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04/04/2018 09:00 EDT | Actualisé 04/04/2018 10:45 EDT

La peur de l’engagement

Tu as aimé, en toute vulnérabilité, et ça t’est revenu en pleine face comme un boomerang de douleur.

Comme toutes les peurs, vient un moment où tu dois choisir. Tu la laisses gagner ou tu l’affrontes. 
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Comme toutes les peurs, vient un moment où tu dois choisir. Tu la laisses gagner ou tu l’affrontes. 

La peur de l'engagement, c'est comme un boulet que tu traînes en permanence. Une ombre noire qui plane sur tout embryon de relation, chacune tuée dans l'œuf avant d'éclore. Un mauvais augure relationnel qui te suit partout en piétinant les espoirs de ceux qui désirent bâtir une relation profonde avec toi.

La peur de l'engagement, c'est toujours se garder un bémol au niveau du lien affectif. C'est s'attacher, mais pas trop solidement. Un nœud juste semi-noué. Une relation interrompue. C'est refuser de plonger à cause du choc thermique. C'est barricader ton cœur, l'empêcher de tomber, t'assurer qu'il ne s'attache pas pour vrai. Avant de perdre le contrôle. Parce que c'est souvent ça. T'as peur parce que t'as pas le contrôle. Tu ne sais pas ce qui va arriver, comment ça va se développer. Alors tu préfères que rien n'arrive, que rien ne se développe.

La peur de l'engagement peut prendre racine pour plusieurs raisons. Elle est souvent alimentée par d'autres peurs, qui peuvent s'entremêler.

La peur d'avoir mal est probablement la plus connue. Tu as déjà vécu une peine d'amour et tu as eu beaucoup de misère à survivre. Ton cœur a connu la grande débâcle et le froid de l'abandon. Tu t'es déjà attaché trop fort. Ça a fait mal. Ça a laissé une marque. Donc, tu gardes toujours un p'tit lousse par peur de t'étrangler. Tu as aimé, en toute vulnérabilité, et ça t'est revenu en pleine face comme un boomerang de douleur. Un uppercut qui t'as mis K.O. Tu te dis que tu ne pourras plus aimer encore. En fait, tu ne veux plus aimer encore. Pas avec le même abandon. Pas avec la même naïveté. Pas avec tout ton p'tit cœur, de toutes tes forces, de chaque pore de peau. T'as eu une conversation avec ton toi-même. Si jamais tu aimes à nouveau, ce sera avec retenue. Ce sera protégée par ta carapace que tu n'enlèveras plus jamais complètement. Ce sera en te gardant toujours une p'tite gêne. Mais l'amour, c'est capricieux. Ça ne marche pas de même.

Si jamais tu aimes à nouveau, ce sera avec retenue.

À l'opposé de la peur d'avoir mal, il y a la peur de faire mal. C'est tout aussi lourd à porter. Tu te vois comme une personne qui ne fait que blesser en amour. Tu as été la personne qui part, celle qui prend la décision. La cause de la fin. Tu as vu la douleur dans les yeux de ceux que tu as quittés. Tu as ressenti la culpabilité de la personne pour qui l'amour est passé malgré l'intensité des débuts, malgré la beauté et la durée de la relation. Tu ne peux plus envisager de faire mal à quelqu'un. Tu ne vis pas bien avec le rôle de la personne méchante. Celle qui a brisé un ou plusieurs cœurs. Tu ne causeras plus d'hémorragie. Alors maintenant, tu vois tout de suite ce qui pourrait ne pas fonctionner dans une relation. Tu t'en sers comme prétexte. Tu as intérêt à ne pas embarquer puisque tu sais que tu vas sûrement débarquer en cours de route. Aussi bien ne pas partir si c'est pour ne pas arriver à destination. Pourtant, en voyage, la route est souvent plus intéressante et mémorable que la destination elle-même.

Il y a aussi la peur de perdre sa liberté, souvent revendiquée par les casanovas. Quand tu préfères butiner en série plutôt que t'arrêter à une seule fleur. Une incapacité à se limiter, un besoin d'avoir toujours le champ libre. Le désir de rester en surface est prédominant, mais il ne relève pas nécessairement d'un manque de maturité. Il y a souvent quelque chose de latent en arrière-plan. Une souffrance cachée loin derrière la façade et les couches d'armure. Les players jouent souvent pour oublier. Cette peur peut aussi tirer son origine, voire être jumelée, avec la peur de se tromper, de miser sur le mauvais cheval. De perdre sa liberté (et son temps) pour quelqu'un qui n'est pas l'élu. En 2018, les applications de rencontres favorisent cette peur-là. C'est ce que j'appelle le syndrome Tinder. Tu es tellement conscient de la multitude de possibilités que tu n'arrives pas à en choisir une. D'un coup que tu ne ferais pas le bon choix. C'est ne pas trop s'engager avec une seule personne, par peur de passer à côté de quelque chose de mieux. C'est le gazon plus vert du voisin. C'est fantasmer sur une relation idyllique qui, évidemment, n'existe pas.

La peur de la fin, elle, alimente les esprits cyniques. C'est quand tu es persuadé qu'une relation a déjà une date de péremption. Que de toute façon, rien n'est éternel! Que, vu que ça ne durera pas, ça ne vaut pas la peine de commencer. C'est la désillusion de l'amour à l'état pur. Quand on commence à s'aimer, on commence à se quitter, comme chante Éric Lapointe. On commence toujours à se dire adieu, dès notre premier baiser, ajoutent Les Cowboys fringants en lui faisant écho, comme beaucoup d'autres artistes. C'est laisser le pessimisme t'envahir. C'est refuser de vivre parce que la mort va arriver un jour et tout arrêter. En gros, c'est comme ne pas vouloir manger un gâteau au chocolat parce que tu sais qu'à un moment, il n'y en aura plus. C'est se priver en fonction d'un futur incertain au lieu de savourer l'instant présent.

Peu importe ce qui l'alimente, la peur de l'engagement, c'est un peu vouloir être en relation avec quelqu'un, mais pas dans une relation. Parce que c'est trop épeurant. Toute tentative relationnelle est vouée à l'échec tant que tu traînes ça, tant que ça te contamine. Comme toutes les peurs, vient un moment où tu dois choisir. Tu la laisses gagner ou tu l'affrontes.

J'ai toujours peur. Mais j'ai envie de plonger.

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