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15/12/2018 06:00 EST | Actualisé 15/12/2018 06:00 EST

«Le sang des cerises»: le parfum de la Commune

Une oeuvre puissante à découvrir.

Le Cégep reste pour moi une époque importante. Pour un paquet de raisons communes à presque toute ma génération, bien sûr, mais aussi pour la redécouverte de la bande dessinée. Nostalgique des Spirou et des Pilote de l'âge d'or, j'avais, sans le vouloir, délaissé la modernité du 9e art.

Jusqu'à ma rencontre avec La balade au bout du monde de Makyo et Vicomte et Les passagers du vent de François Bourgeon qui provoquèrent chez moi une véritable révolution. Si les suites imaginées par Makyo m'ont plus ou moins déçue, celles de Bourgeon, elles, ont toujours été à la hauteur de la série originale.

Quand il reviendra le temps des cerises

Alors que les nouvelles nous montrent une France en colère face à un gouvernement méprisant, arrive Le sang des cerises, 8e tome des Passagers du vent imprégné des souvenirs douloureux et déchirants de la Commune de Paris et de la répression gouvernementale violente.

16 février 1885, Kiervi Stephan jeune bretonne débarque à Paris pour prendre son service comme servante chez une famille bourgeoise. Perdue dans la Ville lumière, l'adolescente se retrouve au cœur des funérailles populaires de Jules Vallès, l'un des meneurs communards. Au cours du défilé funéraire elle se lie d'amitié avec une certaine Clara et son compagnon le docteur Lukas. Trois ans plus tard, les deux femmes se rencontrent par hasard, la seconde sauvant la première d'une situation dangereuse.

Courtoisie

Entre les deux femmes se développe une amitié où la mystérieuse Clara se confiera, au compte-goutte et sur plusieurs années, sur sa participation communarde, son passé de bagnarde en Nouvelle-Calédonie et son enfance dans les plantations louisianaises, quand Cajuns, esclaves en fuite, Amérindiens, colons français et américains cohabitaient en équilibre sur un mince fil de fer.

On retrouve dans ce Sang des cerises la même excellence graphique, la même force évocatrice, le même génie narratif qu'on retrouvait dans les autres cycles des Passagers du vent. Et le pari n'était pourtant pas gagné d'avance puisque Bourgeon, un très grand dessinateur maritime, avait décidé de situer son nouveau cycle dans le Paris d'Haussmann, celui de l'exposition universelle de 1889, celui des cartes postales qui s'est imposé dans notre mémoire collective.

Mais attention, Bourgeon n'est pas pour autant le chantre d'un Paris mythifié, havre de paix où les habitants de toutes les classes dansent main dans la main dans une farandole du bonheur. Au contraire, encore une fois son regard historique aiguisé nous présente ces lieux mythiques sous un autre angle. Ici, c'est le Paris oublié des grands de ce monde, dur, impitoyable, outragé, déçu, cynique, qui ne croit plus aux promesses bourgeoises. Un Paris où le silence est d'or, où les représailles de la police et de l'armée sont omniprésentes, où la violence gouvernementale est la seule façon d'assoir une troisième république dépassée par les revendications ouvrières, l'agitation anarchiste et les espoirs qu'a fait naitre la commune sauvagement assassinée par le gouvernement Thiers.

Courtoisie
«Les passagers du vent: le Ponton»

L'immense cri du cœur de Bourgeon en faveur des respects des droits de la personne et de l'égalité des hommes au coeur des Passagers du vent est toujours aussi présent dans ce nouveau cycle. Comme jadis, le bédéiste s'attaque au pouvoir des grands et des riches avec la même verve, le même regard critique et la même indignation.

Il est évident qu'après la lecture du Sang des cerises, le lecteur ne regardera plus de la même façon ni Paris ni le Sacré-Cœur de Montmartre, ce temple érigé par les bourgeois en guise de remerciement pour l'écrasement de l'expérience communarde, construit à même le sang des communards, et payé grâce une taxe spéciale imposée au petit peuple de Paris.

Une œuvre puissante.

Courtoisie
«Les passagers du vent: La petite fille bois-caïman»

De la réalité à la légende

«Pape Clément! Chevalier Guillaume! Roi Philippe! Avant un an, je vous cite à paraître au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste châtiment! Maudits! Maudits! Maudits! Tous maudits jusqu'à la treizième génération de vos races!»

C'est en ces termes que Jacques de Molay, le dernier grand maître templier aurait, du moins selon Maurice Druon, auteur de la géniale saga desRois maudits, damné la dynastie des Capétiens qui occupaient le trône de France depuis 987.

Depuis, la malédiction de Templiers et le fameux trésor de l'ordre se sont imposé notre mémoire collective à un point tel que la légende a fini par occulter la réalité du plus célèbre des ordres guerriers.

Courtoisie
«Les Rois Maudits», Maurice Druon

Et c'est pour faire le point sur la réalité historique et la départager des fabulations des auteurs «danbrownesques», qui y trouvent un excellent vivier pour des thrillers vaguement ésotériques, que l'historien et guide conférencier Thierry do Espirito a décidé d'écrire cet excellent Templiers pour les nuls.

Magnifique ouvrage de vulgarisation, le bouquin de do Espirito fait le tour de la question avec intelligence et rythme, mettant l'accent sur les éléments historiques les plus significatifs tout en ne négligeant pas la légende qui mérite d'être décortiquée et remise dans son contexte.

Grâce au modèle mis en place par la collection Pour les nuls, le dossier Templier devient limpide et clair. L'écriture efficace et limpide de l'auteur et l'organisation dynamique de l'information satisfont à la fois à notre besoin de mieux connaître l'histoire de l'ordre et à notre désir de rêver à ce mirifique trésor, à cette terrible malédiction et aux fabuleux exploits des croisés du Temple.

Courtoisie
«Les Templiers, Pour les nuls»

Une réjouissante encyclopédie pour bien séparer le bon grain de l'ivraie.


Références:

- Bourgeon, Les passagers du vent, troisieme cycle, le sang des cerises, livre 1 Rue de l'abreuvoir, Delcourt.

- Thierry do Espirito, les Templiers pour les nuls,First Edition.

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