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22/04/2015 06:30 EDT | Actualisé 22/06/2015 05:12 EDT

Ces morts flottant sur la Méditerranée...

La Méditerranée est devenue un cimetière ces derniers jours. La situation est hallucinante et nous secoue tous. Même si le phénomène de migration clandestine maritime existe depuis longtemps, l'afflux brusque vers les côtes italiennes est énorme, voire impossible à gérer.

La majorité d'entre nous serait incapable de s'imaginer atteindre un tel état de folie pour se lancer en plein océan avec des moyens extrêmement rudimentaires. Pourquoi? Parce que nous ne sommes pas dans les mêmes conditions de vie qu'eux, ni devant la même menace, mais nous sommes comme eux. Si nous nous retrouvions dans une adversité similaire à la leur, le résultat serait probablement semblable. Devant la menace, le désespoir profond ou la pauvreté chronique, rien ne fait plus peur à l'humain, même pas la mort. Sans services de santé ni services sociaux, il est livré à lui-même et à son imagination troublée. Étant fatigués de souffrir et de désespérer, ces migrants se donnent un dernier coup de chance en tentant la traversée de la Méditerranée, sachant très bien que la mort fait partie des probabilités. Ils n'ont pas peur des risques qui les guettent tant leur vie leur est infernale dans leur pays d'origine où règnent à leurs yeux des conditions d'adversités insoutenables. L'avenir n'y est plus possible.

Au fond, le phénomène de migration clandestine n'a pas d'âge ou de sexe. Toutefois, les bateaux interceptés transportent souvent des familles, avec des enfants venant de pays en guerre tandis que d'autres sont des solitaires fuyant la pauvreté et le désespoir. C'est une situation hyper complexe avec deux grandes catégories de risques qui ne se traitent pas de la même manière selon les lois en vigueur. Dans les deux cas, l'avenir demeure hypothéqué à court, moyen et long terme. Toutes ces personnes cherchent un endroit où vivre dignement, décemment et en toute sécurité. Le moyen utilisé pour y parvenir est fort critiquable, laisse à désirer, mais c'est ce qu'ils ont trouvé au péril de leur vie. Je ne crois pas qu'il y ait grand chose à leur dire devant le grand désespoir qui les happe et nous terrorise même. Si les réfugiés étaient recueillis à la source du danger, parmi les candidats à la migration clandestine, le nombre d'arrivées ou de morts en serait forcément réduit.

L'heure est à l'urgence, à la gestion de crise et au contrôle du phénomène. Parmi ceux qui ont réussi à atteindre les côtes européennes, il y'en a qui ont beaucoup souffert, voire qui sont traumatisés par les horreurs dont ils ont été témoins en mer comme la mort de certains passagers dans des conditions effroyables... Leurs états physique et surtout psychologique n'en sortiront pas indemnes. Ils ont besoin d'aide pour se remettre de cette expérience fort dangereuse.

Pour la suite, je n'ai pas de recette préconçue, mais l'ampleur des migrations maritimes, avec leurs inhérentes pertes de vies humaines, incite à la réflexion et aux actions qui perdureront. La responsabilité face à ce phénomène est collective. Les renvoyer d'emblée dans leur pays d'origine ne semble pas la meilleure des solutions sur le plan humain. Ces migrants victimes de la guerre, de la misère, de la corruption et de l'insouciance des dirigeants de leurs pays d'origine ne doivent pas aussi être victimes de l'indifférence de l'Occident, et même si certains croient que les accueillir encouragerait d'autres à prendre la même voie dans une Union européenne qui n'est pas l'Eldorado. Dans une perspective réaliste, l'entrée massive et non prévue de migrants clandestins pourrait être vue comme une menace, une insécurité pour l'Europe

Malgré tout, ces migrants sont des humains extrêmement vulnérables, en quête de survie et de dignité. Néanmoins, si certains sont admissibles à un traitement humanitaire en lien avec leur sécurité à travers l'obligation morale de l'Occident de leur offrir refuge, d'autres risqueraient d'avoir très peu de chance en matière de traitement humanitaire sous les motifs de pauvreté et de désespoir... Si rien n'est fait, le futur laisse présager le pire. Et le fardeau de la situation ne repose pas uniquement sur les pays européens qui les ont recueillis, même s'ils sont les premiers à être confrontés à celle-ci devant leur porte. Les pays d'origine doivent participer à la recherche de solutions humaines. Jusque-là très peu d'États africains se sont prononcés sur le sujet. Alors que l'Union européenne a fait dimanche dernier l'annonce d'un sommet extraordinaire sur la situation qui se tiendra ce jeudi 23 avril à Bruxelles, l'Union africaine brille par son absence, ce qui n'est pas nouveau. Ce silence des pays d'origine est symptomatique d'une dysfonction, voire d'une impuissance. Sans se leurrer, des solutions immédiates et efficaces n'existent pas à l'heure actuelle.

Toutefois, dans une perspective optimiste, seule l'éradication de la misère et des guerres accompagnée du développement du continent africain grâce à ses femmes et ses hommes renverseraient la tendance : c'est un travail de longue haleine... Cependant, tant que l'écart entre la qualité de vie de l'Occident et celle des pays du Sud est fort considérable, cette triste réalité et ses déclinaisons feront partie du quotidien planétaire ; nous assisterons à d'autres cas de détresse humaine de près ou de loin.

Pour prévenir et contenir la situation, entre autres des moyens envisageables, il faut accroitre les dispositifs de surveillance maritime, mais surtout démanteler les réseaux de passeurs qui sont des criminels s'enrichissant sans scrupule de l'exploitation de la souffrance humaine à travers les sommes d'argent importantes souvent durement amassées par les candidats vulnérables. La migration clandestine n'est rien d'autre que l'expression de la misère et de la souffrance humaine. Elle n'est nullement une surprise pour une personne avertie. On hérite de la richesse comme on hérite aussi de la misère. Malgré ce cadre déterministe, l'humain a aussi du pouvoir sur sa vie à des degrés variables dépendamment des facteurs de risques et de protection de son environnement. En guise de conclusion, l'indifférence face aux inégalités entre les humains est cruellement indécente. Il est temps de regarder le mal en pleine face afin de trouver des solutions responsables, efficaces et durables. Chaque humain a besoin de vivre décemment en toute dignité et en toute sécurité.