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18/12/2015 10:13 EST | Actualisé 18/12/2016 05:12 EST

Un Noël sanglant

Qui a dit que la peur ne pouvait être présente sous le sapin? Parce qu'une petite lampée de frousse, ça rend aussi son petit Noël inoubliable.

Noël c'est le temps du plaisir, du bonheur, Noël c'est l'amour, chante Marie Chantal Toupin. Noël c'est aussi l'occasion idéale pour déguster des grands crus et ça tombe bien parce que je vous en propose deux. Deux grands crus d'horreur et de terreur, deux incursions dans les profondeurs des ténèbres, là où même la mort peut mourir. Qui a dit que la peur ne pouvait être présente sous le sapin? Parce qu'une petite lampée de frousse, ça rend aussi son petit Noël inoubliable.

Un petit cadeau d'oncle Stephen

Je ne sais pas si c'est parce qu'il s'améliore, qu'il retrouve une verve qu'il avait perdue à force de publier des romans ou que je l'avais jugé trop sévèrement mais je redécouvre Stephen King depuis 3 ou 4 ans. Moi qui ne le lisais plus depuis Christine - je le trouvais trop verbeux et les imposants pavés qu'il publiait année après année me décourageait - j'ai retrouvé avec Nuit Noire. Étoiles Mortes le King que j'aimais, celui qui savait me donner des frissons, me tenir en haleine du début à la fin. Depuis je me surprends à avoir du plaisir à le lire. Et Revival ne fait pas exception à la règle.

Charles Daniel Jacobs est un charmant pasteur méthodiste excentrique qui s'intéresse autant à la religion qu'à la science, particulièrement l'électricité. Rapidement tous les habitants de Harlow, petite bourgade du Maine, succombent à son charme, particulièrement le jeune Jamie Morton. Hélas! Le bonheur et les certitudes du pasteur s'effondrent le jour où sa femme et son fils connaissent une mort violente. En colère, dévasté, l'homme d'Église tourne le dos à Dieu et quitte la ville sans laisser d'adresse.

Des années plus tard, Jamie guitariste héroïnomane croise le chemin de son ancien pasteur, devenu saltimbanque dans une foire, qui travaille sur une nouvelle sorte d'énergie tellement puissante qu'elle peut guérir les plus grands malades. Mais il y des secrets qui peuvent nous faire sombrer dans la folie ou pire encore, Jamie Morton l'apprendra assez rapidement.

Revival est le Stephen King que j'attendais depuis longtemps. L'œuvre d'un écrivain mature qui s'alimente depuis 1974 de nos pires cauchemars et de nos peurs les plus profondes. Le nouveau roman de l'écrivain qui a exploré les recoins les plus sombres du Maine est un retour aux sources, un vibrant hommage aux auteurs qui ont nourri sa jeunesse et qui l'ont initié à la littérature fantastique. Exit le surnaturel romantique à la Joyland, bienvenue dans un cauchemar «lovecraftien» saupoudré d'un brin d'August Derleth, de Donald Wandrei, de Robert Bloch, pigmenté ici et là de Mary Shelley, de Bram Stoker et des autres fers de lance du gothique anglais.

Après 40 ans d'explorations horrifiques King rencontre enfin les vénérables maîtres anglo-saxons de l'horreur et contribue à l'édifice initié par l'imposant Lovecraft. Bien sûr ce n'est pas la première fois que King se frotte au monde du grand HP, déjà dans Danse Macabre on retrouvait des nouvelles influencées, trop influencées même, par le génial et perturbé écrivain de Providence. Mais avec ce Revival il réussit là où il m'avait insatisfait les fois précédentes. Avec succès il métisse son style, ses préoccupations, ses personnages et sa narration aux grandes caractéristiques de l'école Weird Tales, ce fabuleux magazine littéraire dirigé par Lovecraft et fondateur d'une littérature fantastique typiquement américain. King maitrise admirablement les codes de l'écriture « lovecraftienne » et son ambiance glauque suintante de désespoir, de fatalisme et d'obscurité tout en lui insufflant le sens du rythme, du dialogue, du quotidien et de la dérision typiquement «stephenkingien.»

Revival ce n'est pas du King, ni du Lovecraft, encore moins du King imitant Lovecraft. Revival c'est la fusion entre deux monuments de la littérature fantastique américaine pour notre plus grand plaisir.

Un présent d'oncle Dracul

Bien qu'ils ne sortent pas souvent les soirs de Noël, on comprend pourquoi, il est quand même essentiel de se renseigner sur les vampires, histoire d'être bien préparé si jamais vous en croisez un dans les jours, les mois ou les années qui viennent. Une chance pour nous les éditions le Pré aux Clercs viennent de publier la Bible des Vampires une fabuleuse encyclopédie signée Edouard Brasey et Stéphanie Brasey qui explique tout ce que vous devez savoir sur les vampires, mais que vous n'avez jamais osé demander.

D'une limpidité exemplaire, cette bible fait le point sur l'état de nos connaissances sur la famille dysfonctionnelle de Dracula. Les précurseurs, les grands vampires de l'histoire, les types de vampires, la façon de s'en débarrasser, etc., toutes les facettes de nos suceurs de sang préférés sont évoquées. Abordant autant les concepts analytiques plus abstraits, hérités de la psychanalyse, que les aspects plus populaires du mythe, l'encyclopédie fait ressortir la richesse de ce mythe presque fondateur de l'humanité - les auteurs font remonter les origines à Lilith la toute première compagne d'Adam, incontrôlable selon l'Éternel, qu'il remplacera vite par la docile Eve.

Superbement illustrée par Pascal Croci qui traduit avec sensibilité les propos des deux auteurs, la Bible du vampire est une fascinante enquête sur la créature la plus inquiétante du panthéon des croque-mitaines et sur un mythe qui revient régulièrement au cœur de l'actualité culturelle alors que plusieurs autres de ses congénères terrifiants ont pris depuis belle lurette le chemin des limbes.

Une encyclopédie pertinente à l'écriture fougueuse et imagée qui devrait vous permettre de démasquer enfin la nature secrète de mononcle René, de matante Cécile et de leur horrible rejeton, ce petit monstre de cousin Xavier-Didier et son insupportable petit accent français d'Outremont.

Stephen King, Revival,Albin Michel;

Edouard Brasey, Stéphanie Brasey, Pascal Croci, La bible des Vampires. Le Pré aux clercs

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