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09/03/2018 09:00 EST | Actualisé 09/03/2018 09:00 EST

Le féminisme, ce mot honteux

Le féminisme de Lise Payette ou de Léa Clermont-Dion ou de Sophie Durocher ou celui de n’importe quelle autre femme, ce n’est pas LE féminisme.

Vagengeym_Elena via Getty Images

Se dire féministe ne devrait pas être honteux. Ça ne devrait pas être une insulte mais, actuellement, c'est toujours mal vu. Pourtant, être féministe, ça veut tout simplement dire : croire à l'égalité hommes-femmes, politique, économique et sociale. Rien de plus.

Quand quelqu'un se dit féministe, les gens voient d'emblée le coté extrême. La majorité des gens pense tout de suite au mot radical, à une fille pas rasée qui brûle des soutiens-gorge en hurlant, poing levé et écume à la bouche, prête à déverser sa haine sur l'homme qui passerait innocemment là. Pourquoi? Quand quelqu'un dit qu'il est sportif, on n'assume pas qu'il veut devenir athlète olympique. Quand quelqu'un se dit croyant, on ne pense pas automatiquement que c'est un extrémiste religieux (sauf pour les musulmans mais ça, c'est un autre problème).

À partir du moment où tu te dis que les hommes et les femmes devraient avoir les mêmes droits, les mêmes chances, les mêmes conditions, les mêmes opportunités, bah tu es féministe.

Il y a des centaines de façons de vivre son féminisme. C'est personnel, propre à chacun. À partir du moment où tu te dis que les hommes et les femmes devraient avoir les mêmes droits, les mêmes chances, les mêmes conditions, les mêmes opportunités, bah tu es féministe. Ce n'est pas de grands concepts ni rien de révolutionnaire. Il me semble qu'en 2018, au Québec, ça va de soi.

Le féminisme de Lise Payette ou de Léa Clermont-Dion ou de Sophie Durocher ou celui de n'importe quelle autre femme, ce n'est pas LE féminisme. C'est le féminisme que ces femmes, individuellement, ont décidé de porter de façon personnelle. Et elles peuvent le vivre comme elles le veulent, leur féminisme. Parce que ça dépend de leur vécu, de leurs expériences, de leurs conditions et de leurs convictions. Malgré ce qu'en diront justement certaines féministes, il n'y a pas de bon ou de mauvais féminisme. Il n'y a que des féminismes qui devraient se solidifier un l'autre, s'encourager, être là, une pierre à la fois, pour bâtir les fondations de ce qui deviendra peut-être, un jour, un endroit où le féminisme sera réellement devenu inutile.

Même chose pour les organismes. Le féminisme de la FFQ ou du Conseil du statut de la femme ou peu importe quel organisme n'est pas LE féminisme. C'est celui que ces organismes ont choisi de porter. Ça ne veut pas dire que c'est le bon, que c'est l'unique façon de le vivre. Le féminisme, c'est multifacette, c'est multidimensionnel. Plusieurs disent qu'ils ne se reconnaissent pas dans les organismes qui représentent le féminisme. Je ne suis pas une militante. Je ne me reconnais souvent pas moi-même dans ces organismes. À plusieurs reprises, j'étais même totalement en désaccord. On ne se cachera pas que les organismes porteurs du mouvement féminisme ont pris un paquet de décisions discutables. Mais c'est, selon moi, un peu normal. Rare sont les organismes et personnes chargés de représenter dans lesquels on se reconnaît vraiment, à 100%, tout le temps. Représenter tout le monde est une illusion, pensez juste aux parti politiques. Ce n'est pas une raison pour être cynique, rejeter en bloc le féminisme et se dissocier de ce mot dont la définition même est d'une simplicité totale lorsque dénudée des préjugés qui l'entourent.

On ne se cachera pas que les organismes porteurs du mouvement féminisme ont pris un paquet de décisions discutables.

Certains soutiennent que le Québec est un état matriarcal. Qu'on a atteint ça, nous, l'égalité. Qu'on a pu besoin de ça les féminisss pis leurs revendications. Qu'elles font juste chialer pour rien, ces drama queen frustrées (et probablement mal baisées). Et bien, malheureusement, non, l'égalité n'est pas acquise. C'est un but, ce vers quoi tendre. Le plafond de verre, la sous-représentation des femmes à des postes de pouvoir, le fait qu'elles soient encore sous-payées pour un travail équivalent, le fait qu'elles soient majoritaires à occuper un emploi précaire et/ou au salaire minimum, etc. Ce sont des faits. Tout comme la culture du viol, les violences encore subies, le traitement inégal entre les sexes dans la société.

On a beaucoup entendu que la société change, que le mouvement #metoo/#moiaussi a fait évoluer le tout. On ne dirait pas ça si le féminisme était désuet. C'est que ça devait changer, que ça doit continuer d'évoluer. Quelques mois après, facile de constater que rien n'a vraiment changé. Les bons vieux préjugés sont tenaces. Ils tiennent encore debout, malgré tous les scandales, malgré toutes les #agressionsnondénoncées, malgré tous les #metoo/#moiaussi. Ces mouvements qui mettent en lumière les violences encore subies par les femmes n'éclairent que quelques jours, le temps de faire le buzz. Puis, on oublie, et tout redevient pareil. On s'insurge de façon éphémère avant de remettre nos œillères.

D'où est né le #etmaintenant.

C'est aussi pour répondre à cette question que le féminisme existe, qu'il est encore important, qu'il le sera toujours.

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