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23/01/2013 03:18 EST | Actualisé 25/03/2013 05:12 EDT

Diplomatie: le Canada sur les sentiers de la guerre

PC

Après des décennies de modération et de diplomatie, le Canada tel qu'imaginé par le gouvernement conservateur emprunte désormais le chemin de la guerre et de l'affrontement.

C'est du moins ce qu'on doit conclure des récents commentaires du ministre de la Coopération internationale, Julian Fantino, et du ministre des Affaires étrangères, John Baird au sujet de leur vision de la politique extérieure du pays.

Le premier a affirmé que les Haïtiens étaient en grande partie responsables de leurs malheurs, ce qui justifie selon lui le gel des projets d'aide destinés au pays. Ailleurs dans le monde, M. Fantino a décidé de sabrer les vivres à des organismes expérimentés et reconnus, tels KAIROS, pour financer des groupes chrétiens dont la principale mission consiste à répandre la foi en Dieu.

Le second a dit que les casques bleus et la médiation, deux concepts qui ont longtemps été au coeur même de l'identité canadienne, sont des concepts inutiles, dépassés. M. Baird a enchaîné en expliquant qu'il préconiserait désormais une approche plus musclée, une affirmation inquiétante quand on connait la propension du ministre à défendre coûte que coûte Israël dans son conflit avec les Palestiniens...

Ce manque de jugement de ces deux ministres conservateurs est révélateur d'une volonté ferme du gouvernement actuel de complètement redéfinir la place du Canada dans le monde.

Au Proche-Orient, il arrose d'huile le feu empêchant depuis des décennies la signature d'une paix durable, pour ensuite s'étonner d'être traité en pyromane par les autres nations.

En Afrique, il prêche les vertus d'un catholicisme dépassé et sabre les subventions d'organismes humanitaires offrant des mesures de contrôle des naissances, plaçant les Saintes Écritures au-dessus de la Déclaration des droits de l'homme dans sa liste de priorité.

En Haïti, le voilà qui pointe les victimes du doigt en les blâmant pour leurs malheurs, reniflant d'un air dédaigneux les immondices jonchant certaines rues en croyant y déceler l'effluve d'un échec total, d'une décadance inexorable qui justifierait un abandon pur et simple de l'aide humanitaire.

Partout dans le monde, il troque le bleu de ses casques militaires pour le kaki, une couleur plus facile à identifier pour ceux voyant le monde en noir et blanc, en bons contre méchants, en eux contre nous.

Entre le camp humanitaire et le camp militaire, les conservateurs ont fait leur choix. Tant pis si des décennies de médiation, de négociations et de diplomatie ont permis à notre monde de progresser vers une paix relative; il y aura toujours un ennemi à abattre dans le viseur de l'idéologue.