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26/04/2016 10:29 EDT | Actualisé 27/04/2017 05:12 EDT

Remettre un mouvement désuet à jour dans une ère de mondialisation

Indépendance rime maintenant avec «racisme», «séparation», «isolationnisme» et «incertitude». Ce jeu fait bien l'affaire du Parti libéral.

Depuis 1995, le mouvement souverainiste, ainsi que son principal porteur, perdent progressivement la balance du pouvoir qu'ils ont détenue pendant deux décennies.

Il faut dire que depuis la défaite référendaire, le Parti québécois ne suscite plus les passions. Depuis l'arrivée de Lucien Bouchard à la tête du parti jusqu'à ce jour, le projet d'indépendance est devenu opaque et balayé du discours péquiste. Le parti en discute parfois à l'interne avec ses militants, mais il ne le fait plus en public.

L'élite péquiste espère ainsi que des électeurs fédéralistes se joindront à leur parti. Ce qu'on voit depuis 1995 est toutefois l'inverse : les fédéralistes ne s'y joignent pas, mais les souverainistes, eux, les délaissent.

Aujourd'hui, on ne sait plus trop ce que le PQ veut offrir. Va-t-il faire l'indépendance ou pas? Est-il toujours de gauche, ou est-ce devenu un parti de droite? Difficile d'y répondre avec certitude mais, chose certaine, cette ambiguïté ne l'aide pas. Quand la population suit avec difficulté les orientations d'un parti, elle se joint à un autre qui a des positions plus claires.

Mais à mon avis, ce qui a fait le plus mal au PQ est d'avoir abandonné le projet souverainiste. À force de cacher leur projet sous le tapis, ils ont laissé l'opportunité aux libéraux d'être les seuls à pouvoir le caractériser. Indépendance rime maintenant avec «racisme», «référendum», «séparation», «isolationnisme» et «incertitude». Ce jeu fait bien l'affaire du Parti libéral du Québec.

Aux yeux de la population, l'indépendance n'est plus le grand projet de société révolutionnaire qu'il a déjà été. Il est maintenant associé, depuis 20 ans, à tous les maux que les libéraux ont pu lui accoler.

Contrairement à certains militants qui affirment que les souverainistes n'ont pas assez parlé d'indépendance, je considère que l'affaiblissement du mouvement souverainiste est dû à une mauvaise approche plutôt qu'à une absence de discours. Le discours sur la souveraineté, il existe, mais ne provient que de la part de son opposant.

Si le Parti québécois veut obtenir le pouvoir à nouveau et faire l'indépendance du Québec, il doit changer son approche sur le projet qu'il endosse. Même chose pour Québec solidaire, qui est tombé dans le même jeu, ou presque.

Le projet souverainiste doit, s'il veut réussir, devenir détaillé et transformateur, en faisant participer toute la population québécoise au lieu d'être administré uniquement par un groupuscule à la tête du PQ qui échoue largement à la tâche.

Le mouvement souverainiste doit aussi refléter les enjeux du XXI siècle. La raison principale de faire l'indépendance entre les années 1970 et 1990 était pour assurer l'épanouissement du français en Amérique du Nord en délaissant le statut de province menaçant la survie de notre langue commune. Aujourd'hui, ces raisons sont aussi pertinentes, mais ne rejoignent plus autant la population qu'auparavant.

À l'origine, le mouvement souverainiste québécois a été influencé par les indépendances de pays colonisés ailleurs dans le monde. Ces indépendances ont fortement été reliées au concept de nation et d'ethnicité.

Aujourd'hui, dans une ère de plus en plus mondialiste, les enjeux internationaux sont moins reliés à l'ethnicité qu'auparavant. De nos jours, nous accordons beaucoup plus d'importance aux problèmes environnementaux, à la justice sociale et au développement économique durable. La laïcité à la forme française est généralement rejetée par les jeunes au profit d'une diversité de plus en plus importante en Occident.

Le mouvement souverainiste devrait tenir compte de ces changements démographiques, idéologiques et sociologiques. L'épanouissement du français en Amérique doit toujours être au cœur du projet, mais ce n'est plus assez pour assurer sa réussite. Il doit maintenant diversifier ses idées.

Au lieu de continuer à laisser les libéraux définir le projet souverainiste, les partis souverainistes devraient miser sur une nouvelle approche basée sur la confiance et l'innovation.

Quel rôle aurait le Québec dans le monde? Je n'entends à peu près jamais les péquistes en parler. Pourtant, c'est un sujet qui attire l'attention des jeunes. Comment pourrions-nous mieux collaborer avec les autres pays? Quelles valeurs le Québec apporterait-il dans le monde, particulièrement à l'ONU? Quel serait le rôle de notre armée? Voilà plusieurs questions reliées aux relations internationales et qui sont complètement absentes du discours péquiste.

Au niveau monétaire et économique, à quoi ressemblerait notre monnaie? Quels sont les avantages d'une monnaie québécoise et d'avoir notre propre banque centrale? Comment seraient utilisés les impôts que nous récupérerions d'Ottawa? Quelles ambitions pourrions-nous avoir pour le développement des énergies vertes?

Au niveau judiciaire, à quoi ressembleraient nos lois? À quoi ressembleraient notre régime politique? Présidentiel, uninominal à un tour, ou peut-être proportionnel? De simples questions qui, pourtant, effraient de nombreux Québécois, particulièrement les anglophones et allophones. Si nous écrivions tous la Constitution québécoise, cette peur s'éteindrait et ferait participer tous les citoyens.

Bref, le Parti québécois depuis 1995 n'est plus porteur d'un projet stimulant, passionnant et réformateur. Il ne peut plus continuer sur la voie qu'il suit depuis 1995.

Retournera-t-il à ses sources?

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