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14/03/2015 08:43 EDT | Actualisé 14/05/2015 05:12 EDT

Sill Valt: Les tragiques adieux de Delaby

Déjà la Saint-Patrick! L'occasion est parfaite pour parler de ces grandes sagas celtiques bien encrées au cœur de notre mémoire occidentale.

Déjà la Saint-Patrick! L'occasion est parfaite pour parler de ces grandes sagas celtiques bien encrées au cœur de notre mémoire occidentale. À l'occasion de la fête des Irlandais et de la sortie de Sill Valt, le nouvel opus de la Complainte des landes perdues, nous avons rejoint son scénariste. Le légendaire Jean Dufaux. Conversation autour du volet le plus obscur de la mythique série.

Pour être sombre, ce Sill Valt, 4e tome des Chevaliers du Pardon dernier volet du deuxième cycle de la Complainte des Landes perdues, l'est. « L'album le plus douloureux de ma carrière», confie avec humilité le scénariste.

Sombre parce qu'il raconte la mort dramatique de Sill Valt, le maître du jeune Seamus qui désormais devra voler de ses propres ailes. « Il faut que le père meure pour que le fils prenne sa place. C'est le cycle de la vie. »

Douloureux parce que Philippe Delaby qui dessinait ce second cycle est décédé soudainement en plein pendant la réalisation de l'album. « Il est clair que sa mort a assombri l'histoire. Celle de Sill Valt était aussi un événement dramatique, mais qui était dans la logique des choses. Elle n'était pas aussi dramatique que la disparition de Delaby, avec qui je travaillais depuis 15 ans », rajoute le scénariste qui signe une très touchante préface, hommage à son ami, au tout début de l'album.

« C'est comme s'il avait pressenti son avenir. Quand on regarde la couverture qu'il a dessinée, on y voit le chevalier Sill Valt, genoux à terre comme s'il sentait sa mort. C'est exactement ce qui s'est passé avec Philippe qui se projetait beaucoup dans ce personnage », ajoute-t-il avec émotion. L'album raconte aussi le moment où le maitre disparait au profit de son élève: Delaby qui passe la main, bien malgré lui, à son assistant Jérémy avec qui il travaillait depuis huit ans. Une transmission qui, on se l'imagine, s'est fait dans la tristesse. « Jérémy me téléphonait souvent pour me dire qu'il sentait la présence de Delaby derrière lui pendant qu'il dessinait. Ce fut une reprise très douloureuse, mais il a eu le courage de reprendre et de terminer l'album. »

Si Jérémy a dû se fondre dans le style de Delaby, Dufaux aussi a dû adapter l'histoire à la nouvelle donne. « Dans la première mouture, l'album se terminait sur une grande scène de bataille. Après son décès, j'ai préféré adopter une scène plus intimiste et approfondir la relation entre le maître et le novice. » Un choix dramatiquement plus intéressant qui rend encore plus tragique la mort du maître ainsi que le désarroi du novice, et qui rappelle l'ultime rencontre entre le chevalier Bragon et son maître le Rige dans le chef-d"oeuvre de Loisel et Le Tendre la Quête de l'oiseau du temps. Un des moments les plus émouvants de la bande dessinée.

Maintenant que le cycle des Chevaliers du Pardon est terminé, Dufaux peut se consacrer à Sorcières, troisième et dernier cycle de sa saga, illustré par Béatrice Tillier. « C'était voulu dès le départ. Pour moi les trois cycles devaient être dessinés par trois dessinateurs différents. Je travaille déjà sur Barracuda avec Jérémy et je sais qu'il ne fait qu'un album par an. C'était donc impossible de travailler avec lui pour ce troisième cycle. »

Son choix s'est donc porté sur la dessinatrice avec qui il réalisait le Bois des vierges. « Elle apporte une touche féminine dans un univers très sombre et très dur. Mais ce n'est parce qu'une femme s'empare d'un récit mythologique qu'elle l'édulcore, au contraire. Mais il n'y a pas le même rapport à la violence, ni à la femme, ni aux relations hommes-femmes. Il y a aussi un rythme qui est très différent. Avec Delaby nous discutions souvent de son successeur. Quand elle est arrivée dans le décor, il y a eu une rencontre avec elle, Delaby et Rosinski, pour parler de la série, pour que tout le monde soit d'accord. »

Avec ce cycle des Sorcières dont le premier tome est déjà terminé, Dufaux va mettre la touche finale à sa saga à rebours puisque le cycle initial Sioban concluait la Complainte. « Quand nous avons commencé, Rosinski et moi, la Complainte nous n'avions prévu que deux albums. C'est après avoir visité l'Écosse et l'Irlande ensemble que j'ai senti qu'elle me parlait à l'oreille. Soudainement la carte des Landes perdues s'est ouverte devant moi et elle s'est ouverte à reculons parce que je racontais déjà la conclusion de l'histoire. »

Une stratégie qui peut s'avérer casse-gueule « Effectivement, il faut une logique unificatrice qui peut passer, comme dans ma saga, par des petits détails traversant d'un cycle à l'autre et qui lient ensemble tout les éléments de l'intrigue, pour en faire une seule histoire. Quand le dernier cycle sera terminé, le lecteur aura un bloc narratif de 12 volumes qui racontera la Complainte dans son intégralité» et qui nous expliquera enfin pourquoi «le mal est au cœur de l'amour, l'amour au cœur du mal et pourquoi ils sont imbriqués ensemble?»

Une promesse qui espérons-le ne nous décevra pas. Parions que Dufaux saura nous séduire une fois de plus.

Delaby, Jérémy, Dufaux, Sill Valt, La Complaintes des Landes perdues tome 8, Dargaud

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