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15/08/2015 09:05 EDT | Actualisé 11/08/2016 05:12 EDT

Peru: le zombie qui venait du froid

Parler du zombie, c'est parler de l'être humain, et c'est peut-être ce qui le rend si dérangeant, si inquiétant et si séduisant.

Le chaos, toujours le chaos. Après notre petite virée de la semaine dernière dans une Amérique ravagée par une météo en furie, nous visitons cette semaine une Europe décimée par une épidémie de zombies.

Eh oui, les fameux morts-vivants ont traversé l'Atlantique, à moins que ce ne soit la Manche, comme le laisse entendre la conclusion du réjouissant film 28 Weeks Later de Juan Carlos Fresnadillo - rappelez vous les dernières images où on voyait ces increvables cadavres au pied de la tour Eiffel. La question mérite d'être débattue, mais peut-être pas tout de suite. Pour l'instant, l'important pour les Européens, c'est de survivre à cette contamination continentale.

La naissance du mal

Andy, un Irlandais crack de l'informatique, vient d'être engagé comme directeur créatif par une multinationale suédoise du jeu vidéo. Pour offrir le meilleur jeu de zombies sur le marché, Andy et son équipe s'enferment dans un bunker pour expérimenter les réactions que pourraient avoir un groupe de survivants dans une ville envahie par les zombies. Malheureusement pour Andy et son groupe - quoique... - pendant qu'ils planchent en vase clos, la Suède est envahie par les cadavres marcheurs. La microsociété devra rapidement apprendre à survivre dans un milieu hostile où les menaces ne viennent pas toutes de l'extérieur.

Spin off de la populaire série Zombies de Peru et Cholet - qui raconte, je vous le donne en mille, une invasion de zombies -, Zombies néchronologies se consacre à la propagation de l'épidémie dans certaines villes. Si le premier tome se déroulait à Paris, ce deuxième tome Mort parce que bête, lui, se passe à Stockholm, une ville plus associée aux polars qu'aux zombies.

Mais entendons-nous bien, la capitale suédoise n'est pas au cœur de la bande dessinée. Pas question d'angoissantes poursuites à travers les rues d'une Stockholm de carte postale ou de cauchemar. Au contraire, l'intrigue pourrait se dérouler à Oslo, Helsinki ou Juan-les-Pins et le résultat serait le même. Stockholm ici n'est que l'exotique théâtre anonyme d'un huis clos dramatique.

Peru ne s'intéresse pas plus à la Venise de Suède qu'il ne s'intéresse aux zombies. Comme une grande partie des scénaristes qui s'attèlent sur les zombies depuis Georges A. Romero, Peru est séduit par les survivants et par leurs interactions entre eux et avec l'environnement qui les entoure. Le zombie n'est qu'un prétexte pour observer une société soumise à un stress et à des situations extrêmes. Parler du zombie, c'est parler de l'être humain, et c'est peut-être ce qui le rend si dérangeant, si inquiétant et si séduisant.

Avec ce deuxième tome de Zombies Néchronologies, Peru s'offre une occasion en or pour observer la naissance de la violence et de l'autoritarisme chez un individu de prime abord calme, même si au fil des pages on découvre que le passé d'Andy est jalonné de squelettes, écrasé sous la pression d'un environnement violent, chaotique et sans repères. Perdu avec son petit groupe, assiégé par des zombies dont le nombre ne cesse d'augmenter, crevant de trouille devant la menace «zombienne», Andy s'enfonce inexorablement dans les coins les plus obscurs de sa personnalité, là où naissent ses désirs les plus inavouables et ses pulsions les plus dangereuses. Si Rick, des Walking Dead, a su résister à l'appel du coté sombre de la force, Andy, lui, en est incapable.

Une descente aux enfers fascinante et intelligente qui témoigne de la grande maturité scénaristique d'un conteur qui maitrise tellement bien son univers qu'il peut maintenant se permettre d'explorer de nouveaux territoires qui l"enrichissent.

Maintenant, à savoir si les morts-vivants peuvent survivre à la neige et à l'hiver - nous sommes quand même en Scandinavie -, ça, Peru ne l'aborde pas encore. Peut-être que la réponse se trouvera dans le prochain tome?

Zombie ou tueur en série

Alice Matheson est une infirmière particulière dans un hôpital de Londres. Particulière, parce qu'elle est aussi un ange de la mort. Elle assassine froidement ses patients en phase terminale, condition sine qua none pour qu'elle ressente encore des émotions. Un jour, alors qu'elle soulage définitivement les souffrances de certains malades condamnés, un patient pourtant mort se relève, puis un autre..., puis un troisième, et bientôt, c'est toute la morgue qui s'anime.

Premier tome d'une série de 6 albums, cette nouvelle saga signée Istin nous balade au cœur d'un hôpital londonien aux premières heures d'une invasion de zombies. Rien de bien neuf, me direz vous! Peut-être, mais pourquoi se priver du plaisir de lire une bédé bien ficelée?

Même si l'idée d'un hôpital ouvre la porte à de belles perspectives, les détracteurs reprocheront à cette nouvelle publication d'Istin un parfum de déjà-vu, un refus de nous sortir de notre zone de confort, peut-être même un manque d'audace.

C'est possible. Toutefois, ils devront reconnaître le grand talent de conteur du scénariste. Parce que c'est indéniable, Istin sait raconter une histoire. Le maître ès légendes arthuriennes met en place une mécanique scénaristique efficace et séduisante, et des personnages forts, plus grands que nature, du matériau dont on fait des héros. Maîtrisant habillement l'art du rebondissement, Istin garde constamment le lecteur sur le qui-vive, se nourrissant de ses appréhensions, déjouant ses certitudes, et le guidant vers des territoires qu'il n'avait pas prévu.

Bref, une bande dessinée bien faite, un bon thriller qui s'inscrit parfaitement dans la lignée des très bonnes œuvres «zombiesques», une bédé agréable qui ne révolutionne rien mais qui offre un excellent moment de divertissement.

• Peru, Boudoiron, Zombies néchronologies 02 - Mort parce que bête, Soleil.

• Istin, Vandaële, Alice Matheson, Tome 1 : Jour Z, Soleil.

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