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04/07/2015 08:45 EDT | Actualisé 04/07/2016 05:12 EDT

Yves Swolfs: la naissance de la peur

Le bédéiste connaît parfaitement ses classiques, il en maîtrise les codes et il prend un plaisir palpable, page après page, à renouer avec son Nosferatu.

L'est, toujours l'est! L'est inquiète! L'est fait peur! Peut-être est-ce un relent de notre héritage gréco-romain, mais l'est reste une contrée de mystères, pleine de brumes, de chuchotements, de forêts et de bourgades inquiétantes peuplées de barbares aux mœurs différentes, de sanguinaires sauvages, aux légendes aussi sombres qu'horrifiantes. Bienvenue dans l'est, là où naît la peur.

L'est des légendes horrifiantes

Le prince des vampires ne serait pas Roumain, comme l'affirmait Bram Stoker, auteur du célèbre Dracula. Non, il serait plutôt natif de Dacie cet immense territoire carpato-danubiano-pontique composé de 256 tribus souvent en guerre les unes contre les autres mais toujours unies pour repousser l'envahisseur romain. Et c'est lors d'une de ses échauffourées contre le rouleau compresseur latin qu'apparait Kergan, ce vampire diabolique, protagoniste principal de l'excellente et «stokerienne » série d'Yves Swolfs: Le Prince de la nuit.

Quatorze ans après la destruction de son impitoyable fléau de Dieu, Swolfs le fait enfin renaître. Mais au lieu de céder à la tentation de le faire revivre dans un nouveau siècle, comme l'avait fait au cinéma la Hammer Film Producations avec ses Dracula 73 et Dracula vit toujours à Londres - ce qui aurait été possible puisque Harold son fidèle et unique serviteur avait dérobé ses cendres après sa mort lors de l'épilogue du 6e tome -, Swolfs a préféré se concentrer sur les raisons qui ont poussées Kergan à devenir ce malfaisant strigoi, parce que loin d'être maudit par destin, le guerrier dace à volontairement choisi sa damnation.

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Héritier fougueux d'un chef clanique dace en guerre ouverte contre l'empereur Trajan, Kergan est trahi par son brutal et cruel père influencé par son arriviste et ambitieuse belle-mère qui veut faire de son demi-frère l'héritier officiel. Blessé grièvement, abandonné par sa fratrie, brisé par le suicide de sa fiancée, obsédé par son désir de vengeance, le combattant déchu rencontre une guérisseuse qui lui offre le moyen de régler ses comptes avec sa famille, et ce, pour l'éternité.

D'emblée, disons le tout de suite, ce nouveau Prince de la nuit s'inscrit parfaitement dans l'esprit de la série. Rien ne bouleverse ici ce que le bédéiste à mis en place dans les albums précédents. Bien sûr, trouver l'origine du mal dans la résistance de la Dacie contre Rome est une idée riche et porteuse de belles perspectives - même si Patrick Lussier dans son Dracula et David S. Goyer dans le troisième volet de Blade avaient exploité en partie un filon assez similaire -, mais il faut bien reconnaître que le bédéiste ne s'éloigne pas tellement du sentier défriché par Stoker. Et, ironiquement, c'est aussi sa grande force. Swolfs connaît parfaitement ses classiques, il respecte les limites et les caractéristiques du genre, il en maîtrise les codes et il prend un plaisir palpable, page après page, à renouer avec son Nosferatu.

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Une bande dessinée classique, bien racontée et superbement dessinée par un bédéiste qui visiblement s'ennuyait de son archétype du mal, comme nous d'ailleurs. Quarante-huit pages de plaisir, que demandee de mieux?

L'est des farouches guerriers

Si les Balkans sont synonymes de légendes inquiétantes, que dire du pays des Vikings et de la terreur qu'inspire ses impitoyables guerriers sans peur, élevés au son des épées qui s'entrechoquent et de la fureur du combat? Des personnages de légendes que Brian Wood a regardé à hauteur d'homme dans Northlanders, percutante série de bandes dessinées publiées dans sa version française chez Urban Comics.

Après son Livre anglo-saxon et son Livre islandais, Wood consacre le dernier volet de sa trilogie, Le livre européen, aux incursions des hommes du nord en Europe continentale, aussi bien occidentale qu'orientale. 440 pages d'instantanés de la vie quotidienne viking, traversée par la violence, le bonheur, la plénitude, le doute, le bruit et la fureur. 440 pages consacrées à la difficile conversion de ces farouches guerriers païens en de tranquilles paysans chrétiens - parce que dans ce dernier opus, le christianisme a réussi à s'imposer et à repousser les anciens dieux nordiques.

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À la différence des deux premiers tomes, Wood propose des histoires beaucoup plus longues, qui s'échelonnent sur plusieurs dizaines de pages et qui permettent au scénariste de développer encore plus ses passionnants récits. Que ce soit avec à travers le siège de Paris, l"épidémie de peste qui frappe un village forestier isolé au cœur du terrible hiver russe, ou l'implacable partie de cache-cache entre un chasseur et un cerf, Wood installe subtilement son climat et laisse le lecteur vivre au rythme des événements, quelques fois violents et bruyants, d'autres fois contemplatifs et silencieux, souvent brusques et, à l'occasion, imperceptibles comme les derniers jours de l'hiver, quand celui-ci cède doucement sa place au printemps naissant.

Le résultat est un troisième tome fascinant, une plongée à travers l'épopée viking, à la fois loin et proche des légendes colportées par les Occidentaux chrétiens affolés. Une grande bande dessinée dont je regrette déjà la fin. Ils vont me manquer, ces rendez-vous vikings de Brian Wood.

• Yves Swolfs. Le Prince de la nuit - Tome 7 - La première mort, Glénat.

• Brian Wood, Northlanders - Tome 3 - Le livre européen, Urban comics.

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