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31/01/2016 09:12 EST | Actualisé 31/01/2017 05:12 EST

L'amour, ce n'est pas pour les peureux

J'ai une amie qui a rencontré quelqu'un avec qui elle a envie de passer plus de cinq minutes. Après plusieurs semaines de papillons virevoltants, quelle ne fut pas sa surprise de faire une troublante découverte.

«Seuls les petits humains se présentent sans faiblesse. Les grands, eux, dévoilent courageusement leur vulnérabilité parce qu'ils savent se relever.» - Moi (mais ça fait du sens)

J'ai une amie qui a rencontré quelqu'un avec qui elle a envie de passer plus de cinq minutes. Échange de textos en continu, des rencontres qui se multiplient, les rapprochements s'intensifient puis se consument de délicieuse façon. Tout y est, ça sent le «parti pour la gloire» à plein nez, invitations dans les familles respectives inclusivement. Personne n'a changé l'eau en vin mais c'est 'bin juste.

Après plusieurs semaines de papillons virevoltants, quelle ne fut pas sa surprise de faire une troublante découverte. Dans un élan d'angoisse et possiblement d'autosabotage, elle a ressenti le besoin de valider l'authenticité de sa relation (ça arrive aux meilleurs d'entre nous) et s'est rendue sur le site de rencontres où elle avait connu le bellâtre, pour constater qu'il s'y était connecté une heure auparavant.

Déçue, fâchée, triste, trahie, elle me passe un appel d'urgence afin que nous «suranalysions» ensemble la situation, tels deux prophètes du célibat des temps modernes. Moi, blasée, elle blessée, nous avons une épiphanie: dans un moment de grand doux intérieur, elle s'est permise beaucoup trop tôt, Ô sacrilège, d'y croire.

«Peut-être s'est-il rendu sur le site pour voir si tu étais toujours abonnée?»

«Peut-être a-t-il eu peur de l'intensité de ce qu'il ressent pour toi et a voulu confirmer que tu es la seule avec qui il a envie de développer quelque chose de vrai?»

«Peut-être qu'il a juste accroché le piton sur son téléphone?»

«Peut-être, aussi, s'envoie-t-il en l'air à pleines fesses pendant que toi, telle une fleur bleue de la pire espèce, tu rêvasses de projets d'avenir?»

On ne se le cachera pas, la société de consommation combinée aux médias sociaux nous a scrappé les relations «amoureuses» naissantes de belle façon. On en veut. Beaucoup. Un peu plus. Non, pas celle-là, l'autre. Quand il n'y en aura plus, il y en aura encore. Chacun pour soi et que le plus frette gagne!

N'étant pas la fan numéro un du rejet, mon approche consiste plutôt à me tenir en marge du carnaval en attendant qu'un merveilleux jeune homme me saute dans la face avec des fleurs et du chocolat. Inutile de commenter ci-dessous que je vais attendre longtemps.

Cachée dans le costume de la sauvage finie assumée, j'oublie souvent de mentionner qu'en fait, tout cela me terrorise parce que #JeSuisÉpaisse. Quand on me regarde dans le fond des yeux en me disant que mon sourire est le plus beau, j'y crois. Quand on me dit qu'on a envie de me revoir, j'assume qu'on ne me ment pas. Quand on me chuchote à l'oreille «je ne me reconnais plus avec toi», je me sens spéciale et unique.

Je me mets à vibrer de partout, particulièrement de l'imagination, et j'entre dans la parade avec mes grandes attentes en marchant comme dans un champ de mines, l'objectif étant de ne pas faire exploser en miettes l'intérêt de l'autre alors qu'il découvrirait quelle fefille normale je suis, au fond.

Puis, je paralyse tout doucement. Les textos s'espacent, la prochaine rencontre ne se planifie pas, et je me remets en question, en remontant mes pantalons et en doutant de mon propre jugement.

Je deviens tellement concentrée à ne rien laisser transparaître de mes sentiments que ma conquête finie par me glisser entre les doigts. Tout cela parce que j'ai peur d'avoir l'air trop intéressée/dépendante affective/complètement folle ou, pire encore, faible.

Rationnellement, je sais que le courage de se mettre à nu devant un autre être humain est signe d'une grande force. Que de se présenter sans censure, lumineux dans ses moments forts et vulnérable quand le cœur bat est la meilleure et sans doute l'unique façon d'être aimée pour Vrai avec un grand V.

C'est si simple à comprendre comme schéma mais si difficile à appliquer devant celui ou celle qu'on ne voudrait donc pas décevoir. «T'as rien à perdre!», me crieras-tu par la tête. «Mes papillons en voie d'extinction», te renverrai-je par la tronche.

Toujours est-il que j'ai conseillé à mon amie d'être honnête avec son nouveau copain. De lui exprimer ses sentiments et sa désagréable surprise, aussi doucement que simplement, ainsi que son besoin de prendre du recul afin de constater si, après tout, elle ne serait pas seule à bord de ce beau bateau qu'elle s'est construit.

Quant à moi, petit humain tremblotant dans la marge, je regarderai passer mon amie souriante dans la parade, parce que le courage est une denrée rare et que l'amour, ce n'est pas pour les peureux.

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