusion! La station a été inondée - fermée puis rouverte - c'est l'heure de pointe et l'endroit est bondé. Dans l'immense file qui se forme pour accéder aux wagons, un usager lève les yeux, soupire et lance l'expression la plus tendance de la cité merveilleuse : « Imagine pendant la Coupe du monde! »

 

Imagina na Copa, en portugais. Trois mots qui expriment le fatalisme ambiant quant à la tenue du Mondial de foot de l'an prochain. Une ironie qui résonne aux quatre coins du pays et infeste les réseaux sociaux sous forme d'hashtag, mèmes et compagnie.

 

Mais ce n'est pas tellement la construction des stades hôtes de la grande fête du ballon rond qui inquiète les Brésiliens. Ce qu'ils redoutent davantage, c'est que les absurdes tracas qui ponctuent leur quotidien prennent une ampleur exponentielle lors de l'événement. Ce qui risquerait d'alourdir encore plus leur train de vie, et surtout, le séjour de leurs invités.

 

Toute situation problématique est donc prétexte pour balancer le nouveau dicton. Lorsqu'une panne d'électricité paralyse 9 états de la région du Nordeste pendant de longues heures, par exemple. Vous imaginez pendant la Coupe du monde?

 

Quand un férié provoque le chaos dans les aéroports et les gares du pays. Quand le trafic congestionne l'immense São Paulo et que des trous d'homme explosent dans les rues de Rio. Lorsqu'un chauffeur de taxi tente de tromper un touriste ou qu'un groupe d'étrangers se fait voler dans un endroit considéré sécuritaire. Quand on réalise que l'aberrante inflation touche même la délicieuse eau de coco de la plage d'Ipanema lors du solstice d'été...

 

- Imagina na Copa!

 

Ce cynisme brésilien cache sans doute la peur d'échouer à la face du monde. Comme si le défaitisme était une façon de se protéger. Ainsi, si le Brésil fait chou blanc, les alarmistes amortiront la honte en se vantant d'avoir prédit le fiasco. Ce négativisme prend peut-être son origine dans la méfiante relation que le peuple entretient avec les autorités politiques, dans les promesses non tenues, les échéances non respectées, la corruption et le manque de sérieux des institutions.

 

Heureusement, il y a les éternels optimistes. Ceux qui croient que tout finit toujours par fonctionner, même si c'est à la 45e minute de la deuxième demie. Certains ont même récupéré la populaire expression afin de dévier le courant. C'est le cas du site imaginanacopa.com, qui relate l'histoire de jeunes qui s'efforcent de changer les choses d'ici 2014. Une populaire marque de bière a quant à elle lancé une série de publicités positives :

Pessimistes, pensez-y-bien! Le pays qui a les plus grands derbys du monde, le Réveillon de Copacabana et le Carnaval fera la plus grande fête jamais vue. Pourquoi ne pas imaginer les aéroports bondés... de partisans excités et de grands athlètes? Imaginons des embouteillages... de chars carnavalesques (...) Imaginez la fête!

 

Et cette campagne touche effectivement un point. La folle passion pour le sport du Roi Pelé et l'incomparable sens du spectacle des Brésiliens hypnotiseront les convives de la FIFA, ainsi qu'une grande partie de la population. De la poudre aux yeux. Ce sera grandiose, brillant, et on oubliera tout le reste. Les plus pessimistes danseront aussi. Une attitude typiquement brésilienne.