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12/02/2016 03:09 EST | Actualisé 12/02/2017 05:12 EST

Aimer à la kamikaze ou pas du tout

L'amour ne peut qu'être offert et il n'y a rien qu'on ne puisse y faire.

J'aurai 35 ans le lendemain de la Saint-Valentin. Cette journée, remplie de cœurs pour le commun des mortels, en a toujours été une de bilan pour moi. Cette année, je reste dans le thème «bilan» de l'amour. Passé, à venir, de soi, décevant ou inconditionnel. L'amour, source de toute lumière dans nos petites vies écorchées.

Alors que j'étais une adolescente aussi idéaliste qu'immature, ma grande sœur a adopté un chien. Une bête sublime aux allures féroces mais douce comme un agneau, qui l'écoutait au doigt et à l'œil tant elle semblait éperdument éprise d'elle.

Je me rappelle qu'elle m'ait dit un jour: «Lui, il ne me ment pas, ne me déçoit jamais et je peux l'aimer sans crainte parce qu'il ne m'abandonnera pas». Je m'étais dit à l'époque, dans un dialecte adolescent, l'équivalent de «C'est assez pessimiste comme vision de l'amour». Elle avait plus ou moins l'âge que j'ai aujourd'hui: la maudite trentaine qui comprend son lot de «là, j't'à boutte en cibole».

Plusieurs années, et un nombre incalculable de gifles plus tard, je comprends parfaitement où elle s'en allait avec ses skis dans le bain. Dans toute son hypersensibilité, ma sœur avait besoin d'aimer avec un filet de sécurité, d'avoir des attentes qui seraient invariablement comblées. Elle s'était tournée vers le plus fidèle ami de l'homme (et/ou de la femme) en limitant considérablement les chances de se prendre une claque. J'ai emboîté le pas dès mes premières expériences décevantes.

Puis COUP DE THÉÂTRE, j'ai pondu un humain tout neu'.

À peine était-il sorti de moi, ce petit-là, que j'ai été prise d'un grand vertige; je venais de mettre mon gros cœur doux, sans protection, dans les mains de quelqu'un d'autre. Une grande première qui a fait paraître tout amour ressenti précédemment comme étant bien banal.

La petite réserve que je me gardais toujours avait callé malade; j'explosais d'amour inconditionnel. C'était impossible de retenir la fougue des chevaux déchaînés de mon émotion. Aucun filet de sécurité ni de garantie de ne pas finir broyée. Je l'aimais à en mourir, peu importe ce qu'il deviendrait. Et bien que, complètement paniquée, j'ai pensé le retourner au magasin, il était trop tard pour reculer.

Les années ont passé, j'ai appris à dealer avec l'intensité de l'inconditionnel en me répétant frénétiquement tous les jours depuis 7 ans et demi: «Tout va bien aller».

Moment psycho pop: nos enfants sont les seuls êtres humains que nous aimons inconditionnellement. Comme la nature est fort bien faite, l'amour inconditionnel que nous recevons étant petits nous permet d'apprendre à aimer sainement et en toute confiance une fois devenus grands.

Autrement dit, si je n'ai pas été la princesse de mon père à 5-6 ans, les chances sont que je serai prête à toutes les bassesses pour être celle du premier monsieur qui me virera le cœur à l'envers à l'âge adulte. Parce que l'amour inconditionnel d'un autre humain, nous en avons intrinsèquement besoin, au moins une fois dans une vie.

Ceci dit, je pense que ce genre de «no matter what» n'existe pas entre adultes équilibrés. Pour être amoureux, il faut avoir le cœur kamikaze. Oui, ça risque de faire mal. Chacun fait des erreurs, blesse sans le vouloir, ne répond pas aux attentes de l'autre, est parfois égoïste, et ce, malgré tout l'altruisme que nous aurons déployé dans le but d'être appréciés. Mais ça vaut la peine quand même.

En couple, nous aimons trop souvent de façon intéressée, c'est-à-dire que nous nous attendons à être aimés en fonction de ce que nous donnons. La barre est haute, même pas besoin de faire le limbo pour passer en dessous.

Mais les attentions qu'on prodigue ne sont jamais garantes de rien. L'amour ne peut qu'être offert et il n'y a rien qu'on ne puisse y faire. Et en accumulant les inévitables déceptions qu'impliquent les attentes, on finit par se protéger pour limiter les dégâts. Puis, on aime moins fort et on vit moins fort.

Toutefois, je réalise que mon envie de vivre, mon bonheur et ma motivation, je les dois à mon fils et à cet amour infini que nous partageons. Par sa seule présence, il m'enseigne combien l'amour de quelque nature qu'il soit, quand il est offert sans attente, se multiplie et brille toujours de plus en plus fort.

Mon humain préféré, mon petit valentin, il m'oblige à être la meilleure version de moi-même, à me relever et ranger mes doigts d'honneur dans mes poches, en souriant. Il me rappelle que «J'AURAI PU JAMAIS DE CHUM» ne fait aucun sens si j'aspire à profiter de cette deuxième moitié de ma vie qui commence. Que l'adrénaline, l'euphorie et le plaisir d'aimer valent les 1001 Waterloos que je me prendrai encore en pleine poire.

Conclusion du bilan: Le temps est venu d'aimer à plein régime, sans filet de sécurité, de profiter de la ride, ici et maintenant, en me répétant frénétiquement que tout va bien aller.

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