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14/12/2013 10:25 EST | Actualisé 13/02/2014 05:12 EST

Un petit Noël de papier

Noël approche à grands pas et vous n'avez pas encore trouvé le cadeau qui saura correspondre à merveille à la personne à qui vous l'offrez et qui fera de vous le roi ou la reine de Noël? Si vous ne deviez offrir qu'un cadeau BD cette année, voici deux suggestions qui feront saliver d'envie les amateurs du 9e art.

Spirou! Spirou! Spirou!

Jamais la célébration d'un 75e anniversaire n'aura été aussi réjouissante que celle du petit groom de l'hôtel Moustic. En 2013, tout ou presque a été dit sur Spirou, son journal, ses créateurs, ses repreneurs, etc. Mais alors qu'on croyait tout dit, nous arrive La véritable histoire de Spirou 1937-1946 , l'ouvrage incontournable consacré à la création de ce journal qui a joué un rôle fondamental dans la naissance d'une bande dessinée spécifiquement franco-belge.

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À partir d'un habile montage d'extraits d'entrevues données par les témoins et les participants de cette fabuleuse odyssée de papier, d'archives, d'entrevues données dans d'autres médias et de correspondances personnelles, Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault ont suivi à la trace la première décennie du journal Spirou. Le portait qu'ils en font est impressionnant, enthousiaste et poignant. Les auteurs abordent sans complaisance tous les aspects de la création du journal, n'hésitant pas à aborder, au passage, des questions plus sensibles, mais nappées d'une aura de mystère - tiens, tiens! Il y a donc des squelettes cachés dans les placards de l'hôtel Moustic. Qui est le véritable créateur de Spirou? Quel rôle a joué le peintre Luc Lafnet dans la création graphique du groom? Quelle est la véritable identité de la mystérieuse Davine? Comment des catholiques convaincus comme la famille Dupuis pouvaient-ils donner autant de pouvoir à un communiste comme Jean Doisy? Autant de mystères non résolus qui donnent un petit côté sympathique au bouquin.

Les deux auteurs ont l'intelligence de prendre peu de place dans le livre. Ils préfèrent laisser presque toute la place à ceux qui ont fait le journal. En choisissant de miser sur ces témoignages qui se répondent les uns aux autres, les auteurs mettent en place une immense table ronde. Un choix qui apporte beaucoup de dynamisme et de vie à la lecture. Grâce aux confidences des gens interviewés, nous assistons à la vie quotidienne du journal, de ses créateurs et de ses propriétaires. Et alors que l'on pense célébrer un héros de papier, son journal et ses dessinateurs, ce sont plutôt les propriétaires, Les Dupuis, visionnaires, attentionnés, à l'écoute des autres et qui n'ont jamais eu peur de se remettre en question et de s'entourer d'opinions divergentes qui deviennent les véritables vedettes de cet ouvrage.

En vieil amateur de Spirou,, il y a quelque chose de très réjouissant à lire les témoignages de Jijé, de Rosy, de Dineur, de Franquin et de tous ces auteurs donc l'écho continue de résonner sur la planète BD. Et quand on pense que le deuxième tome, annoncé en 2015, sera consacré à la grande époque de Franquin, de Morris, de Peyo et de Roba, celle qui a nourri ma jeunesse, on salive déjà.

Parlez-moi d'horreur

Outre Spirou, les traductions québécoises des superhéros, publiées chez Héritage, ont aussi marqué ma jeunesse. Pour pouvoir compléter les numéros, les responsables de la maison d'édition incluaient, outre les superhéros, des bandes dessinées d'horreur tirées des Tales from the crypt, de Creepy et d' Eerie. De fantastiques courtes bandes dessinées, qui nous présentaient des criminels sans pitié, des sorcières infâmes, des créatures terrifiantes, que nous adorions lire. C'est justement l'exploration de l'univers d'une de ses revues que les éditions Delirium proposent, avec leur deuxième recueil, les meilleures histoires d'Eerie.

Même si la revue n'a pas eu une très longue vie, -- 139 numéros échelonnés entre 1966 et 1983 --, elle a eu, comme ses consœurs Creepy et Vampirella et son aïeule Tales from the crypt, un rôle essentiel autant dans le développement de la bande dessinée américaine que dans celui d'un fantastique spécifiquement américain.

Principalement composée de nouvelles graphiques tirées de l'année 1967 -- peut-être l'année la plus riche du magazine --, l'anthologie explore l'imagination fertile, glauque et inquiétante du principal scénariste Archie Goodwin. Appuyé par les dessins efficaces et le montage dynamique de Gene Colan (dessinateur du mythique Tomb of Dracula chez Marvel), du légendaire Steve Ditko, de Neal Adams et des autres Franz Frazettta et influencé par les Bloch, Lovecraft, Wandrei, Derleth et autre Bradbury, Goodwin concocte de véritables petits trésors où la terreur et l'humour noir s'entrelacent dans une valse macabre qui n'en finit pas.

Le résultat est absolument délicieux et nous rappelle ces courtes nouvelles des pulp magazines des années 30, 40 et 50 ( Weird Tales, Astounding Stories, etc.), qui ont été des acteurs importants dans la naissance d'un fantastique américain original et différent de celui de Poe. Et si quelques fois les histoires résistent difficilement aux affres du temps, il reste que derrière certaines d'entre elles se trouvent des flashs absolument fabuleux, ingénieux, imaginatifs et jouissifs qui nous surprennent autant qu'ils nous amusent.

Un très beau voyage au cœur d'une des influences majeures des John Carpenter, Georges A Romero, Stephen King, Wes Craven, John Landis et des autres créateurs qui ont donné au fantastique des années 70, 80 et 90 un souffle nouveau.

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Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault, La véritable histoire de Spirou, Dupuis

Eerie volume 2, Delirium.

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