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29/04/2018 08:00 EDT | Actualisé 29/04/2018 08:00 EDT

L'anxiété sociale ou le malaise d'être avec les gens

C’est te persuader de ne pas pouvoir être toi-même parce que t’as l’impression perpétuelle d’être bizarre, de ne pas cadrer avec les autres.

Getty Images/iStockphoto

Vous avez déjà eu le trac? C'est normal et sain avant une situation où on se met soi-même en représentation (entrevue, présentation orale, etc.) L'anxiété sociale, c'est un peu ça, mais généralisé à plusieurs situations sociales dites banales (voire toutes dans certains cas). C'est comme la timidité, mais à un niveau extrême et malsain. La différence, c'est surtout l'ampleur, l'intensité et l'impact sur le fonctionnement de la personne.

L'anxiété sociale, c'est un stress démesuré, une peur paralysante de certaines situations où tu dois interagir avec des gens. C'est un malaise maladif. C'est un inconfort constant d'être avec des gens, surtout peu connus. C'est te persuader de ne pas pouvoir être toi-même parce que t'as l'impression perpétuelle d'être bizarre, de ne pas cadrer avec les autres. C'est de ne jamais être vraiment à l'aise. C'est surtout se juger plus fort que personne ne le fera jamais.

L'anxiété sociale varie en symptômes et en intensité selon les personnes et les situations. Elle se décline généralement en trois phases distinctes.

Tu tentes de contrôler ton anxiété en essayant de contrôler à l'avance comment ça va se passer. Même si tu sais que ça ne sert à rien.

La première est la présituation. Dès que tu sais qu'un moment redouté va se présenter, ça te perturbe. Tu anticipes le malaise. T'as déjà pas envie de vivre ce moment. Tu stresses, à l'avance, juste à y penser. Tu t'over-informes sur la situation : qui sera là, le déroulement, l'heure à laquelle il ne sera pas mal vu de partir, etc. Plus le moment approche, plus c'est intense. Tu te fais des plans de match ridiculement nombreux. Tu tentes de contrôler ton anxiété en essayant de contrôler à l'avance comment ça va se passer. Même si tu sais que ça ne sert à rien.

Ensuite, il y a le moment en tant que tel. Tu ne sais pas où te mettre. Tu ne sais pas quoi dire, ni à qui. Tu veux être ailleurs, tu ne te sens pas à ta place. C'est ne rien dire, figer par le malaise grandissant qui te paralyse. Ou au contraire commencer à parler frénétiquement pour meubler le silence gênant qui s'installe. C'est se rendre compte que tu parles trop, mais continuer à t'enfoncer. Dans un cas comme dans l'autre, tu te sens bizarre. Et là, ça empire. Ton anxiété prend de plus en plus de place. Elle te murmure à l'oreille, te parle constamment. C'est difficile de ne pas y porter attention. Tu en viens à être plus concentrée sur ton sentiment de malaise que sur la situation en cours. Ton estomac te fait mal tellement il se tord de gêne, de malaise, d'inconfort. T'as honte de ne pas être bien. Et tu paniques par en dedans. Y'a une bulle de stress qui se forme autour de toi. Tellement que tu t'isoles encore plus. Y'a une distance qui s'installe, physique, mais aussi dans ta tête. Comme si tu regardais les gens à travers un filtre. Comme si tu regardais la télé. Comme si tu ne faisais pas partie de ce qui se passe. T'es là, mais t'es pas vraiment là. Parce que t'es dans ta tête au lieu d'être avec les autres. Tu ne vis pas le moment, t'as pas de fun. T'es trop occupée à ne pas être bien. À te sentir mal de te sentir mal. Pis à essayer que ça ne paraisse pas.

La dernière phase peut s'apparenter à un débriefing. C'est tout analyser par après. C'est dresser une liste de ce que tu as pu faire ou dire de bizarre. C'est s'attarder à des choses que personne n'a remarquées, mais qui vont t'empêcher de dormir. C'est voir de toutes petites erreurs, des anomalies banales, et en faire une montagne. C'est trouver des conséquences qui n'existent même pas. C'est se torturer en notant tout détail infime qui peut renforcer ta théorie d'être bizarre. C'est y repenser des jours, des semaines, voire même des années après et ressentir encore la même honte et le même malaise.

L'anxiété sociale, c'est être parfaitement consciente que ça n'a pas de sens, que c'est exagéré, que tout ça n'est pas rationnel.

L'anxiété sociale, c'est être parfaitement consciente que ça n'a pas de sens, que c'est exagéré, que tout ça n'est pas rationnel. C'est perdre le contrôle. Avec le temps, c'est trouver des façons de se sécuriser, de survivre à ces situations, des moyens de contourner notre malaise, de retrouver notre zénitude. C'est se parler à soi-même, plus fort que l'anxiété. Trouver l'équilibre entre le respect de soi et la confrontation nécessaire de ses peurs. Travailler sur soi. Apprendre à lâcher prise.

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