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18/04/2015 08:38 EDT | Actualisé 18/06/2015 05:12 EDT

Hatufim, la série qui inspira Homeland

A travers le destin de deux soldats israéliens libérés par le Hamas après dix-sept ans de captivité, Hatufimraconte les conséquences de cette absence sur leur vie personnelle et familiale. La version originale se distingue par sa poésie et cette faculté à faire ressentir le deuil, intime et collectif. Une grande série.

À travers le destin de deux soldats israéliens libérés par le Hamas après dix-sept ans de captivité, Hatufim (celle qui inspira Homeland), pur drame intimiste, raconte les conséquences de cette absence sur leur vie personnelle et familiale. Loin des effets de thriller bien huilé à l'action américaine, la version originale se distingue par sa poésie et cette faculté à faire ressentir le deuil, intime et collectif. Une grande série.

La chaîne française Arte nous aura fait attendre deux ans avant de voir la saison 2 de cette remarquable série israélienne. Pas de chance, la chaîne rediffuse bien la saison 1 en piqûre de rappel, mais après minuit et à la charge de 5 épisodes, mardi 14 et mercredi 15. Pas de chance encore, la saison 2 est reléguée à 22h50, les jeudis. Hatufim donc, série israélienne qui inspira Homeland. Et son auteur, Gideon Raff, scénariste israélien qui a réadapté pour le public américain cette histoire qui traite du douloureux retour de prisonniers de guerre, accueillis comme des héros puis oubliés. Dans la version américaine, le marine rentre d'Afghanistan. Dans l'Israélienne, ils reviennent du Liban. L'ennemi est le même : « arabe ». L'histoire est similaire, mais les cultures divergent. Les budgets aussi.

Homeland est une série d'action centrée sur le terrorisme, la paranoïa post 11 septembre, la relation ambiguë -- amoureuse -- qui se noue entre l'ex-détenu et la blonde agente de la CIA, bipolaire, qui l'espionne. Ce n'est pas très crédible. C'est américain.

Hatufim est plus dramatique avec une charge émotionnelle qui vous hante longtemps. L'Israélienne délaisse le thriller pur et simple, les héros ou pas, pour traiter de la question du stress post-traumatique des prisonniers de guerre et des familles.

Réalisé avec très peu de moyens (le pilote américain vaut pour une saison israélienne), Hatufim est un drame psychologique noué dans l'intimité familiale, ancré dans la réalité d'un pays, cœur de conflit, d'une société israélienne tiraillée entre ses extrêmes, sa quête perpétuelle d'identité. Double quête identitaire, à laquelle il faut rajouter le syndrome post-traumatique.

Ici, les prisonniers de guerre, soldats de Tsahal, de retour au pays après dix-sept ans de captivité, sont plus morts que vivants. Ils ne savent plus qui ils sont, où ils sont, vont, comment leur famille et leur pays ont évolué pendant ces dix-sept années. C'est la grandeur de cette série, ce qui la rend fascinante et palpitante : être un thriller qui fonctionne sur des ressorts psychologiques et non pas sur de simples effets d'actions comme la version américaine. La famille juive est sacrée sur cette terre deux fois promise.

Saison 1, épisode 1. La scène du retour à l'aéroport est stupéfiante. Ils ne sont que deux ombres, fantômes. La démarche mal assurée. Et quand ils apparaissent aux yeux de leur famille broyée entre la joie et la peur, on ne voit que leur regard perdu, vidé. Deux hommes brisés. Tout est dit. Le retour sera difficile, douloureux. Impossible?

Nimrod retrouve sa femme et deux enfants qui ne le connaissent pas. Uri revoit son père et sa fiancée, entre temps, mariée avec son frère.

Comment retrouver ses marques dans une société qui a avancé sans eux? Comment se réintégrer au sein de sa famille après une si longue absence? Comment une fille devenue adolescente peut-elle parler à ce père dont elle a oublié la voix, dont elle sait qu'il a subi des tortures, vécu l'horreur absolue? Comment une jeune femme peut-elle accepter que son frère, lui, ne soit pas revenu de cet enfer? Hatufim explore le traumatisme des uns, ex-détenus, et la psychologie des autres, les proches.

Retour d'enfer pour un autre enfer : à peine libérés, les deux hommes sont soumis à la question, au secret dans un centre d'investigation des services de sécurité. Dans ce pays où la paranoïa est existentielle, la question est : les ex-détenus ont-ils livré des informations à l'ennemi ou, pire, été « retournés »? Des espions? Le major Cohen mène les interrogatoires. Les anciens otages racontent. Flashbacks parfois insoutenables. Le thriller se met lentement en place. La paranoïa aussi. Le suspense sera ailleurs. Surprise à la fin de la saison 1. Le souffle coupé.

Dans Hatufim, le tempo est lent, l'atmosphère lourde et l'intrigue symptomatique du rapport qu'entretient Israël avec ses prisonniers de guerre. Dans un pays de 8 millions d'habitants, 1500 soldats sont détenus par l'ennemi qui les utilise comme monnaie d'échange. Le sujet est brûlant en Israël.

« Les prisonniers de guerre israéliens sont des héros de facto intouchables », explique Gideon Raff. « Un soldat prisonnier, c'est comme un membre de la famille perdu pour la société israélienne. Mais la question de leur retour n'a jamais été abordée. »

Tout en finesse et en subtilité, Hatufim explore ces zones d'ombres.

Cette série, comme les deux autres excellentes israéliennes, BiTipul (En analyse, version américaine avec Gabriel Byrne) et Hostages (on attend la saison 2), brille par sa faculté à raconter la société, ici et maintenant, sans occulter ses souffrances ni sa violence. Elle confirme qu'Israël -- avec la Scandinavie -- est bien la terre promise des séries.

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