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05/11/2015 09:08 EST | Actualisé 05/11/2016 05:12 EDT

Mauro Biello l'a bien mérité

Si l'entraîneur par intérim de l'Impact a pleinement mérité son nouveau contrat, qu'il pourra signer dans les prochains jours, il ne faut cependant pas se bercer dans ces magnifiques et agréables illusions.

Didier Drogba rayonne? Il n'est pas le seul. Depuis son intronisation dans le rôle d'entraîneur par intérim, Mauro Biello a lui aussi contribué à l'étonnante métamorphose de l'Impact. Un poste d'entraîneur en chef lui est d'ailleurs déjà réservé pour la saison prochaine. Une promotion méritée.

À la fin de l'été, après l'éviction de Frank Klopas, soyons honnête, je n'imaginais pas Mauro Biello à la tête de l'Impact la saison prochaine. De sources sûres, le club discutait avec des entraîneurs de renom, des Italiens notamment ayant évolué au plus haut niveau européen, et la tendance de voir débarquer en MLS des Carlo Ancelotti, Marcelo Lippi et Fabio Capello n'a cessé de grandir. Ce n'est d'ailleurs qu'une question de semaines ou de mois avant qu'un tel CV ne décide de franchir l'Atlantique pour rejoindre une ligue ambitieuse, prête à rivaliser avec le Vieux Continent à moyen terme.

Mauro Biello ne s'en cachait pas. Lors de sa première conférence de presse, il avouait logiquement être «jugé par mes résultats et je suis d'accord. C'est ma chance de pousser cette équipe à un plus haut niveau. Je vais faire de mon mieux et on verra ce qui arrivera». La suite? Tout le monde la connaît. Drogba a marqué un triplé dès son premier départ, l'Impact s'est transformé, le vestiaire a retrouvé des couleurs et le club, beaucoup d'ambition.

Une touche de fraîcheur et un ton positif

Mais quel rôle a tenu celui dont Hassoun Camara déclarait vouloir «laisser ma vie sur le terrain pour lui» lors de sa nomination? Un rôle déterminant. Une touche de fraîcheur à un groupe meurtri, parfois tendu, n'hésitant pas à remettre publiquement en question les options tactiques de Frank Klopas. Les premiers mots de Biello ont rapidement touché les Montréalais. «D'abord, je voudrais changer cette mentalité et transmettre cette passion et cette fierté de jouer pour l'Impact», expliquait l'intéressé à ses débuts. «Il faut aller chercher cette appartenance qui peut-être n'était pas là. Je vais m'assurer de transmettre tout ça dans mon travail.»

Mission accomplie pour celui qui a disputé 16 saisons sous les couleurs de l'Impact, avant d'être adjoint durant près de six autres.

Après sa première victoire contre Chicago le 5 septembre (4-3), une vidéo de Mauro Biello jetant une poubelle dans les vestiaires, transmettant sa rage et son émotion, a surpris. Avec son discours passionné et positif, le Québécois arrive à transfigurer son groupe, comme l'atteste le changement d'attitude de ses joueurs en deuxième période contre Toronto, dimanche 25 octobre. Ses mots ont une nouvelle fois été décisifs. «On devait arrêter de jouer pour ne pas perdre et commencer à jouer pour gagner», a-t-il notamment déclaré, d'une voix puissante, avec une énergie visiblement communicative.

Des joueurs relancés

L'impact de Biello ne se résume pourtant pas à son verbe et à ses phrases endiablées. À son arrivée, plusieurs joueurs paraissaient en marge du groupe, écartés par son prédécesseur. Tour à tour, il a réussi à les relancer avec succès: Patrice Bernier, dont la carrière semblait toucher à sa fin, réalise des séries incroyables; Hassoun Camara, victime de nombreuses blessures, a sauvé les siens face à Toronto; Nigel Reo-Coker s'est montré déterminant au milieu de terrain et Wandrille Lefèvre a parfaitement assuré l'intérim suite aux absences de Laurent Ciman.

Sous l'ère Biello, les remplaçants ont leur chance et l'entraîneur n'hésite pas à tenter des coups. Lors du dernier match de la saison régulière, la sortie de Venegas pour Duka a rééquilibré l'équipe, puis contre Columbus, dimanche 1er novembre, la rentrée audacieuse en fin de match du même Venegas, transparent quelques jours plus tôt, a été déterminante avec le but du Costaricien en contre-attaque. «Mauro a vraiment participé au renversement de situation du club», me soufflait le vice-président Richard Legendre avant le début des séries. «Il n'a pas bénéficié de conditions idéales à son arrivée. Ça n'allait pas bien... On a beau dire qu'il y a Didier (Drogba) avec nous, mais Mauro a drôlement bien réussi».

Mais osera-t-il sortir Drogba?

Si Mauro Biello a pleinement mérité son nouveau contrat, qu'il pourra signer dans les prochains jours, il ne faut cependant pas se bercer dans ces magnifiques et agréables illusions. Drogba traversera inévitablement des coups de mou, les défenses et les entraîneurs adverses s'adapteront au style de l'ex-buteur de Chelsea. Biello devra alors prouver, sur une saison pleine, que son influence et ses choix tactiques peuvent maintenir l'Impact au plus haut niveau.

À ce jour, une grande majorité de ses options s'avèrent payantes, mais des interrogations demeurent. Osera-t-il sortir l'Ivoirien, si le besoin s'en fait sentir, contre la volonté du joueur? Sa décision de conserver Drogba sur le terrain face à Toronto au premier tour des séries, alors que son équipe menait 3-0 et qu'un risque de blessure (ou de carton) existait, aurait par exemple pu lui être fatal. Mais, à l'instar de l'Impact, Biello rayonne. Et personne ne s'en plaint.

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