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02/09/2016 10:28 EDT | Actualisé 02/09/2016 10:28 EDT

«Le temps est assassin»: l'été Corse

À l'occasion de la sortie québécoise de son dernier-né Le temps est assassin, qui a fait un tabac en France, nous avons rencontré Michel Bussi.

Avec son million d'exemplaires vendus Michel Bussi est le troisième auteur francophone, après Guillaume Musso et Marc Levy, le plus lu dans l'Hexagone. Tout un exploit pour le chercheur et professeur de géographie de l'Université de Rouen publié pour la première fois au début de sa quarantaine. À l'occasion de la sortie québécoise de son dernier-né Le temps est assassin, qui a fait un tabac en France, nous l'avons rencontré.

Discussion sur la Corse, le polar et les romans d'été comme la presse française aime si souvent qualifier ses histoires.

Roman d'été, le terme est un peu péjoratif, associé à une littérature moins cérébrale, plus légère, parfaite pour l'été, le soleil et la plage. Mais pas pour l'auteur normand qui au contraire l'aime bien. « C'est vrai qu'il est sorti au mois de mai, que la couverture rappelle la plage, que l'histoire se passe durant les vacances d'été, en Corse et dans un camping, mais il peut très bien se lire en plein mois de janvier aussi», lance-t-il en rigolant. « Blague à part, j'aime bien l'idée que les gens puissent lire mon roman l'été. C'est quand même la période où on a le temps de lire, et pas que de la littérature légère. Moi je lis les classiques et les romans plus costauds l'été parce que j'ai le temps de m'y investir à fond. Ce qui n'est pas le cas le reste de l'année.»

S'il revendique avec fierté cette littérature d'été, il le fait tout autant pour son écriture moins pessimiste que celle du roman noir et de ses héritiers. Maître dans l'art de la manipulation et des retournements finaux insoupçonnés, mais logiques, Bussi aime mettre en place des intrigues fascinantes, pleines de mystères comme ces Exbrayat, Boileau-Narcejac, Japrisot et autres magiciens des mots des années 50-60-70.

«C'est vrai que mon écriture est proche des auteurs de ces décennies, même si la construction des romans avec des chapitres courts est plus moderne. Ce sont des auteurs qui m'ont influencé. Quand j'écris une histoire, j'essaie toujours de faire comme eux et de placer un mystère fort qui se résout à la fin et qui tient le lecteur en haleine jusqu'à la dernière page. Le défi c'est de raconter une histoire qui semble a priori banale, mais qui garde le lecteur accroché et qui lui fait ressentir la tension, les mystères, les secrets et les non-dits.»

Et le tout avec des phrases qui vibrent au rythme des parfums des odeurs, des couleurs, de la lumière et de la chaleur des lieux où ses intrigues, pleines d'humour, de cynisme décalé, de seconds degrés et d'ambiance pas trop glauque loin des populaires polars froids et sombres, se déroulent. «Ce qui n'est pas évident. Il est très difficile présentement d'intégrer de l'humour et du second degré dans le polar, surtout avec la vague scandinave où l'humour est totalement absent. Pourtant cet humour décalé apporte de l'humanité à mes personnages et un peu de lumière à mes récits.» Une recette qu'a exploité avec succès Hitchcock.

Et justement l'ombre du Vertigo du grand réalisateur anglais plane tout au long de cette quête de vengeance et de disparition sur fond de Corse mystérieuse qu'est Le temps est assassin. «La Corse me semblait parfaite pour raconter mon histoire. J'avais besoin d'un lieu à la fois paradisiaque, intrigant et menaçant. La Corse a ces deux aspects. D'un côté elle est un paradis naturel, un véritable décor de carte postale et de l'autre elle peut aussi devenir inquiétante si on s'éloigne dans le maquis et c'est ce qui fait son charme.»

Paradis, carte postale, endroit inquiétant à l'implacable silence, île fière qui entretient des relations tumultueuses avec la France, la Corse ne se livre pas aux étrangers qui la définissent à partir des stéréotypes présents dans l'imaginaire populaire. «Même si j'avais un grand-père corse, que je n'ai pas connu, je ne le suis pas. La première fois que j'y suis allé, c'était en vacances dans la vingtaine.» Bussi ne la voit donc pas avec l'œil d'un natif, mais plutôt avec celui du touriste comme Clotilde son héroïne. Un choix qui lui permet de créer un lien avec le lecteur qui s'est souvent créé une Corse imaginaire à partir de ces images stéréotypées.

«La Corse s'est beaucoup plus que ces images, mais c'est aussi ça. C'est un lieu où les symboles sont très présents. L'omerta, le sens de l'honneur, l'attachement à la famille et à la terre existent aussi sur le continent, mais ils sont peut-être plus forts sur l'île. J'aime beaucoup travailler à partir de lieux où les lecteurs peuvent y amener leur imaginaire. La Corse en est un. Mon travail c'est de jouer avec ces symboles et de les glisser subtilement dans mes récits, par petites touches. Mais ce n'est pas une sociologie de la Corse ça reste un roman.»

Un roman d'été? Peut-être, mais surtout un excellent suspense et une magnifique excursion sur cette fascinante île située en pleine Méditerranée qui vaut plus que les fameux fromages démoniaques et les vendettas aussi futiles qu'immémoriales d'Astérix en Corse.

Le temps est assassin et les autres romans de Michel Bussi sont disponibles aux Presses de la cité..

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