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20/07/2015 11:00 EDT | Actualisé 20/07/2016 05:12 EDT

L'ouverture à l'autre: et si on dépassait le folklore?

Combien d'unions mixtes et d'amitiés, d'œuvres artistiques, de plats succulents, de rencontres incroyables, d'aventures inoubliables sont les fruits d'un simple échange à priori banal.

«Il est bon, ce Cheb Khaled! Ah! ce que j'aime le couscous et les danseuses orientales!», s'est exclamé le jeune homme en parlant à la jeune serveuse qui, bien que gênée par la tentative de rapprochement culturel maladroite, a esquissé un sourire.

Comprendre ce qui s'est passé dans la tête de cette jeune fille à cet instant-là n'est pas bien difficile. Encore une victime des dommages collatéraux fruits d'une conception plutôt folklorique et limitée de l'ouverture à l'autre.

Cette anecdote n'est qu'une banale illustration d'un certain malaise que peuvent ressentir certaines personnes lorsqu'elles voient leurs cultures d'origine réduites à certains aspects loin d'être représentatifs. Le pire, c'est qu'il s'agit d'une autre occasion ratée d'échanger, de modifier certains conceptions, d'anéantir certains clichés et pourquoi pas de faire évoluer une vision, une mentalité. Cette approche est non seulement embarrassante mais parfois douloureuse pour certaines personnes qui voient leur culture vivante et évolutive, leur héritage réduits à quelques clichés, à quelques pseudo-symboles bien répandus dans les brochures touristiques.

Si l'ouverture à l'autre est un fondement du vivre ensemble, une connaissance minimale du monde dans lequel nous vivons et des autres cultures est, semble-t-il, essentielle pour échanger avec l'autre dans un contexte mondial marqué par la recrudescence de l'intolérance et stressé par les faux pas culturels.

Lire, sortir, échanger, goûter la cuisine authentique - et non touristique - d'ailleurs, regarder des films ou des spectacles... autant de vecteurs propices à l'ouverture, à la découverte, aux rencontres. Ils nourrissent la curiosité et donnent envie d'en apprendre plus sur l'autre, de dépasser le volet folklorique qui demeure néanmoins un outil précieux d'éducation et de sensibilisation à l'identité, l'histoire et l'interculturalisme.

Parfois, il suffit de poser la question à la personne qui se fera certainement un plaisir de répondre aux questions et d'assouvir la curiosité de son interlocuteur. Qui n'aime pas partager les richesses de sa culture d'origine? Qui n'aime pas contribuer à sa manière et à son niveau à combattre certains clichés hélas fort répandus? Il suffit parfois de s'écouter. Tout le monde en sortira plus riche et enrichi.

Un pas vers l'autre

Les efforts devraient également être partagés. Cela me rappelle cette expérience vécue récemment lorsqu'un représentant d'une célèbre organisation non gouvernementale m'a questionné sur mes origines et qu'il a exprimé son étonnement d'apprendre qu'en Tunisie, les femmes sont émancipées.

En lui expliquant qu'elles votent depuis 1956, qu'elles conduisent des avions, qu'elles sont ministres, qu'elles occupent des fonctions dans les plus hautes sphères de l'État, qu'elles sont des exemples de modernité dans le monde arabo-musulman malgré tous les défis qu'elles ont dû relever et qu'elles relèvent toujours, j'ai contribué à ma petite échelle à rendre sa vision plus réaliste, lui qui croyait que ce pays se trouvait en Asie et que les femmes y étaient opprimées!

Sans juger l'autre, cette invitation à l'ouverture peut accoucher de merveilles. Combien d'unions mixtes et d'amitiés, d'œuvres artistiques, de plats succulents, de rencontres incroyables, d'aventures inoubliables sont les fruits d'un simple échange à priori banal. Il serait cependant utopique et naïf de dire que cette démarche est toujours simple et naturelle. Bien sûr que non! Plusieurs grains de sable viennent enrayer la mécanique de l'ouverture sur l'autre: la méfiance, le repli sur soi, le racisme, etc.

La lutte inlassable de nombreux militants à travers le monde pour que l'échange culturel soit la règle et non l'exception est loin d'être vaine. L'ignorance dont font preuve certains dans la compréhension des autres cultures n'est pas une maladie incurable. Interrogeons-nous seulement sur les facteurs ayant conduit à cet état. La question est d'autant plus cruciale dans un contexte marqué par la montée fulgurante d'un groupuscule sanguinaire qui joue sur les divisions et les amalgames pour attiser la haine et nourrir la xénophobie.

Sans sombrer dans l'introspection, il serait intéressant de faire preuve d'empathie et de se demander si on aimerait que la même chose nous arrive. Pour reprendre les termes du formidable Louis Rego dans l'un de ses sketchs: «Tout le monde doit être uni contre les autres!» Les autres? Ce sont ceux qui veulent nous rendent la vie morose avec leur violence, leur ignorance et leur manière fâcheuse de mépriser les différences.

Que serait d'ailleurs notre vie sans ce joli pont reliant la côte solide des valeurs communes et la plage colorée de la diversité? Bien triste, non? Quelle tristesse aussi de ne pas apprécier de faire connaissance avec des gens qui viennent d'autres univers. Des rencontres riches, toujours stimulantes, toujours inspirantes. La femme âgée qui faisait ses courses récemment dans un supermarché et qui regrettait que les immigrants aient également le droit de le faire (faire leurs courses!) devrait s'ouvrir sur l'autre à défaut de consulter. Son intolérance malveillante et agressive est certainement le fruit d'une accumulation de clichés et d'ignorance l'ayant conduite à proférer ce genre d'insultes condamnables. D'enrichissantes rencontres au cours de sa vie et une ouverture sur l'autre l'auraient certainement conduit à envisager la vie sous un angle plus humain et joyeux. Quel gâchis!

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