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21/05/2015 10:25 EDT | Actualisé 21/05/2016 05:12 EDT

Israël-Palestine: pour un aperçu de l'avenir des efforts de paix

Alors que nous avions toutes les deux 14 ans, nos parents et professeurs israéliens et palestiniens nous ont fait participer à une expérience à grande échelle qui devait changer nos vies, et dont les effets se font encore sentir, plus d'une décennie plus tard.

Nous sommes toutes deux originaires de Jérusalem et, à 27 ans, nous contribuons à ce que le Moyen-Orient connaisse aujourd'hui un des ratios de jeunes adultes les plus élevés de l'histoire.

Cette «poche de jeunesse» constitue le contexte de cette expérience: notre région compte plus de 100 millions de jeunes âgés de 15 à 29 ans. Et si ce contexte démographique, associé à des opportunités économiques réduites, est un terreau fertile pour l'extrémisme et la violence, il représente aussi un facteur puissant d'évolutions positives.

L'expérience, lancée dans plus d'une vingtaine de pays par l'organisation Seeds for Peace («Graines de paix»), a commencé par une question: quel genre d'impact pourriez-vous avoir sur les jeunes des différentes parties d'un conflit insoluble, si vous leur donniez le temps et l'espace nécessaires pour mieux se connaître?

Autrement dit, qu'arriverait-il si nous étions toutes deux - une Israélienne et une Palestinienne - amenées en terrain neutre. Pourrions-nous surmonter les amères lignes de fracture et la méfiance, nous engager dans un dialogue direct, ouvert et honnête? Établerions-nous des relations qui survivraient à l'épreuve du conflit?

Plus important, cette expérience radicale à l'adolescence pourrait-elle nous amener à œuvrer au changement à l'âge adulte, pour influencer nos sociétés et contribuer à créer les conditions nécessaires pour la paix?

La première étape de l'expérience a été un succès sans équivoque. Ça marche. Des chercheurs de l'Université de Chicago ont évalué l'impact de Seeds for Peace et identifié des changements positifs significatifs chez les participants, sur leur perception de leurs pairs de la partie adverse dans le conflit.

Nous sommes l'incarnation de cette transformation. Alors que les relations entre Israéliens et Palestiniens sont presque impossibles, nous sommes amies depuis plus de 12 ans. Et il y a aujourd'hui plus de 5000 jeunes comme nous, qui voient désormais dans le «eux contre nous» de ce conflit une opposition entre ceux qui veulent perpétuer le statu quo et ceux qui veulent le rompre. Même pour ceux qui, parmi nous, n'ont pas maintenu le contact avec ceux de l'autre côté, la chance que nous avons de voir le conflit sous un autre angle nous force à rechercher le changement.

Bien sûr, tant que ces relations ne se traduisent pas en actes pour un véritable changement institutionnel, elles n'ont pas d'intérêt autre que symbolique.

Au début de cette année, nous nous sommes réunis avec plusieurs centaines d'autres jeunes - Arabes et Israéliens, Indiens, Pakistanais, Afghans - qui ont effectué le même parcours que nous à travers Seeds of Peace et d'autres programmes similaires. Ce que font ces jeunes dirigeants, entrepreneurs, militants et journalistes pour susciter le changement inspire une immense espérance.

Nous avons entendu parler de projets qui cherchent à instiller l'esprit critique et l'empathie chez les jeunes. Nous avons rencontré Christina, qui lance une plateforme visant à mettre en relation les médias traditionnels avec les journalistes citoyens qui couvrent les manifestations, ainsi que Micah, qui met en relation les jeunes de Jérusalem par la musique et le dialogue.

Nous avons entendu parler de Qasim, qui a lancé un projet visant à dénoncer les biais de l'histoire telle qu'elle est enseignée aux écoliers des zones de conflit, en commençant par l'Inde et le Pakistan, ainsi que de Parnian, militante acharnée des droits des femmes en Afghanistan.

Chacun des homologues que nous avons rencontrés œuvre à un changement positif. Beaucoup travaillent à faire évoluer le statu quo social et politique. D'autres visent des transformations économiques. La prochaine étape de notre expérience est sur de bons rails.

Seeds of Peace, qui a investi fructueusement dans des milliers d'adolescents, investit désormais dans leurs idées et leurs projets d'adultes acteurs de changement, et a lancé la semaine dernière deux nouveaux programmes de bourse à la Clinton Global Initiative de Marrakech, afin de développer nos capacités à créer les conditions nécessaires à la paix.

Même si nos dirigeants politiques doivent encore apporter liberté, prospérité et stabilité à notre région, nous ne les attendons pas.

Ce billet de blogue, publié à l'origine sur le Huffington Post US, a été traduit de l'anglais par Mathieu Bouquet.

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