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13/10/2018 06:00 EDT | Actualisé 13/10/2018 06:00 EDT

«Anatomie de l’horreur»: le retour du roi

À la demande de son éditeur de l'époque, King s'est mis à réfléchir sur la place de l'horreur dans la culture populaire américaine de la seconde moitié du XXe siècle.

Loin d'écrire un autre de ces bouquins savants qui prend la poussière sur les rayons perdus des bibliothèques désertées, King a gardé le ton, le plaisir, le rythme et la passion qu'il avait quand il s'adressait à ses étudiants.
Loin d'écrire un autre de ces bouquins savants qui prend la poussière sur les rayons perdus des bibliothèques désertées, King a gardé le ton, le plaisir, le rythme et la passion qu'il avait quand il s'adressait à ses étudiants.

Qu'est-ce que la terreur? Qu'est-ce qui donne envie à un auteur d'écrire des romans où le sanguinolent côtoie les pires instincts de la psyché humaine? J'aimerais bien être une bactérie et me promener dans le cerveau des Clive Barker, Adam Nevill, Patrick Sénécal et autres, pour savoir ce qui a servi de déclic pour cette fascination de la terreur.

Danse macabre

Le 4 octobre 1957, Stratford. Comme d'habitude, le Stratford Theater, situé en plein centre-ville de la petite ville du Connecticut, est plein à craquer de gamins qui regardent avec enthousiasme le film projeté. Mais cette fois-ci, ce n'est ni Randolph Scott ni John Wayne qui soulèvent les passions des jeunes spectateurs, mais plutôt un «inquiétant» film de science-fiction apocalyptique:Les soucoupes volantes attaquent.

Soudainement, après la troisième bobine, les lumières de la salle s'allument dans un silence lourd de significations. Le directeur de la salle s'avance alors, devant l'écran, et, empruntant un ton solennel, du genre de celui qu'on prend quand un président meurt, fait une déclaration. Il annonce que les Soviétiques viennent de mettre en orbite le Spoutnik, le premier satellite envoyé non seulement par l'Homme, mais surtout par le cruel «rouge».

Pour le jeune Stephen King présent dans la salle, cette annonce a un effet dévastateur. Pour la première fois, il expérimente la terreur. Pas celle des monstres qu'il imagine le soir dans son lit. Non, la vraie, celle qui repose sur la réalité et la vraisemblance. Sans le savoir, l'ours soviétique a peut-être été à l'origine de sa prolifique carrière.

Fred F. Sears

Cette anecdote ouvre l'intéressante nouvelle version d'Anatomie de l'horreur que vient de publier Albin Michel. Une analyse qui vous permet d'être cette petite bactérie anonyme, qui scrute le cerveau d'un de plus grands auteurs vivants de fantastique et de suspense.

À la demande de son éditeur de l'époque, King, qui enseignait à l'Université du Maine et qui peaufinait Firestarter, s'est mis à réfléchir sur la place de l'horreur dans la culture populaire américaine de la seconde moitié du XXe siècle. Une réflexion qui nourrissait déjà ses cours, mais qu'il n'avait jamais mise sur papier.

Albin Michel

Loin d'écrire un autre de ces bouquins savants qui prend la poussière sur les rayons perdus des bibliothèques désertées, King a gardé le ton, le plaisir, le rythme et la passion qu'il avait quand il s'adressait à ses étudiants. À la lumière de cette Anatomie de l'horreur, on ne peut que regretter de ne pas avoir suivi ses cours. Indéniablement, être dans une de ses classes devait être l'un des phares du parcours universitaire des étudiants en littérature de l'Université du Maine.

Parce qu'effectivement, ce bouquin est une véritable mine d'or pour tous ceux qui s'intéressent à l'horreur. L'écrivain décortique avec verve et couleurs tous ses courants, ses mécanismes et son empreinte dans notre imagination.

Puisant allègrement dans la littérature populaire, donc certains de ses romans, la littérature savante, le cinéma, le folklore et la bande dessinée, le père de Carrie aborde avec moult anecdotes évocatrices, la place dans l'horreur dans notre quotidien.

Encyclopédiste du fantastique, King impressionne autant par ses références que par la pertinence et la justesse de ses observations. Maître dans l'art de la digression contrôlée, l'auteur étourdi par ses connaissances, son enthousiasme, sa lucidité et son amour profond pour les productions fantastiques.

Stephen King

Avec le résultat qu'on a l'impression que King, avec son style hérité de l'oralité, converse avec nous, assis à une table, devant un café fumant.

À quand un exercice semblable pour les autres grands maîtres du fantastique encore vivants?

J'ai tant d'amour à donner

Si Stephen King a toujours été le chantre de l'horreur de tous les jours, Guy Delisle, lui, est sans contredit le roi de la bande dessinée du quotidien. Le dessinateur originaire du Québec a toujours su nous parler de la vie quotidienne, la sienne bien sûr, mais aussi celle des autres.

Entre ses récits de voyage, Delisle aime bien se frotter à sa paternité, qu'il met joyeusement en scène dans sa série Le Guide du Mauvais Père, dont le 4e tome vient d'arriver à Montréal.

Delcourt

Comme dans ses trois tomes précédents, Delisle met en scène ses interactions avec ses enfants qui n'en finissent plus de grandir. Un peu dépassé par la vivacité de ses gamins, Delisle se confie avec humour et tendresse sur le difficile métier de père et sur la cohabitation avec ces minots qui s'affirment de plus en plus.

Rempli de petits gags ingénieux qui font constamment sourire, ce nouveau Guide du Mauvais Père est un gros câlin d'amour pour ses enfants, teinté de la nostalgie du temps qui passe et de la crainte de les voir grandir et devenir adolescents. Comme si le bédéiste voulait, avec cette BD, arrêter le temps et profiter encore un peu des inoubliables moments qu'il partage avec eux, avant qu'ils ne prennent leur envol et quittent le nid familial.

Une bande dessinée pleine d'amour, de sourires et de nostalgie... et qui fait du bien.


Stephen King, Anatomie de l'horreur, Albin Michel.
Guy Delisle, Le Guide du Mauvais Père tome 4, Delcourt.

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